our les Ferrari, les Renault, les McLaren-Mercedes, les BMW Sauber et même sans doute les Toyota - bref, tous les grands constructeurs engagés en F1 -, les derniers espoirs d'un titre mondial en 2009 se sont définitivement évanouis hier, dans la banlieue d'Istanbul. Massa, le premier pilote classé au Championnat pour la Scuderia est désormais à 50 points de Jenson Button, vainqueur hier pour la sixième fois en sept courses. Cinquante points, c'est l'équivalent de 5 victoires à 0 ! C'est aussi l'écart qui sépare Alonso (10e hier) du leader du Championnat.
Flavio Briatore, le patron du double champion du monde chez Renault F1, n'avait pas attendu la course pour se prononcer : « Pour nous, le Championnat est terminé », déclarait-il vendredi. Hier, Massa concluait pour Ferrari : « J'avais dit
dès après le premier Grand Prix que si les Brawn GP continuaient sur ce rythme, ils seraient champions. Je ne m'étais pas trompé. »
Pour BMW, Robert Kubica a obtenu, en Turquie, ses deux premiers points... Chez McLaren, Lewis Hamilton - 16e en qualifs et 13e en course devant son équipier Kovalainen -, estimait que l'écurie britannique aurait mieux fait de mettre à la poubelle sa MP4/24-Mercedes et repartir d'une feuille blanche plutôt que d'essayer de mettre celle-là au point !
Côté Toyota enfin, Jarno Trulli est le mieux loti, le mieux classé des « pilotes d'usine » au Championnat, à 41 longueurs de Button - l'Italien a marqué les 5 points de la 4e place, hier. Mais sa satisfaction «officielle» à l'arrivée sonnait un peu faux : « C'est super d'être de retour dans la bagarre pour le podium. » Certes... Jarno ne fut jamais dans le coup pour se hisser dans le top 3 et a fini à vingt secondes de Vettel, troisième ! On reste loin de la première ligne Trulli-Glock à Bahreïn, fin avril. Depuis, les Brawn-Mercedes et les Red Bull-Renault ont filé.
Les premières encore plus vite que les autres. Sébastian Vettel et Mark Webber comptaient, hier soir, 32 et 33,5 points de retard au Championnat.
Les pilotes Red Bull croyaient-ils réellement avoir réduit l'écart ? Button commentait ainsi sa victoire au volant de la Brawn : « Ça n'a jamais été aussi facile qu'aujourd'hui ; la meilleure voiture que j'ai eue depuis le début de la saison. Nous avons encore fait un pas en avant. L'auto
était si fantastique et j'étais tellement content que j'aurais aimé que toute l'équipe me rejoigne sur le podium. »
Dans l'enchaînement des virages 9 et 10 du premier tour, Button avait déjà quasiment gagné. Parti en tête depuis la pôle position, Vettel s'y faisait piéger par le vent, « de dos alors qu'on l'a eu tout le temps de face précédemment : j'ai bien failli sortir pour le compte ! ». Il s'en tirait avec une simple incursion derrière les vibreurs et un écart qui ne cessait de croître sur le nouveau leader : 5"6 sur Button avant son premier ravitaillement au 15e tour. « Mais je pense que, même sans ce petit écart, je n 'aurais pas pu résistera Jenson », avouait Vettel plus tard.
Une stratégie à trois arrêts plutôt que deux ne lui servit à rien... sauf à perdre la deuxième place au profit de son équipier, un solide Mark Webber. Le jeune Allemand aurait-il voulu la reprendre en fin de Grand Prix, son stand lui fit comprendre, à dix tours de la fin : « Sébastian, fais attention à la voiture ; Mark est plus rapide. » Qu'en termes diplomatiques ces consignes-là étaient dites ! « Qu'auriez-vous fait à ma place ? questionnait le jeune Allemand. J'ai, à mon tour, réduit le régime moteur... et j'ai continué à m'amuser en pilotant le plus vite possible. » Il aime tellement cela et le fait si bien.
Quelques flashes ont toutefois permis au spectateur de s'amuser aussi,
un peu. Avec Piquet, qui bataille roues dans roues pendant trois virages contre Hamilton et impose finalement sa Renault au champion du monde en titre... mais c'était pour la 16e place. Il y eut également cet inutile et débridé début de course de Barrichello, seulement 12e au premier tour après que sa Brawn eut failli caler complètement au départ. Le Brésilien s'acharna derrière la McLaren de Kovalainen au point de partir en tête-à-queue, puis finit par abîmer un aileron avant contre la Force India de Sutil. Mais chez le doyen du peloton (37 ans, 264 GP), on avait presque du plaisir à suivre cet enthousiasme de pilote quasi débutant...
Son abandon (boîte de vitesses endommagée au départ), le premier d'une Brawn GP cette saison, fit soudain peser sur ses épaules tout le poids des ans et des occasions qui ne repasseront plus. Le voilà rejeté à 26 points de son « leader » au Championnat. «Je suis en bonne position, c'est certain, commentait, pour sa part, Button. Mais j'aurai forcément quelques mauvais moments, cette saison », tentait-il de convaincre.
Après tout cela, que reste-t-il à la F1 ? Quelques belles courses à venir. Avec Red Bull, qui garde des chances et un sacré atout grâce à Vettel ; avec Ferrari, on l'espère, qui promet des développements d'ici aux GP d'Allemagne (12 juillet) et de Hongrie (26 juillet). « Pour la Grande-Bretagne (21 juin), ne comptez pas sur nous », a déjà prévenu Stefano Domenicali, le patron de la Scuderia Ferrari. La balle sera alors dans le camp de Renault, qui prévoit quelques nouveautés pour Silverstone. « Chaque nouvelle pièce sera la bienvenue pour faire évoluer l'auto ! », a pressé Alonso.
Stéphane Barbé (L'Equipe)
