Grand Prix de Malaisie Sepang
8 avril 2007
McLaren ressuscitée !
Avec Alonso vainqueur et Hamilton deuxième, l’écurie McLaren signe le 41e doublé de son histoire.

Si les Ferrari restent, en principe, les plus rapides actuellement, les McLaren-Mercedes, par leur promptitude au départ, les ont dominées en Malaisie. Mais la prestation offerte par Fernando Alonso et le jeune Lewis Hamilton permet de s’interroger : la meilleure paire de pilotes ne se trouve-t-elle pas là ?

Quel extaordinaire moment de sport ! Qui aurait cru possible, il y a quelques jours encore, un doublé des McLaren-Mercedes au deuxième Grand Prix de la saison ? Qui aurait imaginé, après la démonstration de force des Ferrari le 18 mars à Melbourne, que Räikkönen et Massa seraient aussi rapidement vulnérables ? Même en tenant compte des talents conjugués de Fernando Alonso, double champion du monde, et de Lewis Hamilton, étoile montante de la F1; même en sachant McLaren sur la voie du retour au premier plan, après une saison 2006 vierge de victoire, comment croire à l’éventualité d’un revirement aussi précoce et spectaculaire ?
Hormis Fernando Alonso – en son for intérieur –, qui d’autre que lui aurait osé monter cette trame ? Il en avait rêvé, c’est sûr. Conscient de ses propres capacités, certain d’entretenir avec la piste de Sepang une relation particulière et satisfait des progrès effectués la semaine précédente à l’usine de Woking ainsi qu’en essais privés, il nourrissait quelque ténébreuse espérance. On la devinait déjà tandis qu’il évoquait, jeudi en Malaisie, son envie de signer la pole-position. « Si je réussis, disait-il, je n’aurai qu’une obsession, comme en 2003 : sortir du premier virage en tête, et mener la course le plus longtemps possible. »
Samedi après-midi, deuxième en qualifications, derrière Felipe Massa, Alonso se mit à caresser très sérieusement l’idée de feinter les Ferrari au départ. Une fois installé aux commandes, songeait-il, il se ferait maître de la situation, saurait contrôler les événements et les adversaires. Tout indiquait dans son attitude, à la fois sereine et déterminée, qu’il entrait peu à peu dans cette logique, dans cette conviction intime.

Alonso leader au Championnat
Il est possible aussi que les stratèges de la Scuderia aient eu cette hypothèse à l’esprit. Et qu’ils aient craint justement une puissante ruse de l’Ibère. Possible qu’ils aient senti poindre le danger. Car malgré la belle prestation, samedi, de Massa, un doute planait sur les chances de Kimi Räikkönen (3e sur la grille) de pouvoir se défendre parfaitement. Entre ce moteur qu’il fallait tout de même ménager – une fuite d’eau l’avait affecté en fin de course à Melbourne – et ces réglages qui ne le contentaient guère, le Finlandais ne semblait pas disposer de toutes les armes pour répliquer en cas de besoin. Il le confirma d’ailleurs à l’arrivée du Grand Prix : « Ce weekend, nous avons été contraints de faire des compromis sur trop de choses, et ma Ferrari manquait de vitesse. Dès lors, l’important était de marquer le plus de points possible. Ce que j’ai fait. » Troisième, derrière Alonso et Hamilton, Räikkönen cède la tête au classement provisoire du Championnat du monde, mais se tient cependant à 2 points d’Alonso, et 2 points devant Hamilton. « Il faut bien se dire que nous ne sommes qu’au tout début de la saison », disait-il hier soir, de ce calme inaltérable qui fait en partie sa force.
Par une température de 34 °C, la course s’élança donc à 15 heures (heure locale), et comme il l’escomptait, Fernando Alonso prit aussitôt l’ascendant sur Massa. Mieux encore pour McLaren-Mercedes, Lewis Hamilton, 4e sur la grille, se joua des deux Ferrari avec l’agilité d’un chat, et s’installa d’emblée derrière son équipier.

Le sang-froid d’Hamilton
Cet improbable scénario plaça Massa (3e) en situation d’urgence : s’il voulait sauver ses chances de victoire, il lui fallait au plus vite empêcher la fuite d’Alonso. Et donc faire sauter le « bouchon » Hamilton. Il s’y employa, avec la bravoure et l’énergie qu’on lui connaît. Porta l’attaque au début du troisième tour. Repoussée ! Renouvela l’estocade trois virages plus loin, dépassa Hamilton au prix d’un freinage retardé à l’extrême… et d’une trajectoire élargie qui permit au jeune Anglais de répliquer aussi sec.
Brûlant d’impatience, alors qu’Alonso comptait déjà 6’’6 d’avance sur lui, au sixième tour,Massa repartit à l’assaut de Lewis Hamilton, mais la manoeuvre, audacieuse, se solda cette fois par une généreuse excursion dans le gravier. Il en ressortit derrière Kimi Räikkönen et Nick Heidfeld, devant Robert Kubica. Pris en sandwich entre les deux BMW ! « J’ai commis une erreur, confessaitil après coup, mais j’avais le devoir d’essayer. » Quant à Hamilton, qui disputait là son deuxième Grand Prix, il montra dans cette passe d’armes un sang froid des plus prometteurs. « C’est la course la plus difficile que j’aie jamais vécue, commenta-t-il plus tard. Ce n’est pas rien d’avoir deux Ferrari dans ses rétroviseurs, surtout quand on les sait un peu plus légères et un peu plus rapides ! » Sensiblement plus légères, elles l’étaient. Plus rapides ? Kimi Räikkönen et Felipe Massa pensent que non. Pas hier. « Notre niveau de performance s’est trouvé inférieur à ce que nous attendions, confirmait dans la soirée Luca Baldisserri, délégué sur la piste du directeur technique Mario Almondo. Il va nous falloir comprendre pourquoi. »
Le tracé de Sepang, et les conditions ambiantes – chaleur et humidité – ont manifestement perturbé d’autres équipes. Pat Symonds, directeur de l’ingénierie chez Renault, avouait qu’il avait été très difficile, ce week-end, d’obtenir des voitures un comportement constant. Les « siennes », les R27 pilotées par Fisichella et Kovalainen, sont entrées toutes deux dans les points, malgré leur actuel déficit de performance. Fisichella, auteur d’un fort beau départ – quatre places gagnées ! – et d’un parcours irréprochable, bénéficia en outre des déboires de Robert Kubica (BMW) et de l’abandon de Nico Rosberg (Williams), ce qui lui valut au final les trois points de la sixième place. Heikki Kovalainen, après la déconvenue de Melbourne, se devait d’assurer cette fois une prestation honorable ; et sa dette envers l’écurie lui interdisait quasiment de briller en prenant des risques. Le huitième rang, derrière la Toyota de Jarno Trulli, fut sa récompense.
Voilà Renault en bien délicate posture. En retrait par rapport à BMW. Et menacé par Toyota. L’objectif immédiat, pour l’écurie de Flavio Briatore, est de revenir au niveau des BMW. Encore convient-il, pour commencer, de cerner vraiment l’origine du malaise… Il semble peu probable qu’un miracle intervienne d’ici au Grand Prix de Bahreïn, dimanche prochain sur le circuit de Sakhir.
En revanche, Ferrari compte avoir redressé la barre avant ce rendez vous. « Elles affichent encore un petit avantage sur nous, analyse Fernando Alonso. Si Felipe (Massa) s’était élancé en tête au départ du Grand Prix de Malaisie, nous aurions eu du mal à le battre. Mais je n’ai plus aucun doute sur notre capacité à combler l’écart, léger désormais, qui nous sépare des Ferrari. » Ce disant, il semblait habité d’un sentiment de puissance absolue, jubilatoire pour lui, et terrible pour ses adversaires. Il faudra certainement toute la froide obstination d’un Räikkönen pour affronter un tel monument de confiance…


Anne Giuntini (L'Equipe)

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