e premier qui « s’endormira » risque de le payer cher. Surtout ne pas mollir dans le développement des voitures, ni s’égarer dans un choix stratégique, et encore moins manquer de rigueur dans le déroulement des week-ends à venir ! Après trois Grands Prix, trois écuries se tiennent dans un écart infime : deux points. BMW, qui a pris hier la tête du classement des constructeurs, en compte 30, Ferrari 29 et McLaren-Mercedes 28. Rarement on avait connu début de saison plus serré.
Côté pilotes, Kimi Räikkönen mène désormais la danse. Bien que Bahreïn persiste à ne pas lui sourire – il n’a jamais remporté de victoire à Sakhir –, le Finlandais a quitté le petit royaume, hier soir, en leader du Championnat, ce qui était là son objectif prioritaire.
En tout cas, la place occupée par BMW illustre parfaitement le niveau très élevé du débat et la nécessité de perfection qu’il induit. Si l’équipe allemande figure actuellement devant Ferrari et McLaren, elle le doità sa constance en tout : capacité à progresser, fiabilité, pertinence des tactiques, efficacité de ses pilotes. Forte de ces atouts, BMW est entrée sans plus tarder parmi les top teams. Aussi, bien qu’elle n’ait pas encore signé de succès, avec trois podiums en trois courses elle a fait mieux que ses deux rivales dans le domaine de la régularité.
Après l’accroc technique de Melbourne – deux moteurs cassés – et la défaillance de Massa à Sepang, la Scuderia Ferrari vient toutefois de redresser magistralement la barre. En décrochant ce doublé qu’elle tenait virtuellement en main au Grand Prix de Malaisie, elle se révèle être la meilleure. Stefano Domenicali, son patron, en convient, sans perdre de vue la fragilité de la situation. Si le Championnat se poursuit à ce même niveau de compétitivité entre les trois écuries de pointe, dit il,« aucun faux pas n’est permis. Nous allons devoir maintenir une concentration optimale, car un rien pourrait nous faire perdre à l’avenir des points précieux. »
Massa efface ses ratés
Le doublé réussi hier par Massa et Räikkönen (dans cet ordre) était le centième obtenu sous la présidence de Luca Di Montezemolo et symbolise une belle constance au sommet. Mais surtout, il tombe à pic : alors qu’on s’apprête à entrer dans la phase européenne du Championnat– le 27 avril au Grand Prix d’Espagne –, les usines ont devant elles un copieux programme de développement, qu’il vaut toujours mieux aborder avec un moral gonflé à bloc.
Felipe Massa, qui affectionne particulièrement le circuit de Sakhir où il avait déjà gagné l’an dernier, a conduit un week-end impeccable.« En course, j’avais à l’esprit les ratés de mes deux premières manches, mes fautes, et je voulais absolument les effacer, confessait-il à l’arrivée. Maintenant, c’est du passé. Avec cette victoire, je peux attaquer la suite sur une base saine. »
Massa, pourtant installé sur la partie sale de la piste, a pris un excellent départ, contrairement au poleman, Robert Kubica, un peu moins promptà s’élancer. Dès l’instant où il virait en tête en bout de ligne droite, le Brésilien de Ferrari savait qu’il pourrait conduire la course à son rythme, en prenant soin, justement, de ne pas commettre d’erreur.
La veille, Kimi Räikkönen, 4e en qualification, espérait bien que les circonstances tourneraient en sa faveur durant le Grand Prix, déterminé à saisir la moindre chance qui s’offrirait à lui. Mais celle-ci ne s’est pas présentée, et Kimi avouait une petite déception : « C’est toujours plus sympa de gagner. Mais bon, il n’y a pas grand-chose à expliquer, sinon que ce n’était pas un bon week-end pour moi. Parfois, une accumulation de petites choses peut vous compliquer la vie. C’est ce qui s’est produit ici. Mais je ne vais pas me plaindre : la deuxième place me permet déjà de prendre la tête au Championnat, et c’est ce que je voulais. »
Hamilton se rate au départ
Son adversaire, Lewis Hamilton, avait hier soir du mal à jouer la comédie du bonheur, comme il l’avait si bravement fait au Brésil après avoir perdu le titre. Hamilton et son père manager faisaient clairement le masque. Tandis que le jeune homme avait démarré sa carrière tambour battant l’an dernier, enchaînant les podiums – ce qui l’avait propulsé illico au rang de héros –, voici qu’il affronte les difficultés ordinaires de la vie d’un pilote. Premier en Australie, cinquième en Malaisie… et 13e à Bahreïn.
S’il pouvait invoquer à Sepang des circonstances contraires, il était forcé d’admettre ses fautes hier. On n’a cessé de prédire, durant l’hiver, des départs cafouilleux du fait de l’interdiction des assistances électroniques sur les voitures. Lewis Hamilton en a fait l’amère expérience, lui qui se félicitait samedi de partir du bon côté de la piste, grâce à sa 3e place sur la grille. Il s’est fourvoyé dans la procédure de départ – car il en existe toujours une, imaginée par les ingénieurs, et censée compenser l’absence d’antipatinage –, a perdu sept places en quelques dizaines de mètres. Puis, au tour suivant, s’est précipité dans les roues de Fernando Alonso (alors 8e) qu’il a percuté, y laissant du même coup le museau de sa McLaren. Alonso, quant à lui, s’est retrouvé avec un aileron arrière endommagé, ce qui n’arrangea rien au piètre comportement de sa Renault.
Dixième au départ, dixième à l’arrivée, le double champion du monde n’a d’autre issue que prendre son mal en patience : la saison sera pour lui très longue, quoi qu’en dise Flavio Briatore… Le patron de l’écurie Renault, sans complexe, assurait samedi aux journalistes espagnols que le nouvel ensemble aérodynamique prévu pour Barcelone ferait de la R28 une machine capable de se battre pour le podium, dès le Grand Prix d’Espagne !
Après un passage au stand pour faire monter un nez tout neuf, Hamilton repartit donc 18e et ne fut pas en mesure de remonter au-delà de la 13e place. Face à la résistance d’un Giancarlo Fisichella – qui défendait légitimement sa position au volant de la modeste Force India – ou d’un Takuma Sato – qui faisait de même à bord d’une Super Aguri –, le roi Lewis manifesta son irritation par des gestes peu amènes. Au diable son image lisse et vertueuse, sous la pression Hamilton prend un peu moins soin du vernis. Pendant ce temps, son équipier Heikki Kovalainen, auteur d’un excellent départ– mais coupable dans la foulée d’un léger excès d’optimisme –, a conduit honnêtement sa course, sans pouvoir cependant rivaliser avec les BMW de Kubica et Heidfeld, 3e et 4e.
Toyota peut se féliciter de n’avoir pas congédié Jarno Trulli en fin de saison dernière – comme elle sembla un moment tentée de le faire. L’excellent Italien lui a déjà rapporté 8 points en trois courses, ce qui vautà l’écurie d’occuper la 5e place au classement provisoire des constructeurs, derrière Williams-Toyota (10 points)… et devant Renault (6 points). Les Red Bull-Renault, à Sakhir, ont à nouveau offert une meilleure prestation que l’écurie française, en témoigne la 7e place de Mark Webber.
Dans le contexte d’une lutte aussi ramassée au sein du peloton, qui plus est avec un faible nombre d’abandons (trois), Sébastien Bourdais ne pouvait guère espérer mieux que la 15e place conquise hier ; aussi n’en concevait-il aucune amertume. La semaine prochaine, quatre jours durant – du lundi au jeudi – les écuries se retrouveront en essais privés à Barcelone. Vu l’intérêt de la compétition en cours, ce prélude au prochain Grand Prix promet d’être, en soi, passionnant.
Anne Giuntini (L'Equipe)
