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Grand Prix d'Europe | Nürburgring 22 juillet 2007 |
| La revanche d’Alonso |
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i la pluie transforme parfois les courses en loterie, hier elle aura fait du Grand Prix d’Europe un épisode à inscrire dans les annales de la F1. Définitivement. Pour ce qu’elle mit en évidence de virtuosité chez les pilotes, pour ce qu’elle exigea de subtilité stratégique au sein des équipes et pour la manière dont les délégués de la FIA s’acquittèrent de leur mission, en choisissant d’interrompre l’épreuve au moment opportun, attendant l’accalmie.
Tandis que les voitures venaient d’entamer leur tour de formation, un message de la météo apparut sur les écrans de contrôle, annonçant une averse pour 14 h 1… Or les premières gouttes se mirent à tomber à l’instant même où les monoplaces se rangeaient une à une sur la grille ! À peine eut-on le temps de voir Räikkönen s’élancer en tête, devant son équipier Massa, plus prompt qu’Alonso. À peine vit-on le bond de Lewis Hamilton, jaillissant de la 10e à la 6e place, puis aussitôt 4e, par la grâce d’une collision entre les deux BMW qui le précédaient… Déjà des hallebardes s’abattaient sur le Nürburgring. Déjà David Coulthard, en glissade, s’en allait tâter le gravillon.
À la fin du premier tour, Kimi Räikkönen parut hésiter, fit mine d’emprunter la voie de décélération pour regagner son stand, puis reprit la piste, alors que la plupart des autres concurrents, derrière lui, s’arrêtaient pour chausser des pneus pluie. Heureux Markus Winkelhock : le débutant de Spyker – remplaçant Christijan Albers, évincé – avait anticipé la manoeuvre et monté des gommes sculptées dès la fin du tour de formation. Ainsi se retrouva-t-il aux commandes du Grand Prix d’Europe, sur ce circuit où son père, Manfred, avait disputé son dernier Grand Prix, en 1985, avant de se tuer aux 1 000 km de Mosport au volant d’une Porsche d’endurance. Délire dans les tribunes du Nürburgring ! Délice dans le stand Spyker !
Au terme du 2e tour, les téméraires qui étaient demeurés en montes pour le sec durent se rendre à l’évidence et faire escale pour changer de roues. Même équipé pour le déluge, personne, sur l’asphalte détrempé, ruisselant, dégoulinant, n’était à l’abri de l’aquaplaning. Button, Hamilton, Sutil, Speed, Rosberg en firent l’amère expérience, qui tous échouèrent dans la zone de dégagement du premier virage. « J’ai à peine effleuré les freins, et tout de suite je suis parti en glissade, roues bloquées », déplorait Button. Peu après, la Toro Rosso de Tonio Liuzzi, en glissade totale, échouait contre un engin de dépannage !
La direction de course décida d’abord de faire intervenir la safety car, puis rapidement sortit le drapeau rouge (4e tour). Au beau milieu du bac à gravier, Lewis Hamilton, sur les conseils de son équipe, se garda bien de couper le moteur et de quitter son cockpit. Soulevée par une grue, la McLaren-Mercedes fut remise en piste… et l’Anglais rejoignit avec un tour de retard la ronde derrière la voiture de sécurité, puis alla se placer sur la nouvelle grille. Un second départ – sous safety car – fut donné vingt-deux minutes plus tard, une fois les éléments apaisés. Et Lewis Hamilton, en vertu d’un paragraphe du règlement 2007, fut autorisé à remonter tous les concurrents, plus la voiture de sécurité, de manière à se réinstaller dans le même tour, en dernière position… Markus Winkelhock, au volant de sa Spyker orange, emmenant toujours le train de ce joli petit monde !
La météo prévoyant une accalmie pour au moins trente minutes, le peloton fut lâché au 8e tour, et Winkelhock, conscient du bonheur qu’il venait déjà de vivre, s’écarta devant la meute impatiente, Massa devant, Alonso à ses trousses, puis les Red Bull de Webber et Coulthard, la Renault de Kovalainen, et la Ferrari de Räikkönen – qui perdit gros à ne pas s’arrêter dès les premières gouttes.
On assista au fil des tours à plusieurs dépassements : Fisichella sur Barrichello, Schumacher sur Kubica, Webber sur son équipier Coulthard… La piste commençant à sécher, Hamilton, qui avait pris le parti de monter des gommes pour le sec, se mit à aligner des temps de référence, tandis que le rêve de Winkelhock s’achevait définitivement au 14e tour, sur une défaillance du système hydraulique.
Au 19e, on entra dans une nouvelle phase de dépassements. Kovalainen croqua proprement Alex Wurz (Williams) mais l’affaire tourna moins bien entre Ralf Schumacher et Nick Heidfeld. Dans l’affrontement serré, la BMW en chasse éperonna la Toyota qui termina là sa course, passablement chiffonnée, dans la zone de dégagement. Les commissaires sportifs, après avoir entendu la version des deux compétiteurs au terme du Grand Prix, jugèrent inutile de prendre des sanctions. De même qu’ils rangèrent parmi les faits de course – épiques et corrects – la brève confrontation entre Fisichella et Alonso dans la voie des stands. Le ravitaillement de la McLaren achevé, consigne fut donnée à Fernando de redémarrer. La Renault le fit juste après… mais le positionnement des stands respectifs fit qu’Alonso déboula devant le garage Renault à l’instant où Fisico venait de repartir. Chaud, chaud ! À mi-parcours, la Ferrari de Massa menait la danse, devant Alonso et Räikkönen, suivis à 15’’ par Webber, Kovalainen et Wurz. Un peu plus loin, Heidfeld tentait à ce moment-là d’attaquer son équipier Kubica – en vain –, avant d’avoir à surveiller la menace Fisichella.
Pauvre Kimi Räikkönen ! Ragaillardi par ses deux victoires successives, à Magny-Cours et Silverstone, par sa pole-position de samedi au Nürburgring, se croyait-il débarrassé de la guigne ? Pas tout à fait. « Tout peut toujours arriver, aucun de nous quatre n’est à l’abri d’un ennui », rappelait-il la veille, en évoquant les épisodes malchanceux d’Hamilton, Massa, Alonso et lui-même. Dans le 35e tour, on le vit ralentir, se ranger, repartir, comme si sa Ferrari lui faisait un caprice. Mais c’était plus grave : une panne hydraulique.
Imaginait-on le Grand Prix définitivement joué à l’issue de ce que l’on pensait être la dernière série de ravitaillements ? Massa en était ressorti leader, devant Alonso… Pas du tout ! À douze tours de la fin, un nouveau message météo annonçait la pluie sept minutes plus tard. Et elle arriva bel et bien… à huit tours de l’arrivée ! Si la Ferrari de Massa s’était montrée à son avantage sur le sec, en cette phase ultime de déluge, elle se révéla moins à l’aise que la McLaren pilotée par Alonso.
Magistral, dans une passe d’armes sans merci, le double champion du monde fit honneur à ses titres, et après plusieurs assauts farouches – dans le dernier, les roues de la McLaren et de la Ferrari se touchèrent ! – finit par prendre l’ascendant. Son équipier à terre – Hamilton ne marqua aucun point hier –, Fernando Alonso remporta hier une victoire essentielle : le voici revenu à deux points du leader. Il pouvait laisser éclater sa joie, mêlée d’une rage jusque-là contenue… Mais de ces instants d’intense satisfaction, il écarta ouvertement Ron Dennis, se refusant à toute effusion envers lui.
S’il est heureux dans sa voiture et sur le podium, Fernando Alonso, à l’évidence, ne l’est plus chez McLaren-Mercedes. Mais c’est une autre histoire… à suivre également.
Anne Giuntini (L'Equipe)
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