Grand Prix de Turquie Istanbul
26 août 2007
Ça devient explosif
Le doublé Ferrari – victoire de Massa devant Räikkönen – et l’explosion d’un pneu de Hamilton ont resserré les écarts au Championnat.
Le départ Le départ Sutil Vettel Liuzzi Davidson Davidson Button Trulli Trulli Coulthard Webber Wurz Fisichella Kovalainen Heidfeld Kubica Alonso Hamilton Raikkonen Massa Massa vainqueur

Aomme dans un rêve ! Felipe Massa ne pouvait, hier, espérer un meilleur déroulement pour sa deuxième victoire d’affilée sur le circuit d’Istanbul. Au départ, que le Brésilien réussit parfaitement depuis sa pole-position, Kimi Räikkönen glissait facilement la deuxième Ferrari en couverture, devant la McLaren-Mercedes de Hamilton. La perspective en devenait d’un coup plus dégagée pour Massa qui, évidemment, savait tout de la stratégie de son équipier, de sa quantité de carburant embarquée, de son programme d’arrêts au stand…

Bref, comme le résumait Räikkönen : « Je n’avais aucune chance, même en me rapprochant au plus près avant les ravitaillements (ce qu’il fit). Celui des deux qui s’arrête le dernier a toutes les chances de l’emporter. À la vérité, ce fut assez… chiant de rouler derrière lui », à guetter une faute qui ne vint pas, ou si minime vers la fin du deuxième relais qu’elle n’y changea rien.

Aucune consigne d’écurie là dedans. « Je me suis arrêté un tour après Kimi car, en qualifications, j’avais de l’essence pour un tour de plus que lui », rappelait Massa. « Pfff, la course était jouée dès samedi », reconnaissait Räikkönen. « La seule chose à faire pour préserver encore nos chances au Championnat sera de réussir quelques doublés », avait d’ailleurs pronostiqué Massa, la veille. Double bingo ! Par charité, il n’avait pas osé demander que, en plus, Hamilton rencontre un problème. Mais, à quinze tours de l’arrivée, quand le pneu avant droit de la McLaren-Mercedes n° 2 s’effilocha en lambeaux, la chance venait de tourner : le Brésilien ne reprenait plus seulement quatre points au leader du Championnat mais six à l’arrivée, réduisant son retard à quinze unités.

Massa aux anges, qui pouvait mesurer le chemin accompli en un an, depuis sa première victoire en F1, ici même, jusqu’à la cinquième, hier, qui lui permet de continuer de rêver à un titre mondial. Car ce que les Ferrari ont montré à Istanbul, elles peuvent le repéter –McLaren le craint –, sur des pistes comme Monza (9 septembre) et Spa-Francorchamps (16 septembre).

Tout bénef’ pour Alonso
« La performance des Ferrari, on s’en doutait plus ou moins », tentait d’atténuer Alonso, qui « ne l’aurait pas cru »si on lui avait dit qu’il terminerait « sur le podium, après avoir encore perdu deux places au départ, derrière les deux BMW ».

Mal parti, en effet, l’Espagnol regagnait aisément une place sur le ravitaillement très précoce de Kubica qui y ruina sa course, mais passa « dix sept tours derrière Nick (Heidfeld). À partir de là, c’était fini ». « Quand la BMW est rentrée pour ravitailler, j’avais une demi-minute de retard sur tout le monde ! (en fait, quinze secondes, ce qui était déjà suffisant…). Je n’avais plus qu’à attendre un “miracle”. Il est arrivé avec Hamilton. »

À l’exception de sa sortie de route sous la pluie au GP d’Europe, sur le Nürburgring, Lewis Hamilton a connu, hier à Istanbul, son premier vrai incident de course depuis le début de la saison. Alors qu’il négociait l’exigeant triple gauche pour la 43e fois – pour la 23e fois avec le même train de pneus durs –, le Britannique remarqua quelques bouts de gomme s’échapper de la roue avant droite, la plus sollicitée dans les longs appuis. Jusque-là, il perdait régulièrement entre deux et trois dixièmes de seconde au tour sur les Ferrari. Son retard sur Massa et Räikkönen atteignait les huit secondes, juste avant que les compères n’observent leur second pit-stop. Mais Hamilton n’eut pas le loisir de profiter de son leadership provisoire : au freinage du virage n° 9, la chicane rapide avant la longue ligne droite, le flanc du pneu commença à se déchiqueter. Une « explosion » suffisante pour le jeter hors de la piste mais la veine du jeune pilote tint à cette bande de roulement qui restait en place sur la jante. Le pneu aurait tout aussi bien pu exploser complètement.

Avec sang-froid, Hamilton put donc ramener au stand sa McLaren, seulement touchée, par ailleurs, à l’aileron avant. Plutôt que zéro point, il en préservait quatre, ceux de la cinquième place que Kovalainen ne put venir lui contester.

Kovalainen méritant
Ce moindre mal lui garantissait encore cinq points d’avance sur Alonso qui, héritant du podium, embrassa dans un geste de soulagement la coupe du troisième comme l’aurait fait un vainqueur… mais qui ne calculait pas tout à fait de la même façon : « Je lui reprends deux points ici, détaillait le double champion du monde. Mais j’en ai perdu cinq en Hongrie. Il en manque encore trois… Cela dit, ce résultat, c’est quand même la meilleure nouvelle du week-end. »

L’autre pourrait être le retour des Ferrari. Car, dans la crise de confiance qui continue de l’opposer – visiblement – à son écurie, Alonso doit se persuader que, face au péril rouge, McLaren-Mercedes ne peut pas jouer délibérément la carte Hamilton. Elle doit aussi donner à l’Espagnol tous les moyens possibles pour s’imposer et miser ainsi sur les deux tableaux. « Forcément, c’est tendu en ce moment, commentait à l’arrivée Norbert Haug, le patron de la compétition chez Mercedes. Bien sûr que cela se joue beaucoup sur le caractère émotionnel. Mais, quand la compétition est aussi serrée, comment voulez vous qu’il en soit autrement ? C’est fantastique : aujourd’hui, on retrouve quatre pilotes qui se tiennent en seize points pour le titre ! Au soir de la victoire de Räikkönen en Australie, tout le monde croyait pourtant que l’on ne reverrait pas les Ferrari de toute la saison. »

Hors ce combat des chefs qui monopolisera l’attention pendant les prochaines semaines, il devient d’autant plus méritoire de se faire remarquer en piste : Heikki Kovalainen y parvint hier, se glissant à la sixième place devant Nico Rosberg – par le jeu des ravitaillements, il occupa même la tête de la course, un tour durant. Au Championnat des constructeurs, le jeune Finlandais stoppait ainsi la remontée de Williams qui, depuis deux Grands Prix, avait inscrit plus de points que Renault et menaçait sa quatrième place. Nico Rosberg n’avait pas démérité, pourtant : lui, c’est à la BMW de Kubica qu’il sut tenir tête jusqu’à la fin.


Stéphane Barbé (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix



le circuit

 

 



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