Grand Prix d'Allemagne Hockenheim
20 juillet 2008
La loi du plus fort
Quinze jours après sa victoire de Silverstone, Lewis Hamilton a récidivé hier. Avec le même brio.

Le départ Button Button Sutil Coulthard Coulthard Nakajima Rosberg Glock Trulli Vettel Vettel Kubica Heidfeld Raikkonen Raikkonen Alonso Piquet Kovalainen Kovalainen podium

Lersonne n’en disconviendra : le patron ce week-end, c’était lui et nul autre. Lewis Hamilton a sans conteste imprimé sa marque sur le circuit d’Hockenheim, où McLaren-Mercedes n’avait plus gagné depuis dix ans, depuis la victoire de Mika Häkkinen en 1998. La saison dernière, Fernando Alonso avait bien remporté un Grand Prix en Allemagne pour le compte de l’écurie, mais c’était celui d’Europe, et la course se tenait au Nürburgring. En outre, la cérémonie du podium s’était déroulée dans un climat d’extrême tension entre Ron Dennis et le champion espagnol, laissant un souvenir nauséeux à l’un comme à l’autre.

Voilà, hier, Hamilton l’a donc fait, et avec le sourire : enchaîner deux succès à domicile, l’un en Angleterre il y a deux semaines, « chez » McLaren, l’autre en Allemagne ce dimanche, « chez » Mercedes. Il était l’enfant chéri de la maison, il en devient le héros, l’incarnation. Lewis aura tellement dominé son sujet durant ces trois jours que l’on passera sans discuter sur la largesse de son équipier, Heikki Kovalainen, qui au 52e tour s’écarta généreusement pour lui laisser le champ libre. De toute manière, Kovalainen ne pouvait pas rivaliser avec lui.

Hamilton était intouchable, un point c’est tout. Dans sa joie profonde, Ron Dennis, commentant l’événement, ajouta une perle à son florilège : « C’est un bonheur d’avoir deux pilotes non seulement super-compétitifs, mais également super-coopératifs. » Ah bon ? S’il avait évidemment le devoir d’exprimer sa gratitude envers Heikki Kovalainen, Ron Dennis devait-il, pour autant, nier à ce point l’évidence ? Sans retirer au Finlandais l’ensemble de ses qualités, force est de constater qu’il ne joue pas sur le même registre que son équipier. Ron Dennis aurait-il oublié déjà la leçon de Monaco 2007, où son brillant protégé, Lewis Hamilton, avait découvert à ses dépens cette cruelle réalité, et s’en était indigné ? Deux coureurs « super-compétitifs » ne peuvent jamais se montrer « super-coopératifs ». Sauf en rêve, peut-être.

Le jeune Anglais, libéré cette saison de l’affrontement permanent avec Alonso, et mûri, forgé par un lot de déconvenues dont il se rendit lui-même responsable – parfois – semble dorénavant parti à la conquête de son destin.

Hier en début de course, Hamilton était même si bien lancé, bille en tête, qu’il menaçait de condamner le spectateur du Grand Prix d’Allemagne à l’ennui. Tous derrière, et lui devant. Impossible aux Ferrari d’espérer soutenir la cadence. « Pour la première fois cette année, nous n’étions pas dans le rythme, admettait par la suite Stefano Domenicali, patron de la Scuderia. Nos pilotes ont constamment souffert d’un manque d’adhérence, et de plus, Felipe (Massa) a connu vers la fin, des problèmes de surchauffe de ses freins. » Le Grand Prix paraissait donc promis à la monotonie, une fois conclue la passe d’armes du premier tour, entre Trulli, Alonso, Kubica et Räikkönen… L’Espagnol en fit les frais, se retrouvant dès le troisième tour à la queue de ce petit train.

Pauvre Alonso : la réussite n’était décidément pas de son côté – on en eut la conviction en voyant Timo Glock et sa Toyota ressortir devant lui après avoir ravitaillé, au 29e tour. De la réussite, il lui en aurait fallu pourtant, pour placer sa rétive Renault en position flatteuse. Mais l’indispensable brin de chance, son équipier Nelson Piquet junior en hérita, et tant mieux pour lui. La veille, Piquet, que son équipe avait envoyé très tard en piste pour la première phase des qualifications, s’était classé 17e seulement sur la grille.

On imagine aisément les compliments fleuris adressés par Flavio Briatore à son pilote, accompagnés sans doute de sombres promesses – tout ce qu’il faut pour mettre un homme en confiance… En fin de compte, les circonstances vinrent au secours de Nelson, lorsque Timo Glock, suspension arrière vraisemblablement cassée dans le dernier virage du 35e tour, partit violemment dans le décor. L’accident se trouva coïncider avec le ravitaillement programmé par Renault pour Piquet… juste avant l’intervention de la voiture de sécurité ! En prévoyant un « pit-stop » tardif, Renault se ménageait la possibilité d’une stratégie à géométrie variable : un ou deux arrêts. Vu les circonstances, un seul ouvrait donc la perspective d’un joli coup à jouer. Encore fallait-il que le coureur s’en montrât capable. « Nelsinho » interpréta son rôle à la perfection, sans faute, occupa même la tête de la course six tours durant (du 54e au 59e), avant de céder le commandement à Lewis Hamilton. « Victime » du choix tactique de McLaren qui le laissa en piste, au 38e tour, alors que la plupart des pilotes ravitaillaient, Hamilton eut ensuite à cravacher ferme pour regagner le terrain perdu dans son dernier pit-stop, au 50e tour. Cette anicroche lui permit de confirmer son statut de patron : eût-il mené la danse du début à la fin, on aurait jugé peut-être sa victoire trop « facile ». Elle aura pris là sa véritable dimension.

Avec Nelson Piquet deuxième – premier podium de Renault cette saison – et Felipe Massa troisième, le Brésil était à la fête hier soir… Mais pas Ferrari. Si la Scuderia pouvait encore attribuer aux circonstances climatiques la déception de Silverstone, elle reçut en revanche comme une véritable défaite le résultat d’hier – Räikkönen 6e-. Ferrari n’aura pas trop des quatre prochains jours d’essais privés pour tenter de cerner les présentes faiblesses et réagir avec énergie. Histoire de ne pas laisser trop longtemps le jeune roi Lewis se complaire sur le trône de leader au Championnat…


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



Le départ Barrichello Button et Coulthard Fisichella Webber Webber Rosberg Nakajima Trulli Glock Bourdais Vettel Kubica Heidfeld Massa Massa Alonso Piquet Hamilton Hamilton


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