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Grand Prix d'Italie | Monza 9 septembre 2007 |
| Triomphe à l’italienne |
portivement, le Championnat du monde de Formule 1 a peut-être basculé hier à Monza. Ce doublé McLaren-Mercedes – le quatrième de la saison –, que les Ferrari furent impuissantes à entraver, pourrait bien avoir scellé le sort de la Scuderia dans la course aux titres. À supposer que le Conseil mondial de jeudi prochain accouche à nouveau d’un « non-lieu » dans l’affaire d’espionnage qui oppose Ferrari à McLaren, à supposer qu’aucune sanction ne soit prise envers l’écurie anglaise, qu’aucun résultat ni aucun point ne lui soit contesté ni retiré, ses monoplaces argentées s’acheminent logiquement vers la consécration.
Personne, dans l’écurie italienne, ne cherchait hier soir à nier l’évidence, et le mot « déception » était celui qui ponctuait tous les commentaires. Déçu, Felipe Massa, contraint à l’abandon dès le onzième tour, sur une défaillance – mécanique, semble-t-il – de sa suspension arrière : « C’est horrible de voir toutes ses chances s’envoler aussi tôt, pour un problème de fiabilité ! », se désolait-il, lui qui pointe désormais à 23 points de Lewis Hamilton, toujours leader du classement mondial. Si l’arithmétique lui laisse un filet d’espoir, la réalité de la course l’invite plus sûrement à tirer un trait sur ses rêves de couronne. Très déçu, l’ingénieur Luca Baldisserri, de n’avoir pu concrétiser les promesses d’Istanbul, où les Ferrari avaient proprement maté leurs adversaires. Lorsqu’on lui demanda si le Championnat lui semblait perdu, il répliqua d’un trait d’humour amer : « Lequel ? Le Championnat sur la piste ? Je crains que oui. Quant à celui qui se déroulera devant le Conseil Mondial, je n’en sais rien. Tout peut arriver. »
Très, très déçu, Jean Todt, que ses voitures rouges n’aient pu se montrer plus franchement compétitives devant leur public, à un moment de la saison en tous points capital : sportivement, stratégiquement, politiquement. Si au moins Felipe Massa avait pu joindre ses efforts à ceux de Kimi Räikkönen (3e) et accroître la récolte du jour… Avec deux stratégies différentes – un seul arrêt pour Räikkönen, deux prévus pour Massa –, la Scuderia aurait pu immiscer, peut-être, l’une de ses monoplaces entre les McLaren. Mais non, ce devait être sans doute l’un de ces dimanches à maudire. Dur au mal, le Finlandais fit en tout cas preuve d’un joli courage : ignorant les récriminations de son corps meurtri dans le violent accident de la veille, il se battit comme un beau diable du début à la fin de ce Grand Prix d’Italie… mais admit après l’arrivée qu’il n’était pas au mieux de sa forme. Les muscles de son cou, sérieusement chiffonnés, ne lui permettaient plus, au fil des tours, de maintenir sa tête haute lors des freinages brutaux sur le tracé ultra rapide de Monza. En pleine possession de ses moyens, aurait-il mieux résisté à l’assaut magnifique de Lewis Hamilton ? Rien n’est moins sûr. Car les Ferrari ne paraissaient pas vraiment en mesure, ce weekend, de contrarier les ambitions des McLaren-Mercedes, servies par une paire de pilotes exceptionnels.
Tout à leur duel, Fernando Alonso et Lewis Hamilton firent étalage de leur maîtrise, chacun à sa manière. Alonso imposa dès vendredi après-midi sa stature de patron. En essais privés, en essais libres, et dans chacune des trois phases qualificatives, il signa les meilleurs temps. Premier en tout. Pole-position samedi, victoire hier, agrémentée du tour le plus rapide en course. Déterminé et concentré plus que jamais, tendu déjà vers les étapes suivantes – Spa dimanche prochain – et vers son objectif ultime – le titre –, il ne s’accorda pas vraiment le loisir de savourer sa victoire, sourit au petit plaisir de l’instant sans même desserrer la mâchoire, et résuma ainsi la situation : ce n’est pas en attrapant deux points seulement sur son bouillant équipier – Alonso en accuse encore trois de retard sur Hamilton – qu’il peut relâcher l’attention, et soulager la tension. « Je pense qu’il en sera ainsi jusqu’au dernier Grand Prix », confessa-t-il.
Quant au jeune Anglais, il assura une fois de plus un sans-faute, et accomplit quelques manoeuvres audacieuses avec une autorité de vieux briscard. Adepte du style Schumacher au départ – on est en droit de ne pas aimer la brutalité du coup de volant en direction de l’adversaire…–, il tenta d’abord d’intimider Felipe Massa qu’il tassa sur le côté avec suffisamment de doigté pour ne pas l’envoyer dans l’herbe puis, retardant son freinage à chicane. Beaucoup plus tard, à dix tours de la fin, Hamilton signa un second fait d’armes. Il avait ravitaillé trois tours auparavant (40e t.) ; il était ressorti des stands derrière Kimi Räikkönen, dont il fit sa cible, se tenant en embuscade. Pas question de s’attarder dans les échappements de la Ferrari : « J’avais deux tours pour tirer parti de mes pneus neufs », rappela-t-il. Au 43e passage, à la première chicane il porta donc son attaque, nette, incisive et sans bavure.
Dès lors, sauf incident de parcours, le classement du Grand Prix n’avait plus de raison de changer : Alonso, Hamilton et Räikkönen dans cet ordre allaient se partager le podium. Devant les deux BMW, fidèles au poste – Heidfeld 4e, Kubica 5e en dépit d’un ravitaillement cafouilleux et très long –, et trois pilotes également méritants, Rosberg (Williams), Kovalainen (Renault) et Button (Honda).
En quittant le circuit dans la soirée, certains familiers du paddock ironisaient sur le prochain Grand Prix… celui de Paris, jeudi, place de la Concorde où se réunira le Conseil mondial. Viendra-t-il modifier le cours du Championnat du monde ? Bernie Ecclestone, furieux, dit-on, du désordre provoqué par l’affaire d’espionnage, aurait fermement conseillé aux deux parties de négocier une fin heureuse, discrète, et si possible, intelligente. Mansour Ojjeh (actionnaire « historique » de McLaren) que l’on vit, samedi, entrer dans le bureau de Jean Todt et claquer la porte, le souhaiterait fortement aussi. Mais Ferrari, par la voixde Jean Todt, a réaffirmé hier sa détermination à laisser le dossier entre les mains de la justice italienne. Afin que toute la lumière soit faite sur le scandale, et que les coupables soient punis. Ce Championnat-là pourrait se prolonger bien au delà du Grand Prix du Brésil, le 21 octobre, où, selon toute vraisemblance, devrait se jouer le titre des pilotes… entre Hamilton et Alonso.
Anne Giuntini (L'Equipe)
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