Grand Prix de Grande Bretagne Silverstone
8 juillet 2007

Ebouriffant !
Le duel Räikkönen-Alonso, que l’on attendait depuis le début de saison, a eu lieu à Silverstone. Enfin !
Le départ Liuzzi trulli Ralf Schumacher Albers Davidson Rosberg Coulthard Barrichello Button Kovalainen Fisichella Heidfeld Heidfeld Hamilton Alonso Massa Raïkkönen podium

Il aura fallu attendre le Grand Prix de Grande-Bretagne, neuvième manche du Championnat, pour que les deux meilleurs pilotes du monde s’affrontent directement en piste. La bataille magnifique entre Räikkönen (vainqueur pour la troisième fois cette année) et Alonso, complétée par la remontée époustouflante de Felipe Massa, aura éclipsé l’étoile Hamilton.

 

Tant pis pour le public anglais, tant mieux pour le Championnat du monde. La Formule 1 n’est pas Alice au pays des Merveilles et Lewis Hamilton, malgré son remarquable talent, n’aura pu entraîner ses innombrables supporters dans le rêve enchanté qu’il promettait jusque-là. « Je ne sais pas ce qu’il en est des autres pilotes, confessait-il samedi après sa pole-position, mais moi j’aime rendre les gens heureux. » Évidemment, une victoire à Silverstone aurait si joliment illustré le propos, aux yeux des foules fraîchement entichées…

 

Que le tendre Lewis se rassure. Quelle que soit la motivation profonde des autres « calibres » de la Formule 1, Kimi Räikkönen, Fernando Alonso et Felipe Massa ont, hier, comblé de bonheur les amateurs de course automobile – et ils sont quelques multitudes sur la planète. Face à la générosité de ce trio dans le pilotage, dans l’effort et dans la bataille, on n’ose imaginer qu’il n’y ait aussi, pour soustendre leur hardiesse, de réelles qualités de coeur. Nul ne leur a appris à le dire, mais leur munificence en piste suffit amplement aux amoureux de sport mécanique.

 

Ces trois-là ont momentanément éclipsé le jeune prodige, qui termine à 39 secondes du vainqueur, Räikkönen, et à 37 secondes de son propre équipier, Alonso. Sur un tracé difficile, exigeant au niveau des réglages, sélectif à souhait – tant pour les pilotes que pour les voitures –, Räikkönen, Alonso et Massa ont fait parler non seulement leur talent mais aussi leur expérience, leur science de la course, et c’était merveille de les voir ! Le déploiement de tout leur « arsenal » personnel a mis en lumière la jeunesse de Lewis Hamilton dans le métier. Et c’est en cela que ce Grand Prix de Grande-Bretagne aura tellement enchanté les connaisseurs : parce qu’il a exprimé la véritable dimension de la Formule 1. Âpre, rude, violente. Et belle.

 

Räikkönen, deuxième sur la grille de départ, s’en voulait encore hier d’avoir manqué la pole-position : une petite erreur dans le dernier virage, samedi, l’en avait privé. Fernando Alonso, troisième, savait ce que valait son temps de qualifications : avec de l’essence pour quatre tours de plus que Hamilton, il aurait dû se retrouver à 4/10 de seconde de son équipier. Or, il n’était qu’à 1,5/10. Hamilton, heureux poleman, devinait bien que ses propres réglages n’étaient pas des plus judicieux : pour la première fois de la saison, il avait voulu faire à sa manière, n’avait pas copié ceux d’Alonso, mais imposé les siens – on ne doute pas qu’il saura en tirer les leçons.

 

Quant à Felipe Massa, sa stratégie –la mêmeque celle d’Alonso –expliquait son quatrième rang sur la grille. Dès lors, on pouvait aisément deviner que la bataille serait serrée, éprouvante pour eux quatre. Dans ce contexte, les jeunes « vieux » renards allaient s’amuser…

 

Felipe Massa, victime d’un calage (encore inexpliqué hier soir) au départ, un nouveau tour de formation fut ordonné. L’infortuné Brésilien, contraint de s’élancer de la voie des stands, allait produire alors un festival de dépassements : dix places gagnées en sept tours. Au onzième passage, il était déjà neuvième, aux portes du premier point ! Et il n’allait pas s’arrêter là !

 

Pendant ce temps, son équipier Räikkönen n’étant pas parvenu à passer Hamilton, se maintenait au contact de la McLaren, prêt à saisir la moindre occasion. Avec une grâce féline dans la manoeuvre, il tenta sa chance au 14e tour, dans Brooklands, et, comprenant aussitôt que le jeune Anglais n’était pas mûr pour tomber, choisit de patienter derrière lui. « Je n’ai pas pris trop de risques, en espérant qu’il ravitaillerait avant moi », commentait Kimi après l’arrivée. Bien vu. Hamilton observa son premier arrêt au 16e tour, commit un redémarrage précipité qui enraya la chorégraphie des mécaniciens et lui coûta un peu de temps. Alors Räikkönen, effectuant son pit-stop au tour suivant, ressortit devant lui… Puis Alonso, assurant le sien au 20e tour, mit tout le monde d’accord. Grâce à un arrêt très court (6"3) – « C’était un pari à tenter », dit-il –, le « petit toro » des Asturies s’empara du commandement. « Pour gagner, je savais qu’il me fallait prendre le large. Creuser un écart d’au moins huit secondes sur Kimi. Mais je n’ai jamais pu le mettre à plus de cinq secondes de distance. » Contraint de ravitailler plus tôt (au 37e tour), Alonso laissa le champ libre à son adversaire, qui sut magnifiquement en profiter !

 

« Kimi a été tout simplement magistral ! », s’extasiait Jean Todt après la course. Il cravacha ferme durant les six tours que lui permettait encore sa quantité de carburant, effectua son pit-stop en 6"6… et ressortit en tête. Alonso ne pouvait plus rien contre lui. Malmené par le rythme endiablé des deux grands fauves, Hamilton était quant à lui définitivement lâché, laminé. Sans le calage de Felipe Massa sur la grille, le jeune prodige anglais aurait sans doute connu sa première déconvenue publique. Car la logique de la performance destinait le podium aux deux pilotes Ferrari, qui l’auraient partagé avec Alonso, double champion du monde. « Notre talon d’Achille cette saison, c’est la fiabilité », constatait Jean Todt, avec une pointe de regret. De fait, à plusieurs reprises, la Scuderia a laissé s’envoler de gros points à sa portée : en Australie – changement de moteur pour Massa –, en Espagne – panne électronique pour Räikkönen – et hier encore, avec ce calage de Massa, probablement dû à un problème technique. Depuis Melbourne, les McLaren-Mercedes en ont profité pour construire leur avance, et les neuf podiums de Lewis Hamilton les y ont bien aidées : 128 points contre 103 à Ferrari au Championnat des constructeurs. Mais rien n’est acquis, loin de là, en témoigne aussi les positions au classement des pilotes : Hamilton mène toujours la danse avec 70 points, mais Alonso (58), Räikkönen (52) et Massa (51) le savent tous trois à leur portée, dès lors que l’on entre dans la phase tendue de la compétition, sur des tracés de caractère.

 

Si l’avantage des Ferrari sur les McLaren-Mercedes était moins flagrant, hier à Silverstone, que la semaine passée à Magny-Cours, il se confirme pourtant et permet d’entrevoir une seconde partie de saison sportivement ébouriffante !


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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