es Brawn ont bien fait d'engranger tout ce qu'elles pouvaient en première partie de saison. Car depuis trois courses, leurs adversaires les malmènent. La preuve en chiffres : dix-huit points récoltés par l'écurie depuis le Grand Prix de Grande-Bretagne, tandis que Red Bull, dans le même intervalle, en moissonnait quarante-deux, Ferrari vingt - tout en n'alignant qu'une seule voiture hier - et McLaren, quinze. Si la situation n'est pas encore alarmante, du fait de l'avance prise auparavant par Button, épaulé de Barrichello, l'écurie Brawn commence toutefois à se poser des questions. Non seulement elle ne s'explique pas ses difficultés récurrentes à bien exploiter les pneus, mais, en outre, les Red Bull ont confirmé ce week-end à Budapest que leurs récentes performances ne devaient rien aux aléas climatiques, ni ne se limitaient à un type de tracé, les voici donc en position de maintenir la pression sur les Brawn jusqu'au bout. Pour amplifier la menace, deux tigres, jusque-là endormis, se réveillent : Ferrari et McLaren. La première a entamé son retour à petits pas réguliers depuis quelque temps déjà. La seconde, que l'on sentait venir sans l'avoir encore tout à fait, a cette fois accompli un bond en avant. Les Flèches d'argent sont apparues comme les meilleures à travers les méandres du Hungaroring. Non pas écrasantes de supériorité par rapport aux Red Bull, mais avec juste un soupçon d'aisance en plus sur le tourniquet hongrois.
Avec Lewis Hamilton au volant, plus un KERS apprivoisé, la MP4-24 enfin compétitive promet d'arbitrer le duel au Championnat entre Red Bull et Brawn. Au mème titre que les Ferrari. Les deux champions du monde, Hamilton et Raïkkönen, tirant magnifiquement parti de leur système de récupération d'énergie, ont donné, lors du départ, une idée de ce qui pourrait se reproduire assez souvent désormais. Maintenant qu'ils ont vraiment rejoint le groupe de tête, il leur suffit d'un petit « plus » - le KERS en l'occurrence - pour faire, parfois, pencher la balance.
Si Fernando Alonso a su préserver sa pole position à l'extinction des feux rouges, Sébastian Vettel {2e sur la grille) eut plus de mal à contenir les assauts furieux de Raikkônen jaillissant du 7e rang, et de Lewis Hamilton, déterminé à saisir sa chance. Il y eut de la vista, de la maestria, du zig-zag, du frôlement audacieux, et même de la grosse touchette - Raïkkönen/Vettel - avant que ne s'installe un « train-train » très provisoire : Alonso, Webber, Hamilton, Raïkkönen, Rosberg - remarquable autant que sa Williams -, Kovalainen, Vettel, Button. Au 5e tour, Hamilton dépassait déjà Webber, pour entamer sa remontée sur Alonso.
L'Espagnol s'y attendait, qui avait misé sur une stratégie offensive - peu d'essence - pour décrocher la pole. Il savait qu'il lui faudrait ensuite toute son aptitude à aligner 70 tours « de qualification », pour lutter avec Hamilton. Il savait que la tâche serait ardue. Mais il n'eut pas le loisir de mettre ses plans à exécution : son écurie l'en dispensa. Comme en 2006 déjà, alors qu'il menait la danse ici-mème, Alonso se vit de nouveau victime d'une roue mal serrée. C'était à l'arrière il y a trois ans. Ce fut à l'avant a droite hier. Joli gaspillage, au moment où l'écurie Renault aurait un urgent besoin de redorer son image, amplement ternie par l'absence de résultats, la perspective du départ d'Alonso, et les relations désastreuses avec Nelson Piquet junior.
Button ne fait que limiter les dégâts
Une roue qui se détache en piste, ce n'est pas rien... Douchés par les récents accidents, les commissaires sportifs sanctionnèrent donc la faute commise par Renault : sachant, semble-t-il, qu'un élément de sécurité n'avait pas été remis en place lors du changement de pneus, l'équipe a laissé repartir Alonso. Plus grave : tandis que le pilote signalait aussitôt qu'il redoutait une crevaison, aucune information ne lui aurait été fournie. Dans un premier temps, il perdît sa flasque -cet enjoliveur aérodynamique - puis sa roue, tout simplement. Renault paie cher son erreur : le team sera suspendu pour le prochain Grand Prix, dans quatre semaines à Valence. Mais il a déclaré son intention de faire appel, et déposé les 6000 euros de garantie nécessaires.
L'abandon d'Alonso au 16e tour, puis celui de Vettel au 29e. scellèrent quasiment le résultat de la course. La suspension de la Red Bull n'avait finalement pas résisté au choc initial contre la Ferrari de Raïkkönen, à contrecœur, Vettel se résigna... « Quand on se retrouve au milieu de cinq ou six voitures au départ, au lieu de trois ou quatre, ce n'est pas la même affaire », commenta-t-il, résumant ce qui pourrait le gêner au cours des sept prochaines manches : le retour des McLaren et des Ferrari, dotées de leur satané KERS !
Des trois premiers au classement du Championnat c'est lui qui fit la moins bonne opération hier, la meilleure revenant à son équipier Mark Webber,troisième. Et encore...avec un autre choix de pneus pour le relais intermédiaire, et un premier ravitaillement parfait, l'Australien pouvait prétendre à la deuxième place. Elle lui échappa dans la voie des stands, où Kimi Raïkkönen la lui subtilisa sous le museau !
Jenson Button, quant à lui, limita les dégâts : les deux points de la 7e place sont toujours bons à prendre. Mais il s'avouait déçu : « Nous espérions faire mieux ici. La voiture ne se comporte plus de la même manière qu 'ily a quelques courses. » En essais, tout portait à croire que Brawn maîtrisait bien le fonctionnement de ses pneus. « Pourtant, nos pilotes ont eu des problèmes de grainage à des moments cruciaux du Grand Prix », déplorait Ross Brawn. En vertu d'accords passés au début de saison, toutes les usines de F1 s'apprêtent a fermer durant deux semaines, économies obligent. Si bien qu'il restera peu de temps, avant Valence, pour trouver des remèdes aux différents problèmes, et les valider...
Anne Giuntini (L'Equipe)
