uand elle se met à gagner, l’équipe Red Bull-Renault ne fait pas les choses à moitié : doublé en Chine, doublé en Grande-Bretagne hier, dans le même ordre. Et les fameuses Brawn-Mercedes à la trappe !
À Shanghai, le 19 avril dernier, Jenson Button (3e) avait terminé à quarante-quatre secondes de Vettel. À Silverstone, Rubens Barrichello a lâché quarante et une secondes au pilote allemand. « C’est beaucoup », constatait Button, bien plus en tout cas que ce qu’il imaginait avant le départ. Le leader du Championnat du monde terminait encore plus loin : sixième, pour sauver trois points... Pour y avoir traîné leurs roues depuis la Formule Ford ou la F3, Button et Barrichello connaissent pourtant l’endroit par coeur. Ce « jeunot » de Vettel, qui avouait n’y venir que pour la deuxième fois, n’en fit pas de complexe : pole position avec trois dixièmes de seconde d’avance sur Barrichello, début de course pour lâcher le Brésilien –à raison d’une seconde pleine par tour – et meilleur chrono en course à 229 km/h de moyenne, deux dixièmes de seconde plus rapide que Webber, trois dixièmes plus rapide que la première « non »-Red Bull (Nico Rosberg, surWilliams-Toyota).
Cela s’appelle survoler les débats. « N’en déduisez pas que c’était facile, retenait Vettel à l’arrivée. Ce fut une course très longue, surtout sur un circuit tellement fantastique, avec ces virages si rapides. » Copse, 280 km/h, Becketts , 303, Stowe, 278, Abbey, 273. « Mais la voiture était si incroyable, poursuivait le dernier petit prodige de la F1.
J’ai pu pousser, pousser... et les pneus ne bougaient pas ». Il fallut même que son équipe le ralentisse un peu, une fois Webber passé en deuxième position. L’Australien ressortait des stands et des premiers ravitaillements, juste sous le nez de Barrichello. Avec plus de vingt secondes d’avance, il n’y avait plus lieu de forcer. Un tiers de la course seulement était couvert... Vettel ne fut pas le seul à trouver la suite très longue ! Sauf Massa, peut-être, remonté de la 11e à la 4e place. Un peu pour l’honneur. Kazuki Nakajima emprunta le chemin inverse – de 5e à 11e –, coincé dans le trafic après s’être, comme prévu, arrêté le premier pour ravitailler. La première victoire d’un pilote japonais en F1 attendra... Pour se divertir, on eut heureusement droit à une enthousiasmante série de tours pendant lesquels deux champions du monde, Fernando Alonso et Lewis Hamilton, ont prouvé que le plaisir de la bagarre roue dans roue pouvait dépasser la valeur du classement – une 16e place. Ils ne se seraient pas plus amusés en karting !
Plus aussi facile
Sébastien Bourdais lui-même était sur le point de s’en mêler avec appétit, mais Heikki Kovalainen, tout juste ressorti des stands au milieu de ce paquet de furieux, lui fit obstacle : en défendant sa position et en freinant plus tôt avec une McLaren chargée en essence, il força Bourdais à fracasser l’aileron avant de sa Toro Rosso sur son pneu arrière gauche. Ni l’un ni l’autre n’allèrent beaucoup plus loin. À l’heure où le Championnat va basculer d’une demi-saison à l’autre, au Nürburgring, dans trois semaines (12 juillet), il changera également de physionomie. Ce ne sera plus jamais aussi facile qu’avant pour Brawn GP. « Nous n’avons pas perdu toute notre compétitivité d’un seul coup ; je pense que ç’a juste à
voir avec la météo, ici à Silverstone », résumait Barrichello à l’arrivée.
Mais sur les circuits rapides et par une température fraîche comme hier, qui conviendront moins bien aux caractéristiques de la BGP 001 (cela concernera Spa-Francorchamps, Monza, Suzuka...), Button tendra désormais le dos ; il comptera les points qu’il sera prêt à lâcher sur les vingt-cinq d’avance qu’il possède
encore aujourd’hui sur Vettel. Le duel semble se dessiner là, entre eux deux. De samedi, en qualifications, jusqu’à hier, après l’arrivée, Mark
Webber a paru, en effet, traîner sa déception et sa lassitude. Le deuxième pilote Red Bull, qui manqua la première ligne pour douze millièmes de seconde – « ç’a aurait pu modifier bien des choses » –, subit bien plus la domination de son jeune équipier que pourraient laisser croire les quatre points et demi qui les séparent au Championnat.
Quant à Barrichello, sa troisième place sur le podium ne lui valait pas de réduire l’écart autant qu’il aurait pu derrière la Brawn de tête –de trois points seulement. Indécrottable optimiste, il ne s’en formalisait pas : « J’espère qu’on a assisté ici à un tournant. Jusqu’à présent, c’était comme si tout s’ouvrait devant Jenson. Mais, admettait tout de même le Brésilien, cette sixième place n’y changera rien : Jenson va rester très fort. Les points, on devra aller les chercher d’ici à la fin de saison ! Cela reste un sacré challenge. » « Au Championnat, il faudra saisir chaque opportunité qui se présentera », répondait en écho Sebastian Vettel. Il n’a pas laissé passer la première, hier.
Stéphane Barbé (L'Equipe)
