Grand Prix de France Magny-Cours
1er juillet 2007

Ferrari frappe deux fois
Räikkönen renoue enfin avec la victoire, devant son équipier Massa. Le Championnat reprend vigueur.

Le départ Speed Speed Albers Sato Webber Coulthard Trulli Trulli Rosberg Rosberg Barrichello Barrichello Fisico Fisico Heidfeld Heidfeld Hamilton Alonso Raikkonen Raikkonen podium

Le Grand Prix de France revêt pour Jean Todt une connotation particulière : c’est à Magny-Cours qu’il entama, en 1993, sa carrière chez Ferrari. Et à Magny-Cours que Michael Schumacher cueillit, au volant d’une Ferrari, son cinquième titre mondial. En égalant ce jour-là le record de Fangio, Schumacher en établissait un autre : celui du Championnat le plus précocement joué. Ce résultat historique illustrait autant le talent du pilote que l’efficience du système Todt.

Cinq ans plus tard, les faits prennent un autre relief lorsqu’on se rappelle les circonstances dans lesquelles Schumi avait alors gagné le 21 juillet sur le circuit de la Nièvre. Jusqu’à cinq tours de l’arrivée, la victoire semblait en effet promise à un tout jeune Finlandais nommé… Kimi Räikkönen. C’eût été sa première. Elle lui avait échappé d’un rien : sur une trace d’huile laissée par le moteur d’une Toyota, la McLaren était partie en glissade, et Räikkönen n’avait eu que la deuxième place pour se consoler. Hier enfin, il remporta le Grand Prix de France qui manquait toujours à son palmarès.

Bien mieux : aucun Finlandais ne s’y était jamais illustré avant lui. Le 29 août 1982, Keke Rosberg s’était imposé à Dijon devant Prost et Lauda… mais c’était pour le Grand Prix de Suisse !

Voilà. Une boucle est bouclée, une forme de justice rendue. Le regard extatique, Mark Arnall, fidèle kinésithérapeute de Kimi Räikkönen, poussait un soupir de soulagement en voyant s’abattre le drapeau à damier : « Il était temps qu’il gagne à nouveau ! » Aussitôt après, Räikkönen s’écriait sobrement : « enfin ! »

Depuis Bahreïn, le 15 avril, il n’avait plus connu le plaisir du podium. Pis : en trois manches (Monaco, Canada, États-Unis) il était péniblement parvenu à glaner 10 points, le tarif ordinaire d’une victoire, la rétribution perçue à Melbourne où la saison paraissait s’ouvrir pour lui sous les meilleurs auspices…

« Enfin ! », ce cri du coeur recelait hier des significations multiples. Enfin, la réussite au rendez-vous. Enfin Massa et Hamilton derrière lui. Enfin, son rang retrouvé. Enfin, des Ferrari redevenues compétitives face aux McLaren-Mercedes. Enfin, la possibilité de prendre un départ canon grâce aux améliorations apportées au système d’embrayage. Enfin, une réponse cinglante aux détracteurs zélés… Il était temps, vraiment, de clouer le bec aux colporteurs de rumeurs, par un coup d’éclat en piste. Que l’on cesse, dans le paddock et les médias, d’invoquer l’absence de Michael Schumacher et de Ross Brawn pour expliquer la récente baisse de forme des Ferrari. Que l’on cesse de ressasser un passé glorieux, au mépris du travail effectué par l’équipe technique actuelle, reformée autour de Mario Almondo ; au mépris, également, des efforts déployés par une doublette de pilotes diablement compétitive.

Sans doute Almondo éprouvait-il aussi ce sentiment de libération lorsqu’il laissa exploser sa joie sur le podium, lui le discret, le réservé.« Je ne pouvais recevoir de plus beau cadeau d’anniversaire (quatorze ans à la tête de la Scuderia) ! », s’exclamait Jean Todt. Car Felipe Massa, deuxième, se chargea de compléter l’hommage rendu au patron.

Ron Dennis :« Fernando, l’homme de la course » Tandis que McLaren s’est adjugé cette saison trois doublés déjà, Ferrari n’en avait plus réalisé depuis le Grand Prix d’Allemagne 2006. Avec 32’’ d’avance sur le troisième, Lewis Hamilton, les rouges de Maranello ontmême frappé fort. Ron Dennis en convenait, qui soulignait après coup « l’excellent travail et les progrès de la concurrence ». Un peu moins « sport », Hamilton s’efforçait pour sa part de minimiser la défaite, expliquant en gros que ce n’étaient pas tant les Ferrari qui avaient gagné, mais plutôt lui qui avait perdu. Écoutant cette analyse développée en conférence de presse, Kimi Räikkönen, interloqué, coula vers lui un regard incrédule… fait exceptionnel, dans la mesure où le Finlandais, d’ordinaire, semble ne prêter aucune attention à ce qui se dit autour de lui ! Comme souvent cette année, les développements de la course se trouvaient en partie déterminés par les conditions du départ. « Il était vital pour moi de prendre de court Hamilton, résumait Kimi Räikkönen (3e sur la grille, derrière Massa et Hamilton), et de coller le plus possible à mon équipier. » Les deux Ferrari jaillissant à l’extinction des feux, surprirent la McLaren et s’emparèrent du commandement, Massa en tête. Du premier au dernier tour, à aucun moment, Lewis Hamilton ne fut à même de les inquiéter. À moins d’un ennui technique ou d’un incident decourse, il était clair que la victoire se jouerait entre Massa et Räikkönen.

Durant le premier relais, Räikkönen, gêné par des retardataires, ne put se rapprocher suffisamment de son compère pour le dépasser à l’occasion du ravitaillement. L’inverse se produisit dans le second relais, où Massa perdit du temps derrière des concurrents plus lents, trop occupés à leur propre bagarre pour obtempérer aux ordres des drapeaux bleus… À l’actif de Räikkönen, son habileté à tirer profit des circonstances. Pendant ces quelques tours, il cravacha ferme. Si bien qu’au second pit-stop il ressortait de la voie des stands en tête du Grand Prix.

Loin derrière ce duo furieux, Fernando Alonso assura le spectacle. Valorisé par la résistance de ses adversaires successifs – Rosberg, Heidfeld, Fisichella, Heidfeld à nouveau – son numéro de funambule lui a valu l’hommage appuyé de son patron, Ron Dennis : « Pour moi, Fernando aura été l’homme de la course. » Sa combativité n’aura guère été payée de retour : une septième place ; trois de gagnées par rapport à sa position sur la grille – 10e pour n’avoir pu défendre ses chances, boîte de vitesses en panne – et 2 points récoltés. Il en compte désormais 14 de retard sur Lewis Hamilton, toujours leader du Championnat, et 3 seulement d’avance sur Felipe Massa, 8 sur Kimi Räikkönen.

En huit Grands Prix, chaque membre du quatuor aura signé deux victoires. Dans une semaine à Silverstone, le cap de la mi-saison sera franchi. Aussi le doublé Ferrari vient-il à point nommé relancer la compétition. Derrière, l’écart en performance se resserre entre BMW et Renault. Robert Kubica, quatrième à Magny-Cours pour son retour en piste, a confirmé la trempe qu’on lui supposait déjà : son terrible accident de Montréal n’a pas le moins du monde entamé sa compétitivité. En terminant devant son équipier Heidfeld, pourtant vaillant, Kubica aura accompli le comeback idéal. Les Renault, elles, n’auront pas eu l’occasion d’illustrer vraiment leur regain de forme, ni d’enrayer l’échappée de BMW au Championnat des constructeurs : Kovalainen, bousculé par Trulli au départ, partit en tête-à-queue et se retrouva dernier. La cueillette des points reposait dès lors sur les seules épaules de Fisichella, qui, sixième, s’acquitta consciencieusement de sa mission.

Hier soir, Lewis Hamilton estimait que McLaren, à Magny-Cours, avait couru en-dessous de son véritable niveau. « Nous aurons certainement de quoi répliquer à Silverstone. » Kimi Räikkönen, de son côté, soulignait que tous les développements à disposition n’avaient pas été utilisés lors de ce Grand Prix de France. Ils devraient l’être dès vendredi prochain, en Grande-Bretagne.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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