La FW14 dessinée par Adrian Newey est beaucoup moins
heurtée et plus fluide que sa devancière, quand au V10 Renault,
c'est une nouvelle version plus souple et plus puissante qui va propulser le
châssis anglais. La grande nouveauté est la présence d'une
boîte semi-automatique. Prenant exemple sur Ferrari, Patrick Head sera
donc le premier à s'engager dans cette voie, et il est clair qu'une telle
transmission promet un gain de temps non négligeable dans le passage
des rapports. L'expérience acquise dans l'écurie italienne par
Mansell en ce domaine sera aussi un atout de poids.
Paradoxalement, ce qui va se révéler un avantage dans le courant
de la saison sera certainement une des raisons de l'échec futur des Williams
et de ses pilotes au championnat. Une fois qu'elles furent au point, les Williams-Renault
écrasèrent les McLaren-Honda. Mais ceci uniquement à partir
du sixième Grand Prix. Les quatre premières courses furent en
effet passées à fiabiliser cette nouvelle boîte avec comme
maigre résultat une seconde place pour Patrese à Interlagos et
pour Mansell à Monaco. Pendant ce temps, Ayrton Senna remportait impérialement
les quatre victoires et creusait une avance conséquente qu'il se contentera
ensuite de gérer au mieux au cours d'une saison pourtant riche en péripéties.
Lors du cinquième Grand Prix au Canada, la boite fonctionna sans problème...
jusqu'au dernier tour. Nigel avait largement course gagnée lorsque dans
le dernier tour, sa boite se bloqua et le moteur coupa, laissant une facile
victoire à Piquet sur sa Benetton. Le fait que le moustachu crut bon
de saluer ses supporters durant cette dernière boucle et donc de lâcher
des mains son volant fut avancé comme explication à cette panne
cruelle, mais chez Williams on parla simplement de fatalité. Une fatalité
qui coûtait un nouveau Grand Prix! Le programme de gestion électronique
de la boîte de vitesses fut changé et tout fut oublié quinze
jours plus tard à Mexico où Patrese et Mansell signèrent
un éclatant doublé qui pourtant aurait bien pu ne jamais exister:
la bagarre dangereuse à laquelle se livrèrent les deux hommes
faillit se terminer par un accrochage et Nigel l'entêté se résolut
finalement à laisser passer Riccardo bien plus rapide ce jour-là,
un Riccardo qui dut serrer les fesses, au propre comme au figuré, tant
l'affrontement fut chaud et ses intestins détraqués par la tristement
célèbre «turista». Mansell va prendre sa revanche
en remportant les trois épreuves suivantes de manière éclatante.
Dans son style tout empreint de fougue et de maestria, le «Lion»
ne laissa aucune chance à ses adversaires et fut particulièrement
impressionnant dans son jardin de Silverstone où il signa le meilleur
temps de toutes les séances d'essais, gagna la course et établit
un nouveau record du tour. Au soir du Grand-Prix d'Allemagne, il n'était
plus qu'à 8 points du leader Ayrton Senna et Williams venait de dépasser
McLaren d'un point. La machine tournait à plein régime et rien
ne semblait pouvoir la stopper, tant les FW14 laissaient sur place les MP4/6.
Les vieux démons et quelques erreurs aux mauvais moments auront raison
de cette belle harmonie.
Si Mansell et Patrese réussissent à terminer deuxième et
troisième derrière Senna au Hungaroring où tout dépassement
est impossible, ils vont laisser filer le Brésilien en Belgique par la
faute d'une boîte de vitesse en proie à de nouveaux problèmes
de blocage. Nigel va gagner en Italie, mais abandonner au Portugal par la faute
d'un de ses mécaniciens qui oublia de serrer un écrou de roue
lors du changement de pneumatiques. Ce jour-là, la splendide victoire
de Riccardo Patrese ne pouvait pas effacer toute l'amertume et la déception
régnant dans le clan Williams: pour une erreur stupide (si tant est qu'il
en existe d'intelligentes!), Senna, qui marquait à chaque fois avec une
régularité métronomique, s'éloignait à grands
tours de roues vers son troisième titre mondial.

Malgré un baroud d'honneur en Espagne où Mansell enlevait une
cinquième victoire, tout fut réglé au Japon. McLaren avait
mis le paquet pour s'imposer sur les terres de son motoriste et il semble que
ce ne fut pas exactement le cas chez Williams ou l'on n'avait pas prévu
par exemple une voiture de rechange pour chaque pilote, ce qui était
le cas chez McLaren. Des détails qui peuvent avoir leur importance à
l'heure du décompte final. Quoi qu'il en soit, Senna et Berger furent
intouchables en course et c'est en voulant absolument tenir le rythme que Mansell
perdit tout. Blotti dans le sillage de la McLaren de Senna, il fut d'un seul
coup déventé dans la courbe rapide en appui après les stands
et termina sa course dans le bac à graviers.
Finalement, c'est bien en début de saison que Williams et Mansell loupèrent
le coche et le message était désormais clair: en 1992, il faudra
être opérationnel dès le premier Grand Prix!