n pouvait craindre pire de ce Grand Prix d’Europe. La première édition à Valence, l’an dernier, avait atteint le summum de la monotonie. Et le fait de retrouver les deux McLaren-Mercedes sur le devant de la grille, hier après-midi, laissait planer le risque d’une répétition du scénario. Pourtant non. En dépit du faible nombre de dépassements en piste, la course ne fut pas sans attraits.
D’abord, la victoire de Rubens Barrichello – sa première depuis près de cinq ans ! – rend justice au « vieux » Brésilien (37 ans) que les vilaines langues disent régulièrement fini. Entre la chance qui lui fit plusieurs fois défaut cette saison et les choix stratégiques de l’écurie, qui, en certaines occasions, misa peut-être plutôt sur Button, Barrichello n’avait pas eu les moyens de gagner encore. Cette fois, c’est fait. Par son engagement personnel et sans réserve dans l’aventure Brawn GP, par son enthousiasme de jeune homme, sa loyauté, son abnégation, sa fidélité légendaires, par sa foi indestructible en des jours meilleurs, il méritait cette récompense. La première marche du podium, l’hymne brésilien – la main sur le coeur –, l’opportunité d’exprimer en public toute son amitié pour Felipe Massa et son amour de la course... « Rubinho », l’émotif, n’a rien laissé passer de ces moments savoureux. Il versa même une larme sous sa visière tandis que le personnel de toutes les écuries lui faisait une haie d’honneur alors qu’il conduisait sa Brawn vers le parc fermé.
Barrichello revient à dix-huit points de son équipier Jenson Button – septième hier, après un mauvais départ qui le condamna aux désagréments du trafic. Mieux : il prend désormais la deuxième place au classement provisoire du Championnat. Dix-huit points, c’est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup si Button – dont la dernière victoire et le dernier podium remontent au Grand Prix de Turquie – retrouve bientôt une spirale ascendante. Peu si sa période grise s’éternise et que Rubens, lui, entre dans une phase heureuse. Voilà pourquoi le vétéran du paddock veut croire encore, lui qui répète souvent, en plaisantant, qu’il campera en F1 tant qu’il n’aura pas coiffé la couronne... Il mena hier une course offensive, du premier au cinquante-septième tour , sans faute, sans défaillance, avec une régularité de métronome. Cette prestation de professionnel aguerri lui valut de ressortir devant Kovalainen après son premier ravitaillement. Et de passer Hamilton lors du second.
Entre-temps, le Brésilien accomplit un deuxième relais de folie, qui força McLaren et son champion à prendre tous les risques. Hamilton, à ce moment-là, traversait justement une passe délicate, un train de pneus altérant l’équilibre de sa voiture. Pour se mettre à l’abri de Barrichello, il lui fallait creuser un écart de six ou sept secondes... Mais celui-ci stagnait à quatre. Le laisser en piste un tour de plus ? Ou le faire ravitailler au trente septième tour, comme prévu ? Quand l’écurie décida de prolonger le relais, Hamilton venait d’obliquer vers la voie des stands. Les mécanos n’étaient pas tout à fait prêts : le pneu avant droit se trouvait toujours enveloppé dans sa couverture chauffante et, le temps de le « déshabiller », quelques secondes s’étaient envolées dans la manoeuvre. Hamilton pouvait désormais cravacher comme un damné, rien n’y ferait...
Sur le coup déçu – forcément –, le jeune Anglais s’empressa toutefois de disculper son équipe : « On ne peut pas parler d’erreur. Ce qui s’est passé montre seulement à quel point nos hommes mettent tout en oeuvre pour gagner. Ils ont tenté de transformer une deuxième place assurée en une possible victoire. » Honnête – et confiant dans ses perspectives de revanche –, il rendit cet hommage au vainqueur :« Quoi qu’il en soit, je crois que Rubens aurait été difficile à battre. »
Heikki Kovalainen, que l’on dit de plus en plus sur la sellette chez McLaren, accomplit une course régulière mais anonyme, échouant à la quatrième place... derrière un Kimi Räikkönen ultra motivé. Bien que Ferrari ne le tienne plus en odeur de sainteté – pas assez communicatif, pas assez impliqué en dehors des courses –, la Scuderia lui doit tout de même quatorze points en deux Grands Prix. Mieux vaudrait lui conserver quelques égards, car c’est sur lui, et sur lui seul que reposent aujourd’hui les espérances de l’équipe. En l’absence de Felipe Massa – et d’un pilote de réserve entraîné –, il incombe à Räikkönen de préserver la troisième place de Ferrari au Championnat des constructeurs. Or, McLaren revient à pas de géant : cinq points séparent les deux top teams à présent (46 à 41).
Des écuries de tête, c’est Red Bull qui fit la plus mauvaise opération à Valence. On s’attendait certes à un week-end difficile pour Vettel et Webber, sur un tracé et par une température peu favorables aux RB5. Mais de là à n’en trouver aucune parmi les huit premières... Cela ne s’était plus produit depuis le Grand Prix d’Australie, et Mark Webber, neuvième, émettait un simple constat : « Je suis où je mérite. Je n’allais pas assez vite. » Sebastian Vettel aurait-il sauvé les meubles s’il n’avait cumulé les déboires ? Un problème sur la machine à ravitailler l’obligea à s’arrêter deux fois (16e et 17e tours)... avant de casser son moteur – le deuxième en deux jours ! « Ce n’est pas terrible d’abandonner au moment où il faut donner la chasse et récolter plus de points que l’adversaire », observait Vettel, déconfit. Plus désolé encore, le responsable des V8 Renault chez Red Bull, Fabrice Lom, ne cachait pas son souci pour la suite du Championnat : Vettel a essuyé quatre casses déjà, depuis le début du Championnat, et la gestion des quatre propulseurs restants – pas tous neufs – s’annonce délicate. D’autant que sur les six dernières manches, deux circuits au moins, Spa et Monza, soumettent les moteurs à la torture...
De ce Grand Prix d’Europe, on retiendra la magnifique prestation de Nico Rosberg (5e). Une de plus, qui devrait contribuer à le rapprocher de son but : ne le dit-on pas en négociations avancées avec McLaren-Mercedes pour 2010 ? Pour la septième fois de rang, et la neuvième de la saison, Nico termine dans les points. Le résultat reflète aussi le savoir-faire et la combativité de Williams, l’une des écuries aujourd’hui les moins riches du plateau. Williams, sixième au classement des constructeurs, devance Renault de 13,5 points... Lesquels sont tous à mettre à l’actif de Fernando Alonso, sixième hier, et qui ne cesse de répéter : « L’an prochain, je suis sûr que je disposerai d’une bonne voiture. » Une Ferrari... ?