EBASTIAN VETTEL n’aura rapidement
plus besoin de trombes d’eau pour gagner des Grands Prix. Le pilote allemand, déjà plus jeune vainqueur dans l’histoire de la F 1, sous la pluie à Monza l’an dernier, n’a pas tardé à doubler son score. C’est sans doute le signe d’une carrière riche en futurs succès. À l’exception de Bruce McLaren et de Lewis Hamilton, qui signèrent leurs deux premières victoires d’affilée, Vettel fait mieux que tous les talents précoces de la F1 : il n’a attendu que sept courses après sa première victoire pour s’imposer à nouveau. Jacky Ickx patienta onze Grands Prix ; Emerson Fittipaldi, quatorze ;Michael Schumacher, dix-huit ; Fernando Alonso, vingt-trois ; Kimi Räikkönen, vingt huit. Robert Kubica et Heikki Kovalainen, vainqueurs comme Vettel de leur premier Grand Prix l’an passé, guettent toujours leur deuxième fois…
Hier, le gamin n’osait décrire la conduite d’une F1 dans ces conditions de tempête qu’à l’aune de son inexpérience : avec beaucoup de retenue. « Ça m’a paru bien long ! À certains endroits, il y avait tant d’eau que l’on n’avait plus le contrôle de rien, il fallait juste toucher le moins possible la voiture, la boîte, les freins… J’essayais simplement de garder l’auto sur la piste », s’excusait-il avec sa tête d’étudiant en fac.
Ainsi, Vettel s’amusait de l’emphase que mettaient Webber et Button – 280 Grands Prix à eux deux – à décrire, à côté de lui, l’enfer qu’ils venaient de croiser pendant deux heures ou presque au volant. « Je jouais avec les rivières qui traversaient la piste, comment je pouvais les attaquer et y échapper. Le dernier virage, c’était un véritable lac ! », racontait l’Australien.
« J’essayais d’éviter les rivières, mais elles changeaient d’endroit à chaque tour ! complétait Button. Le problème était qu’on ne voyait rien, ni devant ni derrière. D’habitude, les pneus de la voiture devant nous laissent des traces pour pouvoir repérer la bonne ligne. Là, rien ! L’eau recouvrait tout, c’était terriblement dangereux. »
Les excuses de Vettel à Buemi
Décidément, Vettel a gagné hier au volant de sa Red Bull-Renault l’un de ces Grands Prix de légende. Avec constance et assurance – jamais il ne sortit de la route ou ne partit en tête-à-queue, à l’inverse de bien des as du volant. Avec brio aussi quand, après son second arrêt ravitaillement, il se retrouva dans les roues de Button, qu’il dépassa en piste pour récupérer sa première place plutôt qu’attendre la rentrée au stand de la Brawn GP, un tour plus tard !
Avec un peu de chance enfin lorsqu’au 19e tour, après la première salve des ravitaillements, Sébastien Buemi, enthousiasmant dans la Toro Rosso « soeur », percuta l’arrière de la Red Bull : « J’ai déboîté pour dépasser Trulli, au ralenti. Mais on n’y voyait pas plus derrière que devant… On aurait pu m’enlever les rétros : ils ne servaient à rien ! Je n’ai pas vu arriver Buemi ; je suis vraiment désolé d’avoir ruiné sa course », s’excusait Vettel, qui ne réalisait qu’ensuite qu’il aurait pu, surtout, perdre la sienne dans cet incident. Au final, Buemi, huitième, inscrira un nouveau point.
On comprend mieux, dans ces conditions, que le départ fut donné derrière la voiture de sécurité, évitant le risque d’un carambolage au premier virage, permettant de repérer les plus grosses flaques et de monter les pneus en température. Aucun pilote ne s’en est plaint, à l’inverse du public des tribunes, qui siffla, au bout de quatre tours, son impatience de voir enfin la course s’élancer. C’est l’instant où dans la radio de bord de sa Renault, Alonso donna également son opinion : « Il faut y aller maintenant ! Vite ! Les nuages ne disparaîtront pas par miracle... »
L’Espagnol était pressé. La pluie et ce safety-car allaient à l’encontre de sa stratégie prévue : une entame rapide avec moins d’essence que tous les autres. Alonso ravitailla juste avant que la voiture de sécurité ne libère le peloton (8e tour), repartit des stands bon dernier, se hissa jusqu’à la 5e place avant son deuxième pit-stop et ne put éviter le tête-à-queue juste après. Il échoua à la porte des points, aussi bredouille que Räikkönen derrière lui et les maisons Renault, BMW et Ferrari réunies ! Massa abandonna sur problème électrique, alors qu’il était troisième.
Parmi les écuries-mères des contructeurs engagés en F1, McLaren-Mercedes ramenait quelques subsides, Kovalainen soufflant la 5e place à Hamilton tandis que le champion du monde en titre, qui paraissait tellement à l’aise sous la pluie en début de course, y allait de son troisième tête-à-queue de la journée ! « Mais les chiens endormis vont bientôt se réveiller », pronostiquait à l’arrivée Christian Horner, le patron de l’écurie Red Bull, conscient qu’il fallait profiter de l’instant pour engranger les points : dix huit d’un coup avec la 2e place de Webber, acquise à l’issue d’une belle bagarre contre Button. « Je ne suis même pas déçu de finir troisième, assurait l’Anglais de Brawn GP, car les Red Bull étaient intouchables et je suis déjà tellement content d’être à l’arrivée ! C’est important de ramener six points au Championnat », commentait-il en leader.
Dans le parc fermé d’arrivée, Horner avait soulevé de terre Sebastian Vettel pour cette première victoire de son équipe en F1. Sept mois plus tôt, il avait bien dû le maudire un peu quand il avait bousculé l’ordre établi au sein du team Red Bull, offrant déjà son premier succès en Grand Prix à la « deuxième » écurie du groupe : Toro Rosso. À l’entrée de l’incroyable hangar 7 de l’aéroport de Salzbourg, où le patron Dieter Mateschitz expose comme dans un musée (ouvert au public) avions et voitures de course à ses couleurs, il faudra désormais penser à élever une statue à Sebastian Vettel.
Stéphane Barbé (L'Equipe)
