Grand Prix de Grande Bretagne Silverstone
6 juillet 2008
Hamilton au-dessus de l’eau
Intouchable sous la pluie, le pilote McLaren a fourni l’une des plus belles démonstrations de sa jeune carrière pour s’offrir la victoire.
Le départ Fisichella Sutil Vettel Bourdais Coulthard Webber Nakajima Rosberg Glock Glock Alonso Alonso Raikkonen Raikkonen Barrichello Barrichello Kubica Kubica Kovalainen Kovalainen Hamilton

McLaren avait retrouvé hier des couleurs : ces T-shirts vif orangé que toute l’équipe revêt, cette année, après chaque victoire. Ils paraissaient une armée derrière leur seul héros, Lewis Hamilton, mi-chevalier mi-gladiateur, triomphant autant des éléments que de ses adversaires, terrassés, laminés, littéralement oubliés. Dans le minuscule hall d’attente donnant accès au podium, sorte de kiss and cry improvisé, Hamilton et Martin Whitmarsh, le directeur général de McLaren, étaient comme coupés du monde, revivant leur course, se congratulant pour leur pilotage et leur stratégie, se félicitant du joli coup qu’ils venaient de réussir. Hier, à Silverstone, n’existait plus que Lewis Hamilton. À lui seul, il a filé une claque à Ferrari quand Massa et Räikkönen, pour saper le moral de l’adversaire, il y a quinze jours à Magny-Cours, s’y étaient mis à deux pour un cinglant doublé.

Dès l’envoi sur la piste détrempée, Hamilton fut impressionnant, prenant de loin le meilleur départ, dépassant d’un coup la Red Bull-Renault de Webber et la Ferrari de Räikkönen, effaçant d’un trait une qualification en demi-teinte (4e), s’essayant même à surprendre à l’intérieur son équipier Kovalainen qui, d’autorité, ne se laissa pas faire. Les deux McLaren-Mercedes bouclèrent ainsi – dans cet ordre et roues dans roues – les quatre premiers tours, d’assez peu devant Räikkönen puisque Webber avait aussitôt ruiné son départ en première ligne et sa course dans un tête-à-queue au premier passage à Becketts.

Dans le sillage bruineux de la McLaren de tête, Hamilton mettait la pression. Kovalainen la tenait. Au 5e tour, au freinage de Stowe, il ouvrit pourtant la porte à son équipier. On aurait pu y soupçonner une consigne d’équipe – Räikkönen n’était qu’à 1’’2 –, il fallait y deviner le signe avant-coureur de la réelle supériorité de Hamilton hier : « Heikki s’est rudement bien battu, justifiait Martin Whitmarsh, mais Lewis avait tellement d’adhérence avec sa voiture que nous avons passé le reste de la course (un cavalier seul) à nous efforcer de le ralentir à la radio ! Heikki a rapidement compris qu’il pourrait peut-être tenir encore un ou deux tours devant Lewis mais qu’il devait aussi commencer à s’occuper de sa propre sécurité… » Cinq boucles plus tard, Kovalainen commettait d’ailleurs le premier de ces deux tête-à-queue qui le relègueront finalement à la 5e place finale.

Un autre Finlandais prit aussitôt le relais derrière Hamilton. Räikkönen enflammait de nouveau ce début de course et calmait l’ardeur des tribunes. De six secondes au 10e passage, l’écart était tombé à rien entre la McLaren-Mercedes et la Ferrari, onze tours plus tard, quand elles rentrèrent l’une derrière l’autre pour le premier arrêt ravitaillement. Elles en ressortirent dans le même ordre, avec la même infime différence… Puis la lutte s’arrêta là, au 21e tour. Bien trop tôt.

Anticipant le retour d’une forte averse, McLaren avait rechaussé la F1 de Hamilton de pneus intermédiaires neufs, mieux adaptés aux conditions à venir pour évacuer l’eau. « Ce fut le choix de l’équipe, admettait le futur vainqueur. Moi, je me contentais de me concentrer sur mon pilotage. » À l’inverse, Ferrari, qui n’avait rien vu venir (« nous avons commis une grosse erreur », reconnaissait le directeur sportif, Stefano Domenicali), décida de conserver sur la monoplace de Räikkönen le train de pneus qu’elle avait depuis le départ. Des intermédiaires également, « patinés » pourrait-on dire par vingt tours de course, déjà usés mais pas élimés, dont les rainures désormais moins marquées les rapprochaient idéalement d’un pneu pour piste sèche… si celle-ci l’était devenue.

Mais deux tours plus tard, la pluie faisait sa réapparition. Au 26e tour, Räikkönen avait déjà concédé 21’’8 de retard. Au 27e, Kovalainen lui reprenait la deuxième place.

Ensuite, « nous avons assisté à la lente agonie de Ferrari », commentait – so British ! – Martin Whitmarsh pour McLaren. Elle fut particulièrement douloureuse pour Massa, unique leader du Championnat avant ce rendez-vous de Silverstone : le petit Brésilien, parti 9e, ne pouvait éviter un tête-à-queue dès le premier tour et multiplia ensuite les bourdes sans quasiment quitter la dernière place de toute la course. Domenica horribilis. « Je ne comprends pas ce qui s’est passé, commentait le malheureux Felipe. Même en ligne droite, sur les rigoles d’eau, la voiture m’échappait parfois en aquaplaning. » De tous ceux qui, dans ces conditions difficiles d’adhérence et de visibilité, prirent le circuit de Silverstone pour une piste de danse – les figures inédites ont été nombreuses, hier –, Massa fut le pire des figurants.

Quel contraste avec Hamilton ! Quelles qu’ont été les conditions de piste – trempée, moins humide, rincée par la pluie mais jamais complètement sèche –, il a toujours été le meilleur. Et de loin : deux pilotes seulement ont terminé dans le même tour que lui mais à plus d’une minute. Ce furent Heidfeld (BMW) et Barrichello (Honda), qui, grâce eux aussi à un choix de pneus approprié quand il se remit à pleuvoir, et à un sans-faute côté pilotage, se hissèrent sur le podium, le premier depuis 2005 pour le Brésilien.

Mais ç’aurait pu être Kubica (BMW), éliminé sur l’un des innombrables tête-à-queue de ce Grand Prix un peu fou. Ou Alonso, contraint à un arrêt de trop pour repasser les bons pneus sur sa Renault et finalement 6e après avoir longtemps tenu la 4e place sur la piste encore praticable du début de course. Pourquoi pas Piquet encore ? Mieux chaussé que son équipier, il le dépassa au 26e tour avant de finir dans le bac à gravier au 35e. Le jeune Nelson était alors 4e et gâchait sa plus belle course depuis le début de l’année. Renault y lâchait encore quelques points.

Hamilton, lui, en faisait le plein. Le voilà revenu en tête du Championnat à égalité avec les deux pilotes Ferrari et avec deux longueurs d’avance sur Kubica. Il avait déclaré vouloir gagner, cette année, le Grand Prix d’ouverture de la saison à Melbourne, celui de Monaco et celui de Grande-Bretagne. « We’ve done it ! » (« On l’a fait ! »), lança-t-il à la radio durant son tour d’honneur. On devine aisément son nouvel objectif.


Stéphane Barbé (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



Le départ Fisichella Sutil Vettel Bourdais Webber Webber Nakajima Nakajima Glock Trulli Alonso Piquet Raikkonen Massa Barrichello Button Heidfeld Heidfeld Hamilton Hamilton et Kovalainen


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