Grand Prix de Belgique Spa-Francorchamps
7 septembre 2008
Tiercé dans le désordre
Hamilton-Massa-Heidfeld, tel était le tiercé à l’arrivée. Mais la victoire a changé de mains peu après, sur décision des commissaires.
Le départ Fisichella Sutil & Coulthard Barrichello Barrichello Nakajima Rosberg Trulli Trulli Webber Coulthard Vettel Bourdais Alonso Piquet Kovalainen Hamilton Kubica Heidfeld Raikkonen Raikkonen Podium

Un beau Grand Prix mais pas de vainqueur. Ou plutôt si : deux vainqueurs. Lewis Hamilton d’abord, ainsi récompensé d’un parcours – presque – sans faute, où, au gré des circonstances, il sut déployer le large éventail de ses qualités : intelligence, patience, opportunisme, pugnacité... Il puisa dans tous les registres de son répertoire pour décrocher – croyait-il – son cinquième succès de la saison et s’évader un peu plus au Championnat. Mais non. Les commissaires sportifs, avant de proclamer officiellement le résultat, se penchèrent sur la manoeuvre de dépassement du roi Lewis sur Kimi Räikkönen au 42e tour. Tout en subtilité, l’action fut conduite avec une maîtrise de patron – Michael Schumacher ne l’eût pas reniée – et dans le respect du règlement… du moins Hamilton le pensait-il. À la lettre, en effet, il ne s’écarta pas du texte. Mais dans l’esprit s’en affranchit discrètement. L’autorité sportive jugea en tout cas que le pilote avait tiré avantage de la chicane court-circuitée et, si l’incident ne s’était produit à deux tours de l’arrivée, elle aurait eu le temps de lui infliger un drive through. Comme elle eut à se prononcer après coup, ce drive through se mua en une pénalité de 25 secondes, qui rétrograde de fait Hamilton à la troisième place, derrière Felipe Massa et Nick Heidfeld. Et voilà donc un second vainqueur, Felipe Massa, talonnant désormais Lewis Hamilton : deux points seulement les séparent au Championnat !

Toutefois, une heure plus tard, McLaren ayant manifesté son intention de faire appel, personne n’osait plus afficher la moindre certitude quant à l’issue du débat. La lutte pour le titre s’est-elle véritablement resserrée hier ? On attendra vraisemblablement une dizaine de jours encore pour être fixé, car le tribunal de la FIA ne pourra certainement pas se réunir avant le Grand Prix d’Italie, dimanche prochain à Monza. Quoi qu’il en soit, les juges devront se prononcer d’abord sur la recevabilité de la démarche de McLaren… puisque la sanction infligée à Lewis Hamilton, en vertu du Code sportif international, n’ouvre pas droit à appel. À moins que l’écurie de Ron Dennis, dans les quarante-huit heures à venir, ne se résigne à accepter le verdict.

Mais qu’a-t-il donc fait de mal, le brillant Hamilton ? Se serait-il rendu coupable d’un crime trop parfait ? Vers la fin de la course, il fondait sur le leader, Kimi Räikkönen. Celui-ci avait pris un départ magnifique depuis la quatrième place de la grille et saisi l’occasion de se porter en tête, dès le début du deuxième tour, à la faveur d’un tête-à-queue de son rival anglais dans l’épingle de la Source. Hamilton revenait donc. Räikkönen se trouvait en délicatesse avec sa Ferrari. D’une part, son dernier train de pneus lui donnait des tracas (« la voiture avait perdu de son équilibre ») et, d’autre part, la pluie commençait à tomber. « Dans ce cas, c’est toujours celui qui mène qui s’expose le plus, commentait le Finlandais, parce qu’il ouvre la piste en quelque sorte. Et, d’un virage à l’autre, on ne sait jamais dans quel état on va la découvrir. Alors, forcément, j’avais baissé la cadence. » À la fin du 42e tour, Hamilton portait l’estocade aumoment d’aborder la chicane. Sur la réserve, Räikkönen avait freiné plus tôt que d’habitude. Son adversaire crut pouvoir en profiter : conservant ses repères habituels, il se lança vers l’extérieur, mais le Finlandais, peu impressionnable, tendit sa trajectoire vers la corde, obligeant la McLaren à court-circuiter la chicane. Hamilton ressortait alors en tête, levait très légèrement le pied pour rendre à la Ferrari sa place, réaccélérait aussitôt pour se coller dans ses échappements, en position d’attaque, et la dépasser au début du 43e tour. Magnifique par sa précision, son audace et sa vivacité, la manoeuvre vaudra la victoire à son auteur, puis la désillusion. Car les commissaires ont estimé que Lewis Hamilton, en coupant son élan, n’avait cependant pas anéanti complètement l’avantage qu’il avait pris en tirant droit dans la chicane. L’intéressé, sachant l’incident sous investigation à l’arrivée, prit la précaution de charger Räikkönen en conférence de presse : « Il m’a poussé vers l’extérieur. […] Il aurait pu se montrer sport car je n’avais pas de place. Au lieu de ça, il m’a envoyé vers un point où je n’avais plus le choix : soit je le percutais, soit je prenais l’échappatoire. » Mais ces arguments n’ont pas ému l’autorité sportive.

Massa, le rival no 1
Eût-il pu imaginer une telle issue, Kimi Räikkönen n’aurait peut-être pas continué de cravacher dans l’espoir de reprendre l’avantage. Lui ne cherchait pas à réécrire le scénario après coup. Il perdit le contrôle de sa voiture au 43e tour, acheva son Grand Prix prodigieux contre le mur. Et lâcha ses premiers commentaires avec un sourire en coin : « C’est la deuxième fois en deux courses que je laisse filer des points (à Valence, son moteur avait cassé) et je me retrouve un peu loin au Championnat (4e avec 19 points de retard sur Hamilton). Mais je ne suis pas du genre à rendre les armes aussi facilement. »

Felipe Massa a fait la bonne opération hier. Il devient à présent le rival no 1 de Lewis Hamilton et pourrait en vouloir à la Scuderia de ne pas lui avoir toujours fourni une machine aussi fiable que la McLaren-Mercedes. Son adversaire anglais n’a jamais connu le moindre souci technique à ce jour. Massa en a essuyé deux déjà, en Australie et en Hongrie, sans lesquels il cavalerait en tête du Championnat.

Avec des si, Fernando Alonso aurait peut-être pu gagner hier – si, par exemple, son écurie l’avait rappelé un tour plus tôt pour chausser des pneus intermédiaires. Sébastien Bourdais aurait pu terminer cinquième, au lieu de septième, ce qui aurait plus justement récompensé un week-end accompli, sur un circuit valorisant le pilotage. Mais Nick Heidfeld et BMW, n’ayant rien à perdre, ont joué un fort joli coup en passant les gommes « pluie » à trois tours de l’arrivée. De septième, il passa troisième puis… deuxième après la pénalité de Lewis Hamilton. Nul ne criera à l’injustice : Heidfeld s’était montré très en verve depuis vendredi, avait pris un très bon départ hier, avant d’être percuté par Heikki Kovalainen, relégué à la dixième place sur cet incident.

Après la morne procession de Valence, le circuit de Spa-Francorchamps, fidèle à sa réputation, nous aura servi de la véritable course automobile. De celle que l’on se plaît à réécrire avec des « si », inspiré que l’on est soudain par la multitude des rebondissements…


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



Le départ Sutil Sutil Button les 2 Honda Rosberg Nakajima Glock Trulli Webber Coulthard Vettel Bourdais Alonso Alonso Hamilton Hamilton/Raikkonen Kubica Kubica Massa Raikkonen

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