Grand Prix de France Magny-Cours
22 juin 2008
En rouge et gris
Ferrari a décroché son troisième doublé de la saison. Mais Räikkönen, 2e derrière Massa, peinait à masquer sa déception.

Le départ Fisichella Sutil Rosberg Rosberg Vettel Vettel Barrichello Button Piquet Piquet Webber Coulthard Kubica Kubica Hamilton Hamilton Glock Trulli Massa Raikkonen podium

Achacun son tour. C’est aujourd’hui celui de Felipe Massa. Fort de sa victoire à Magny-Cours, le Brésilien vient de prendre la tête du Championnat du monde. Il est le quatrième cette année, après Lewis Hamilton, Kimi Räikkönen et Robert Kubica. Quatre leaders successifs en huit Grands Prix, voilà qui illustre l’intensité de la bataille… et la précarité du rôle ! Massa compte à présent deux points d’avance sur Kubica, cinq sur Räikkönen et dix sur Hamilton. Il est probable que le relais changera de main quelques fois encore avant la manche finale au Brésil, le 2 novembre prochain. En attendant, Magny-Cours était pour les outsiders l’occasion à ne pas manquer : la mise en difficulté des McLaren-Mercedes, qui ont subi ce week-end tout un lot de pénalités (1), et le bref passage à vide des BMW offraient une opportunité inédite à Renault, Toyota et Red Bull de balancer leurs atouts.

Samedi, Fernando Alonso se voyait sérieusement en position de jouer sa chance et imaginait le podium à sa portée. En vérité, la stratégie de Toyota les avait abusés, son écurie et lui : Jarno Trulli, son voisin sur la grille, embarquait à bord de ses réservoirs de quoi boucler cinq tours de plus que la Renault. Inutile, dans ces conditions, de persévérer dans une tactique offensive à trois arrêts : la R28 se révélant clairement trop lente, autant ne ravitailler que deux fois.

Trulli, auteur d’une course d’attaque irréprochable, décrocha donc cette troisième place si convoitée, derrière le tandem Ferrari. La Scuderia a signé quant à elle son troisième doublé de la saison. Ses voitures ont amplement dominé le Grand Prix de France, et si la logique de la performance avait été respectée, Kimi Räikkönen aurait dû l’emporter.

Räikkönen : « La Ferrari F2008 est sacrément solide » Mais le Finlandais a pris un nouveau coup sur la tête. Victime de l’empressement de Lewis Hamilton au Canada et trahi par sa propre monture hier en terre nivernaise ! Guigne et double guigne ! De la même manière qu’il exprimait samedi son plaisir d’être en pole-position, lui, « l’Homme de glace », peinait hier soir à masquer sa déception. Cette victoire était pour lui, elle lui tendait les bras, il la méritait. Alors qu’il menait la danse depuis 35 tours sur un rythme endiablé, il perçut les premiers signes d’une défaillance technique. Le V8 Ferrari semblait s’essouffler, peinant à cracher toute sa puissance, en particulier dans les bouts droits, à la sortie des virages lents. Un échappement à l’arrière droit s’était brisé, qui au bout d’un moment ne tenait plus que par le fil électrique d’une sonde. Brimbalant contre la carrosserie écarlate, le tuyau tambourinait sur la boîte à air, sur les flancs de la voiture, mettant à mal la machine autant que les nerfs des ingénieurs en bord de piste. Finalement, le bout de métal finit par se détacher. Mais Räikkönen se trouvait en grand danger d’abandon : les gaz d’échappement n’étant plus guidés risquaient de brûler les éléments alentour, de mettre le feu à un fil du faisceau électrique, créant un court-circuit. « La conclusion, c’est que la Ferrari F2008 est sacrément solide, puisqu’elle a quand même tenu jusqu’au bout », observait après coup le pilote, cherchant une note positive à sa mésaventure.

Räikkönen ne pouvait contenir très longtemps le retour de son équipier. Felipe Massa le croqua donc au 39e passage et fila « tranquillement » vers la victoire.

Si Lewis Hamilton n’avait subi en début de course un « drive-through » de pénalité – passage obligé par la voie des stands – pour avoir coupé la chicane et gagné une place qu’il n’a pas rendue, sans doute aurait-il pu terminer sur lepodium… ou pas très loin. Heikki Kovalainen, l’autre pilote McLaren-Mercedes, sanctionné de cinq places sur la grille, est arrivé quatrième, devant Kubica – une fois de plus le meilleur des deux coureurs BMW –, Webber et les deux « Renault boys », Piquet et Alonso. Nelson Piquet junior marque là ses premiers points, venus récompenser un Grand Prix bravement conduit.

Piquet s’offre le luxe de passer Alonso. Au gré des circonstances de course, le jeune Brésilien eut à contrer les assauts d’Hamilton et de Kovalainen, ce qu’il fit sans complexes et avec une parfaite efficacité. À trois tours de l’arrivée, Piquet s’offrit même le luxe de passer Fernando Alonso, lequel venait de commettre un écart pour éviter Sutil, qui ne l’avait pas vu venir. Si, officiellement, on se félicitait chez Renault de placer pour la première fois de la saison les deux pilotes dans les points (7e et 8e), il demeurait néanmoins difficile pour l’écurie de nier la réalité : les R28 ont encore du chemin à faire – et l’on franchira déjà le cap de la mi-saison dans deux semaines à Silverstone – pour être compétitives. Fernando Alonso, double champion du monde, n’a marqué que 10 points en huit Grands Prix. Renault, 7e sur 10 au classement des constructeurs, en compte pour sa part 12… contre 91 à Ferrari, 74 à BMW, 58 à McLaren-Mercedes. Au 4e rang, Red Bull Racing – motorisé par Renault – affiche 24 points et s’affirme comme la première des écuries indépendantes.

Dès ce matin, les ingénieurs de Ferrari vont ausculter le V8 de Räikkönen, et évaluer les dégâts commis par la rupture de l’échappement. « Ce moteur a été soumis à la torture, soulignait hier soir Stefano Domenicali, patron de la Scuderia. A priori, je pense que nous utiliserons notre joker (2) pour Silverstone, et que nous changerons le propulseur de Kimi. »

Pas de quoi entamer le moral de Felipe Massa, qui pour l’heure goûte au plaisir d’être le premier Brésilien, depuis Ayrton Senna, à mener un Championnat du monde…

(1) Dix places de recul sur la grille pour Hamilton qui payait sa bévue du Canada ; cinq places pour Kovalainen qui avait gêné Webber en qualifications ; et un « drive-through » en course pour Hamilton, coupable d’avoir coupé la chicane et gagné une place dans l’affaire.

(2) Un moteur doit disputer deux courses de suite, et tout changement prématuré se voit sanctionné de 10 places sur la grille. Depuis cette année, les écuries ont droit à un joker dans la saison.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



Le départ Sutil Sutil Nakajima Nakajima Bourdais Bourdais Button Button Alonso Alonso Coulthard Webber Heidfeld Kubica Hamilton Hamilton Glock Trulli Raikkonen Massa


Grand Prix précédent Retour à F1 2008 Grand Prix suivant