Grand Prix de Bahreïn Sakhir
26 avril 2009
Ce n’est plus un mirage
Vainqueur au milieu du désert, dans des conditions moins faciles pour sa Brawn, Button a conforté sa position en tête du Championnat.

Encore un podium de rêve ! Le quatrième en quatre courses. Un podium rafraîchissant, qui met – ou remet – en scène des coureurs restés trop longtemps dans l’ombre. Button-Vettel-Trulli. Abonné à la première marche depuis le début de la saison, Jenson Button a décroché hier sa troisième victoire. Éblouissant d’aisance au volant, resplendissant de bonheur à l’arrivée, l’oublié de ces dernières années savoure son plaisir. La Brawn née dans les ateliers de la défunte écurie Honda lui rend justice en lui permettant d’exprimer ce talent étouffé, contraint, trahi si souvent dans sa carrière par des voitures sans panache. Button est tout simplement en train de montrer ce qu’un pilote – un très bon – peut accomplir dès lors qu’on lui en donne les moyens.

Par un parcours inverse, Fernando Alonso, double champion du monde, corrobore cette réalité. Faut-il que sa Renault R29 lui donne du fil à retordre pour qu’à l’issue d’un Grand Prix achevé à la huitième place il trouve une raison de se satisfaire ! « Ce fut l’une de mes meilleures courses de ces deux saisons »… Loin de ses espérances et de ses ambitions pourtant. Il attendra désormais Barcelone, dans deux semaines, et les développements promis sur sa monoplace, pour jauger la réactivité de son équipe. Car toutes vont arriver en Espagne avec des autos nettement modifiées.

Button, Vettel, Trulli en ont bien conscience, et évoquaient tous trois la fragilité de la hiérarchie actuelle. « C’est bien la raison pour laquelle je suis ravi de pouvoir engranger tous ces points ! » commentait Button. Combien de temps les Brawn, les Red Bull et les Toyota, vedettes incontestées de ce début de Championnat, vont-elles tenir face à McLaren-Mercedes – en très net progrès déjà –et à Ferrari, qui a le devoir de revenir sans tarder à son niveau habituel ?

La Scuderia marqua hier ses premiers points grâce à Kimi Räikkönen : trois « seulement ». « Notre objectif était de placer nos deux voitures parmi les huit premières, avouait Stefano Domenicali, patron de l’écurie. Au final, nous avons simplement les deux à l’arrivée. Nous ne pouvons pas nous en contenter. » En écho, Räikkönen marmonnait ceci : « Je suis en F1 depuis assez longtemps pour ne pas me satisfaire d’une sixième place. »

Le chapitre premier de la saison 2009, celui concernant les épisodes lointains –Australie, Malaisie, Chine, Bahreïn –, s’est donc clos hier dans la fournaise. Après le déluge en Malaisie, la pluie opiniâtre en Chine, on avait annoncé pour conclure une tempête de sable dans le Golfe. Un vent du nord qui devait faire chuter les températures d’environ 10°C.

Mais rien de rien, toujours cette chaleur brûlante et la brise sèche du désert. Durant le week-end, certaines carrosseries avaient été redécoupées en urgence à la scie sauteuse, histoire de ventiler un peu mieux les moteurs, ou les batteries du KERS. Sur la grille, jusqu’au moment de rejoindre son cockpit, Jenson Button conserva sur les épaules un gilet réfrigérant, tandis que Jarno Trulli arborait, lui, une minerve glacée.

Le Grand Prix de Bahreïn promettait de mettre à l’épreuve hommes et machines. Fernando Alonso, qui n’avait pas pu s’hydrater durant la course – pipette d’eau défaillante, un souci chronique sur les Renault –, fut pris d’un malaise à l’arrivée et s’évanouit. Côté mécanique, contre toute attente, on ne compta qu’un seul abandon : celui de Kazuki Nakajima (Williams), au 48e tour, sur un problème de pression d’huile. On mesure là, une nouvelle fois, le niveau de fiabilité des F1 modernes.

Avec dix-neuf concurrents à l’arrivée sur vingt au départ, la course, évidemment, se joua au plus serré : sur l’habileté des pilotes, sur leur métier, leur opportunisme, leur faculté à épargner les pneus. Mais aussi sur la stratégie des équipes. BMW tenta vainement de rattraper, par la tactique, la déconfiture de sa doublette Kubica-Heidfeld, victime d’un accrochage au premier virage.

Brawn GP exécuta ses plans à la perfection : Button devait s’affranchir des Toyota au moment du premier bal des ravitaillements, il y parvint avec une belle maîtrise. En revanche, Toyota opta pour un deuxième relais très long et en pneus durs, avec Trulli, mais après coup ce choix ne se révéla pas le meilleur pour dompter Sebastian Vettel.

À la veille du Grand Prix de Bahreïn, on prévoyait aussi que la présence du système de récupération d’énergie (KERS) sur les BMW, les McLaren-Mercedes, les Renault et les Ferrari pourrait peut être, sur ce type de tracé exigeant l’alternance de freinages appuyés et de relances, faire resurgir l’une de ces quatre grosses écuries. En vérité, le KERS aura magnifié le spectacle, sans inverser la logique du début de saison. Il aura permis de somptueuses bagarres, où ses utilisateurs auront opposé à leurs assaillants une défense de haute technologique. Ainsi, Lewis Hamilton, auteur d’un départ canon, parvint-il à résister durant tout le premier tour à Jenson Button, qui finit par le déborder à l’entame du deuxième.

Plus tard, au quatorzième passage, Fernando Alonso usa lui aussi de ses 80 chevaux supplémentaires, mais en offensive, pour porter une attaque virile contre Jarno Trulli. Au dix-neuvième, Rubens Barrichello vint à bout de Nelson Piquet (Renault), qui depuis un moment, en appuyant sur le « bouton magique » du KERS, larguait systématiquement la Brawn dans la ligne droite et la retardait sur le reste du parcours.

Luca Di Montezemolo, président de Ferrari, se montrait agacé hier matin par ces différences sur les voitures : avec ou sans KERS, avec ou sans double diffuseur… Avec sa deuxième place, une semaine après sa victoire en Chine, Sebastian Vettel met tout le monde d’accord : il n’a ni l’un ni l’autre sur sa Red Bull… pour l’instant. Car, à Barcelone, nul ne sait encore ce qui nous attend. Ce sera là l’objet du chapitre 2.


Anne Giuntini (L'Equipe)

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