Au soir du Grand Prix d'Afrique du Sud ouvrant la saison
1992, la concurrence pouvait se faire des cheveux blancs : Nigel Mansell et
Riccardo Patrese venaient de signer le doublé avec un telle aisance et
une telle supériorité ! Ce n'est pas à proprement parler
la victoire elle-même qui angoissait les adversaires de Williams, mais
la façon dont elle avait été obtenue. Si esthétiquement
la nouvelle Williams FW14B ne se différenciait pas de la FW14, ses flancs
renfermaient des armes secrètes qui avaient démontré d'entrée
de jeu leur redoutable pouvoir: Patrick Head avait poursuivi dans l'ombre son
étude de la suspension active apparue discrètement en 1987 et
l'avait optimisée sur ce modèle. Les traditionnels amortisseurs
étaient remplacés par un système hydraulique sophistiqué
géré électroniquement qui analysait chaque changement de
revêtement, chaque moindre bosse et permettait à la monoplace de
conserver une assiette constante, tant à l'accélération
qu'au freinage, sans compter les appuis en virage désormais contrôlés
par ordinateur. La stabilité extraordinaire de l'ensemble permettait
alors un travail optimal des ailerons et si on ajoute à tout cela un
contrôle de traction électronique qui jouait le rôle d'antipatinage
une boite semi-automatique désormais programmée en fonction des
différents changements de vitesse prévus sur chaque circuit, on
comprend mieux l'abîme qui va séparer l'écurie de Didcot
de ses congénères.
La saison 1992 va être incroyablement soporifique de part la suprématie
hallucinante des FW14B et les mauvaises langues iront même jusqu'à
dire qu'un singe aurait pu gagner à leur volant. Sans tomber dans de
telles exagérations, on peut néanmoins dire que ces facilités
de pilotage et de mise au point arrangeaient bien Nigel Mansell qui n'est jamais
passé pour un grand metteur an point et que son cavalier seul ahurissant
puise ses racines dans ces artifices exceptionnels. Il n'empêche que Patrese
sur la même voiture ne pourra tout simplement pas rivaliser avec son coéquipier
et sera bien obligé d'admettre la nette supériorité du
«Lion». Il n'y eut cette année pas de compétition
tant Mansell creusa irrémédiablement le trou dès le départ
en remportant les cinq premiers Grands Prix.
Alors, pour rassurer tout le monde, Williams et Mansell vont laisser échapper
les deux courses suivantes et prouver qu'il y a toujours un pilote dans l'avion.
A Monaco, l'équipe va une fois de plus démontrer sa médiocrité
chronique dans la célérité lors de s changements de pneumatiques
et permettre I Senna, qui n'y croyait plus, d'enlever une victoire heureuse.
Sur la piste de Montréal, Ce Nigel qui va renouer avec ses célèbres
«pétage de plombs». Il ne supporta pas de contempler l'aileron
arrière de la McLaren de Senna qui avait pris un meilleur départ
que lui et porta une attaque suicide en début de course sur le Brésilien.
La FW14B échoua lamentablement dans le bac à graviers et la honte
envahit le stand Williams. Malheureusement pour leur adversaires, ceci n'était
que péripétie et dès l'épreuve suivante en France,
tout rentra dans l'ordre, c'est-à-dire Mansell 1er, Patrese 2e... Nigel
aligna dans la foulée les Grand Prix d'Angleterre et d'Allemagne mais,
superstitieux et craignant voir resurgir ses vieux démons, Il refusait
de façon énergique toute allusion au titre jusqu’à
ce que celui-ci lui échû finalement au Grand Prix de Hongrie.

L'album photo FW 14B
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