e fut encore un peu court,
jeune homme ! Sur la lancée d’une inédite et éblouissante série pour un débutant en Formule 1, Lewis Hamilton en est, depuis hier, à cinq
podiums pour ses cinq premiers Grands Prix. Mais cette victoire qu’il appelle de ses voeux avec tant d’impatience juvénile, il l’a encore
manquée.
Le Britannique est tombé sur un os, un roc, un double champion du monde en somme : Fernando Alonso est bien décidé à garder ses distances avec son jeune équipier dans tous les compartiments du jeu, sur la piste, au classement du Championnat et dans le paddock.
Samedi, quand, en conférence de presse de l’équipe McLaren-Mercedes, Hamilton arriva en second et s’amusa à masser les épaules
d’Alonso, déjà assis, l’Espagnol n’apprécia qu’à demi. Comme si trop de familiarité sur le moment l’importunait. Bons
équipiers, oui. Bons copains, attendons de voir… À trois ans de différence d’âge, ils ne sont déjà plus tout à fait de la même génération. En tout cas pas encore du même calibre. Mais assurément en
concurrence directe. Et la presse anglaise, toujours prompte à se trouver un chouchou pour en faire ses choux gras, paraît bien décidée à
creuser ce filon. Ron Dennis, le patron de l’écurie britannique, pourtant rodé à des cohabitations devenues houleuses, risque-t-il de se dire un jour que les années Prost-Senna ne furent finalement que d’aimables échanges ?
Il n’y a toutefois, pour l’instant, rien à reprocher au jeune Lewis Hamilton. Ni son départ, hier, où il se glissa tout de suite et sagement derrière Alonso mais devant Massa, ni surtout ses déclarations d’après course : « J’ai essayé de rester le plus près possible,
expliqua-t-il, pour tenter de passer devant... J’ai hurlé dans la radio pour demander que l’on passe le drapeau bleu aux pilotes retardataires... J’ai essayé de le pousser à la faute en étant le plus agressif possible mais tout en restant très prudent en même
temps… Cela n’a pas marché. Une prochaine fois, peut-être… »
Ce furent, par la grâce de Hamilton, entre les tours 54 et 64 (la course en comptait 78), les seuls vrais moments palpitants de ce Grand Prix de Monaco, quand, juste après son second ravitaillement, son écart sur la McLaren d’Alonso chuta de 4’’ à 0’’798 (59e tour) avant de se stabiliser à moins de deux secondes. « Ensuite, avoua-t-il, on m’a demandé d’y aller cool. Il n’y a pas eu véritablement de consigne d’écurie, on ne m’a pas clairement demandé de rester derrière Fernando. Mais il y avait toujours le risque que s’il commettait
une faute, je puisse le percuter aussi en étant trop près. Ç’aurait été négatif pour le team. Honnêtement, c’était mieux d’assurer le doublé. » Le deuxième de l’écurie McLaren-Mercedes, cette saison (après celui de Malaisie), le premier à Monaco depuis 1989 avec Senna-Prost, justement.
L’addition – salée – était pour Ferrari : vingt points de retard au Championnat des constructeurs. De tout cela, Fernando Alonso parlait,
après course, avec une fraîcheur physique et une décontraction sans doute un peu déstabilisantes : une pointe d’exaspération pour six
secondes perdues en trois tours dans le trafic, juste avant son premier arrêt-ravitaillement ; l’unique crainte de voir apparaître
en piste la voiture de sécurité au plus mauvais moment, mais, pour le reste, « ce fut la plus facile et sans doute ma plus belle victoire, jusqu’à présent, affirmait-il. Après le second pit-stop, je me suis efforcé de bien préserver mes pneus “super tendres” durant les quatre ou cinq premiers tours. Je savais que, même si Lewis revenait à une demi seconde derrière moi, il ne me doublerait jamais, ici à Monaco. »
Et si favoritisme il y eut, hier, il ne vint pas de McLaren-Mercedes mais du destin. Soucieuse de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même baquet, l’écurie britannique avait choisi, avant le départ, une stratégie à deux arrêts pour Alonso et un seul pour Hamilton, ce qui permettait de gérer différemment d’éventuels incidents de course et sorties de la voiture de sécurité. Mais d’accidents sérieux, il
n’y en eut point, de voiture de sécurité non plus et, lors du premier ravitaillement de Hamilton, l’équipe repassa logiquement sur une stratégie à deux arrêts, plus performante, comme le prouva, à l’inverse, la course des BMW trop chargées en essence. Ainsi, Hamilton pourrait contenir la Ferrari de Massa, moins de dix secondes derrière.
Troisième au départ, troisième à l’arrivée, le Brésilien a traversé ce Grand Prix comme une Ferrari les rues de Monaco : dans l’indifférence absolue. La faute sans doute à un écart à l’arrivée supérieur à la minute, le seul pourtant à rester dans le même tour que les McLaren.
La F1 2007 fut-elle, circonstanciellement sur le tourniquet monégasque, handicapée par son empattement, plus long que celui de toutes
les autres F1 ? « Comment pouvez vous soutenir que nous n’étions pas dans le rythme des McLaren quand Felipe s’est qualifié à 1/10 de
seconde de Hamilton puis est resté à deux secondes environ en course, jusqu’à en perdre vingt-cinq, uniquement dans le trafic ! s’étonnait Jean Todt, le directeur de la Scuderia Ferrari. Après cela, finir à vingt-cinq secondes ou une minute, quelle différence ? Mieux valait assurer sans risque cette troisième place » qui faisait dire à Massa que l’écart au Championnat n’était, lui, pas si terrible : « Cinq points de retard (sur Alonso et Hamilton, à égalité de points avec 38) dans un Championnat comme celui-ci, ce n’est rien. »
Quinze, pour Räikkönen qui ne put que sauver une huitième place après son erreur en qualifications, c’est déjà un peu plus…
La relativité voulut aussi que la quatrième place de Fisichella sur la Renault lui arrache de plus larges sourires que la troisième pour Massa. « Fisico » fit une course en solitaire, également sur deux arrêts, et qui permit pour la première fois de la saison à l’écurie française de terminer devant BMW. Des tests effectués au Paul-Ricard avant le GP de Monaco, et reprenant une partie de l’aérodynamique
avant de la F1 de 2006, ont diminué l’instabilité de la R27. Elle était le principal frein à la recherche de la performance. L’important est donc d’avoir retrouvé une base qui a également permis de bien préparer le prochain rendez vous, à Montréal dans quinze jours.
Renault s’en approche avec plus de confiance mais devinez donc le sentiment qui habite déjà Lewis Hamilton ?
Stéphane Barbé (L'Equipe)
