Grand Prix d'Italie Monza
14 septembre 2008
Vettel avait des ailes
Plus jeune vainqueur de l’histoire, le pilote allemand a offert à Toro Rosso son premier succès en F1.

D

éja entendu. Mais jamais vu. Déjà entendu, l’enchaînement des deux hymnes nationaux, l’allemand d’abord, l’italien ensuite. Du temps de Schumi et Ferrari, on connaissait la musique. C’était si souvent la même, à l’heure du podium… Comment imaginer que la F1 nous servirait à nouveau ces morceaux de solennité… sans Schumacher ni la Scuderia ? Et pourtant, Sebastian Vettel et Toro Rosso l’ont fait. Hier, et pas n’importe où : à Monza. Leur premier exploit commun, ils l’ont écrit et signé dans le temple de la vitesse. Vettel l’Allemand et Toro Rosso l’italienne, ensemble les deux « petits » se sont magistralement imposés aux grands. Une écurie au budget des plus serrés, portée par son coureur de vingt et un ans. Portée, hissée, transcendée.

« Tu vas rejoindre une équipe modeste, mais tu peux lui apporter beaucoup », lui avait dit l’an dernier Josef Leberer, préparateur physique chez BMW. « Tu vas lui donner ta fraîcheur, ton enthousiasme ; ils vont t’aimer et tu vas les faire grandir. » Josef a déjà veillé sur pas mal de champions dans sa carrière, Prost, Senna, Räikkönen entre autres. Il les observe, les écoute, les soigne, les apaise et les devine. Il a « couvé » Vettel quand le gosse officiait comme troisième pilote chez BMW jusqu’au milieu de la saison dernière. Josef tremblait d’émotion au pied de ce podium où s’agitaient ses deux « poulains », Kubica au côté de Sebastian.

Cette victoire inédite et rafraîchissante couronnait un week-end parfait pour Vettel et Toro Rosso. C’était un succès construit, et si les circonstances climatiques ont tenu leur rôle dans l’histoire, elles n’ont pas pour autant faussé le jeu. Elles l’ont au contraire corsé. Vettel en avait-il profité samedi pour signer la pole-position, tandis que la pluie envoyait au tapis les Räikkönen et Hamilton ? Le plus dur restait cependant à faire : confirmer. Ne pas gâcher l’occasion sublime de conduire toute l’équipe au comble du bonheur.

Le crachin persistant à tomber hier sur le circuit, le départ du Grand Prix d’Italie fut donné derrière la voiture de sécurité. Pas question pour la direction de course de lâcher les vingt voitures à la manière habituelle, pour les voir se caramboler dans la première chicane. Lorsque la « Safety Car » lâcha le peloton à la fin du deuxième tour, Sebastian Vettel conserva « tranquillement » sa première place, devant Kovalainen, Webber, Rosberg, Massa, Trulli et Alonso. Un peu plus loin derrière, Robert Kubica expérimentait le pilotage en aveugle : « la visibilité était si mauvaise que j’ai passé Heidfeld sans m’en apercevoir », résumait-il.

Une Toro Rosso en tête… et l’autre fermant la marche. Sébastien Bourdais, bien malheureux avec sa boîte de vitesses, ne parvint pas à enclencher la première et se trouva vissé sur la grille. Le temps pour ses mécaniciens d’amener l’auto dans la voie des stands, trouver la faille et réparer, un tour s’était écoulé… Quand Bourdais reprit la piste, c’était forcément sans illusion, sans espoir de bagarre aux avant postes, lui qui s’était qualifié 4e avec des réservoirs plus lourds que ceux de son équipier.

Une Toro Rosso en verve, l’autre en berne. Entre les deux, une kyrielle de dépassements épiques. Du beau spectacle. Lewis Hamilton, à lui seul, en assura une bonne tranche ! Parti 15e, il entreprit de remonter le peloton, à la manière d’un Michael Schumacher, précis, incisif, opiniâtre. Sous la pluie, sa McLaren-Mercedes montrait peut être des qualités inestimables, mais aussi quel talent déployait-il à la piloter ! Devant, Heikki Kovalainen n’affichait pas la même aisance, gêné, justifia-t-il après coup, par la difficulté à chauffer correctement ses freins.

Quant aux Ferrari, l’état de la piste, manifestement, ne leur convenait pas du tout. « Je ne pouvais rien faire, rien tenter », commentait Räikkönen à l’arrivée. Comme Hamilton, il avait manqué sa qualification, et s’élançait du 14e rang sur la grille. Pour espérer gommer un tel handicap, il eût fallu une Ferrari plus docile, plus compétitive. « Nous ne sommes pas assez rapides dans ce contexte de pluie, et dans cette fourchette de températures, constatait de son côté Stefano Domenicali, patron de la Scuderia. Clairement, nous devons réagir sans tarder, car il pourrait pleuvoir encore sur les Grands Prix à venir. » Singapour, Japon, Chine, Brésil peuvent en effet réserver de mauvaises surprises…

Felipe Massa fit tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas sombrer, et réussit bravement à surnager. À la demande de son écurie, il rendit à Rosberg la quatrième place qu’il lui avait prise dans une passe d’armes sévère. Avait-il vraiment coupé la chicane, ou seulement mordu généreusement le vibreur ? Dans le doute, la Scuderia invita son pilote à laisser repasser Rosberg. Massa ne s’amusa guère dans cette course où la stratégie retenue – deux ravitaillements – se révéla en outre infructueuse. « Ceux qui avaient opté pour un seul arrêt ont eu l’avantage au bout du compte. » Pas tous, car Lewis Hamilton, en s’arrêtant au 27e tour, se trouva toutefois piégé par les caprices du ciel. Un peu plus tard, et ça passait…

Fernando Alonso observa son « pitstop » au 30e tour, alors que la piste commençait à sécher, et prit le risque de chausser des pneus « intermédiaires ». Hamilton, qui avait conservé la version « pluie extrême », dut repasser par le stand au 36e tour pour changer encore. Sans ce contretemps, la victoire était à sa portée. Avant ce ravitaillement qui devait en principe être le seul, il était revenu à une seconde du leader, Sebastian Vettel.

Mais Hamilton dut se contenter en définitive de la 7e place, juste derrière Massa. « Cela me permet de conserver la tête au Championnat », observait-il, pas mécontent du résultat. Un point seulement – 78 à 77 – mais un point psychologiquement important, ainsi qu’on pouvait l’imaginer en voyant chez Ferrari les mines graves. Avec 21 points de retard à présent, Kimi Räikkönen peut tirer un trait sur le titre, alors que Robert Kubica, avec un déficit de 14 points, peut se laisser aller aux rêves arithmétiques. Pour les quatre dernières manches du Championnat 2008, Kimi Räikkönen se mettra au service de son équipier. Il doit bien cela à Massa qui, l’an dernier, en renonçant à une victoire au Brésil, avait assuré au Finlandais sa première couronne. « Nos pilotes savent parfaitement ce qu’ils ont à faire, dans l’intérêt de l’équipe, précisait, hier soir, Stefano Domenicali. Kimi aura cela en tête lors des prochaines courses, sans rien perdre de son agressivité habituelle. »


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



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