Grand Prix d'Australie Melbourne
29 mars 2009
Beau comme un rêve !
La victoire de Jenson Button, devant son équipier Barrichello, est une nouvelle page du conte de fées imaginé par Ross Brawn.
Le départ Le départ Sutil Massa Massa Webber Vettel Kubica Kubica Bourdais Buemi Nakajima Rosberg Alonso Alonso Hamilton Hamilton Glock Trulli Button Barrichello Podium

Il y a un mois encore, il n’était pas certain que l’écurie serait au départ du premier Grand Prix. On l’appelait encore Honda, mais elle n’avait plus de nom depuis que, début décembre, le constructeur nippon s’était officiellement retiré du jeu.

Il y a un mois, à l’heure des pronostics, on n’envisageait guère d’autres acteurs de premier plan que Ferrari, McLaren-Mercedes et BMW, avec, peut-être, une heureuse surprise venant de Red Bull-Renault. Puis les Brawn sont arrivées. Nées le 6 mars. Couronnées le 29. Et de quelle manière ! Hier, pour l’ouverture de la saison 2009, Jenson Button et Rubens Barrichello ont signé le doublé en Australie. La dernière fois qu’une écurie nouvelle avait réalisé cette prouesse remonte à 1954 avec Mercedes-Benz. Et, clin d’oeil du destin, les Brawn de 2009 sont propulsées par un moteur Mercedes, le même que celui des McLaren. Il fallait voir la joie des vainqueurs, l’émotion de Ross Brawn… « Il est rare que Ross n’ait pas quelque chose à dire, plaisantait Button. Mais là, quand il nous a rejoints sur le podium, notre gros nounours était sans voix. Il n’a pas pipé mot pendant au moins quinze minutes. C’était bon de le voir tout chamboulé ; nous vivons tous ensemble un conte de fées. » Barrichello renchérit : « C’est vrai. Jamais je n’avais vu Ross dans cet état, pas même chez Ferrari. On aurait dit que c’était sa première victoire. »

Il ne se trouvait plus grand monde dans ces instants magiques tels que le sport automobile peut en offrir parfois pour entretenir encore le climat de suspicion de ces dernières semaines. Cette fois, tout le monde s’inclinait devant le sauvetage réussi par Ross Brawn et le travail accompli par son équipe, tout au long de l’hiver, dans les conditions psychologiques les plus difficiles qui soient. Plus personne n’osait évoquer ces fameux diffuseurs sur lesquels le tribunal d’appel de la FIA se prononcera le 14 avril. Mais Rubens Barrichello eut tôt fait d’en relativiser la « sorcellerie » : le sien fut complètement détruit dans un accrochage au départ.

« Si nos performances ne tenaient qu’à cela, comme certains le prétendent, je n’aurais pas pu faire la course que j’ai faite malgré tout », soulignait-il avec un brin de malice. Jolie et performante, la Brawn se révèle en outre solide. Barrichello ne pensait pas qu’elle survivrait longtemps à ce traitement de choc. D’autant qu’au cours du premier relais un autre épisode mit à l’épreuve la résistance de la machine : dans une rencontre un peu musclée avec Kimi Räikkönen, le museau de la Brawn se trouva vilainement chiffonné. « Il est tombé sur la piste, résume Barrichello, et, après ça, je n’avais plus de stabilité au freinage. »

Si le doublé des Brawn-Mercedes s’impose comme l’événement majeur de ce Grand Prix d’Australie, écrasant presque tout le reste, la course ne manqua pourtant pas de relief… ni de dépassements. Trulli, Hamilton, Rosberg, Alonso – entre autres – en assurèrent une bonne part. Tous ne furent pas également récompensés. En fait, nombre d’écuries se fourvoyèrent dans leurs stratégies, par méconnaissance des nouveaux pneumatiques.

Les tendres se révélèrent très délicats à exploiter, en fonction des réglages de la voiture, du style de pilotage, des circonstances de course, de la température de la piste… Il fallait un peu de réussite pour tomber juste. Ou l’expérience d’un « vieux » pilote pour les ménager de la manière la plus subtile.

C’est peut-être là que Sebastian Vettel a montré sa jeunesse hier… À trois tours de l’arrivée, alors que, depuis le départ il maintenait sa Red Bull-Renault dans le sillage de Button, il est tombé dans le piège. Ses gommes partaient en capilotade, Robert Kubica fondait sur lui. « Est-ce que j’aurais mieux fait de ne pas résister, me contenter de la 3e place ? , s’interrogeait Vettel, dans une touchante confusion. Mais on veut toujours se bagarrer jusqu’au bout… Je suis tellement désolé pour l’équipe. Et pour Robert. » De fait, Kubica et lui partirent dans le décor et s’exclurent d’un podium qui leur était acquis. C’est ainsi que Barrichello-le-rescapé et Trulli-le-brave – il était parti de la voie des stands, les Toyota ayant écopé d’une sanction la veille – se virent offrir les deuxième et troisième places. Pas pour longtemps en ce qui concerne Trulli… pénalisé a fortiori de vingt-cinq secondes pour avoir dépassé Hamilton dans les derniers tours, bouclés derrière le safety-car (après l’accident Vettel-Kubica). « J’ai fait un écart, mordu dans l’herbe, et Lewis est passé, explique Trulli. Puis il a ralenti pour me rendre ma place. » Mais Trulli n’aurait pas dû la récupérer, Hamilton ne la lui ayant pas « volée » en l’occurrence. Reste que la performance des Toyota est là, comme celle des Red Bull et des Williams.

Nico Rosberg, auteur d’un parcours magnifique et du meilleur tour en course, méritait mieux que la 7e place. Sam Michael, directeur technique de Williams, en convenait : « C’est nous qui n’avons pas été bons en tant qu’équipe. Nous avons commis trop d’erreurs. » Qui pourrait menacer Brawn GP dimanche en Malaisie ? BMW, Red Bull, Toyota ? Le circuit de Melbourne est trop atypique pour en tirer des leçons définitives.Mais on aura du moins vu le retard accusé par McLaren (qui doit sa 3e place aux circonstances et au talent d’Hamilton) et par Ferrari. « Si on laisse faire les Brawn, le Championnat sera plié à mi-saison », décrétait hier un Felipe Massa fort sombre… Mais, là, il exagère certainement un peu.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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