Grand Prix d'Espagne Barcelona
10 mai 2009
Brawn agrandit sa collection
Jenson Button a accueilli sa 4e victoire de la saison avec soulagement : la concurrence progresse, mais les Brawn restent devant.

Quatre victoires en cinq courses, Jenson Button n’est pas loin du hold-up. Avec deux doublés en sus, Brawn GP prend ses aises en tête du Championnat constructeurs : 29,5 points d’avance sur Red Bull Racing. Si le « matelas » s’épaissit, Brawn n’en redoute pas moins les assauts de la concurrence, dans les semaines et les mois à venir. Red Bull, la plus pressante de ses rivales, annonce en effet d’importants développements pour la Turquie. Servis par une voiture que tous les ingénieurs viennent reluquer sur la grille, Vettel et Webber ne vont pas se gêner pour aller titiller les actuels leaders. Car le sympathique duo, mis en appétit par son doublé en Chine et des podiums à répétition, ne souffre d’aucun complexe par rapport à la fine équipe Button-Barrichello.

Hormis cette menace immédiate, qui promet par ailleurs de belles empoignades, il faut compter désormais avec Ferrari. De toutes les écuries de pointe qui ont, cette année, perdu leurs repères, la Scuderia est la seule, semble-t-il, à avoir retrouvé son chemin. Pas tout à fait, mais presque. Bien qu’elle ait une fois encore trébuché hier, ses voitures ont en effet montré d’importants progrès en performance pure, tout au long du week-end.

À défaut de viser la couronne – elle accuse déjà 62 points de retard sur Brawn –, Ferrari pourrait au moins, sous peu, prendre part aux batailles en tête. Et de ce fait, arbitrer les débats entre Brawn et Red Bull, voire s’inscrire dans le rôle de « troisième force », occupé pour l’instant par Toyota.

On n’en est pas encore là. Massa pouvait terminer quatrième en Espagne, et Räikkönen entrer dans les points après une très belle remontée. Ils le pouvaient, mais... Un problème sur le système hydraulique de contrôle de l’accélérateur poussa Räikkönen à l’abandon. Un remplissage incomplet du réservoir (par deux fois, et pour une raison hier soir inconnue) ruina la course de Massa. Affable en dépit de son fort mécontentement, Stefano Domenicali, le patron, dressa, après coup, ce constat très simple : « En matière de méthodologie, de contrôle, nous ne sommes toujours pas à la hauteur. Notre priorité est de serrer les files et de réagir en ordre. »

Pendant ce temps, on ne pavoisait pas plus chez McLaren-Mercedes. Lewis Hamilton (9e à Barcelone) s’est même laissé aller à cette confidence auprès d’un journaliste : «On n’est pas dans la m... ! » Chez BMW, on pouvait au moins se consoler avec la 7e place de Nick Heidfeld. Son départ canon lui permit de gagner d’emblée quatre positions. Grâce au fameux KERS, pour lequel le constructeur bavarois a tant investi ? Justement pas : en Espagne, on avait pris le parti de s’en passer ! Kubica connut pour sa part bien des soucis : problème d’embrayage à l’extinction des feux rouges, et manque total d’adhérence après l’intervention de la voiture de sécurité.

Quant à Renault, que Fernando Alonso porte à bout de bras, ses progrès ne sont pas encore flagrants, quoi qu’en dise Flavio Briatore, souvent prompt à s’enflammer – ou à se cacher derrière son petit doigt ?« Ce résultat (Alonso 5e, “grâce” aux ennuis de Massa) et notre rythme en course démontrent notre potentiel et l’efficacité des améliorations apportées à la voiture », glose-t-il. Si ce n’est que, samedi, les qualifications ont révélé une réalité plus cruelle : pilotée par Alonso, la R29 accusait environ 8 dixièmes de seconde de retard sur la Red Bull de Vettel, meilleur chrono du jour (en temps compensé [*]).

Les misères des uns auront fait le bonheur des autres lors de ce Grand Prix d’Espagne. Notamment celui des spectateurs, qui vécurent un final pathétique, avec le pauvre Massa, contraint de soulager l’accélérateur pour économiser le peu d’essence qu’il lui restait. Ils avaient également assisté à un départ tumultueux, et pas exactement comme on l’attendait. Car c’est aux avant-postes que l’on redoutait l’accrochage : entre la Ferrari de Massa pourvue du KERS, et les autres, Brawn ou Red Bull.

En vérité, conscient de n’avoir aucun droit à l’erreur, Massa mena une offensive calculée : il n’attaqua pas les Brawn, mais se plaça devant les Red Bull qu’il se sentait en mesure de contrôler. Au premier virage, tout se déroula comme dans un rêve. La situation se gâta dans le deuxième, et plutôt quelques rangs derrière, où se produisit l’archétype de l’incident de course, qui ruina les espoirs de Trulli, Bourdais, Buemi et Sutil.

Quant à la victoire, si elle parut promise à Rubens Barrichello tout au long du premier relais, elle tomba, sur un changement de stratégie, aux mains de Button dès le deuxième. Button qui ne croit pas à son bonheur cette saison. Button qui encense son équipier –comme pour mieux partager. Qui le flatte – comme pour se faire pardonner ? Ce que vont désormais guetter les Red Bull, ce seront peut-être les premières fêlures humaines dans l’admirable édifice Brawn GP.


(*) Chrono pondéré en tenant compte de la quantité de carburant embarqué en Q 3

Anne Giuntini (L'Equipe)

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