Grand Prix de Belgique Spa-Francorchamps
16 septembre 2007

Ferrari avec élégance
Le départ Le départ Sato Davidson Yamamoto Sutil Barrichello Barrichello & Sato Vettel Vettel R Schumacher Trulli Fisico Kovalainen Coulthard Rosberg Rosberg Kubica Heidfeld Alonso Alonso Raikkonen Raikkonen podium

Ce devrait être le quinzième. Un quinzième titre mondial des constructeurs pour la Scuderia. Elle l’a quasiment acquis, hier, à Spa-Francorchamps, sur un résultat sportif magnifique. Mais, dans l’attente d’un éventuel appel interjeté par McLaren, cette nouvelle consécration demeure virtuelle. Ferrari l’a donc accueillie comme telle, et par conséquent se garda de tout débordement de joie prématuré. Pour l’instant, le spectacle offert par le tandem Räikkönen-Massa, parfaitement intouchable sur le plus beau tracé de la saison, suffisait à son plaisir.
Après une « petite » récolte – 6 points tout de même – la semaine dernière à Monza, les Ferrari se sont imposées sans discussion possible, empochant leur troisième doublé de l’année, devant les McLaren-Mercedes, désormais exclues du Championnat constructeurs. Fernando Alonso, troisième, leur rendit cet hommage : « En arrivant jeudi, j’avais un peu d’espoir de les battre. Mais vendredi, j’ai déjà senti que ce serait difficile et samedi, en qualifications, j’ai su que nous n’y arriverions pas. »

Le podium de ce Grand Prix de Belgique était en tout cas réjouissant : trois superbes compétiteurs, Räikkönen-Massa-Alonso, âpres à la lutte en piste mais peu enclins aux intrigues de coulisse, ravis de se retrouver et de clore ensemble le trop long épisode extrasportif qui, depuis deux mois et demi, occupait l’actualité de la F1. Chris Dyer (l’ingénieur australien de Räikkönen), convié lui aussi sur le podium pour y recevoir le trophée des constructeurs, savourait cet instant de fraternité joyeuse. Vainqueur à Spa pour la troisième fois de sa carrière, le flegmatique Räikkönen pétillait autant que les bulles de son magnum de champagne. « Spa a toujours été mon circuit favori, même lorsque je n’étais pas encore en F1 », commentait-il, presque expansif.

Pour les deux Ferrari, ce Grand Prix de Belgique se révéla une course, sinon tranquille – 44 tours bouclés à 229,174 km/h de moyenne – du moins sans histoires. « J’avais quelques doutes sur le comportement de la voiture après les qualifications mais, en définitive, tout a bien fonctionné, et j’ai pu tenir un bon rythme au début, de manière à contrôler sans problème par la suite », analysait le Finlandais. Son équipier Felipe Massa, lui, dut procéder à de menus ajustements sur l’aileron avant lors du premier ravitaillement afin de corriger le survirage initial et tenir confortablement la cadence du leader. « Les pneus tendres, avec lesquels nous avons terminé, étaient vraiment formidables, soulignait-il, et j’aurais peut-être dû les choisir pour le premier relais. Mais le constat est toujours facile après coup. »

Ron Dennis prévient l’orage
Moins cordiale fut la bagarre, brève mais intense, qui opposa dans les premiers hectomètres de course les deux pilotes McLaren. Au départ, Fernando Alonso (3e sur la grille) s’élança devant Lewis Hamilton (4e) mais dans l’épingle se trouva légèrement ralenti par Massa qui bloqua ses roues. Hamilton tenta d’en profiter pour se faufiler par l’extérieur… Alonso répliqua en élargissant sa trajectoire à la sortie de l’épingle, jusqu’à poser une roue arrière dans l’herbe où il perdit de la motricité. Hamilton n’avait que deux options : soit lever le pied et se ranger derrière son équipier, soit continuer sur la ligne extérieure, en passant par la zone de dégagement. Incisif, agressif, il choisit évidemment la seconde, revint sur Alonso dans le bas du fameux Raidillon, coula vers la droite pour s’en aller chercher la trajectoire idéale, espérant peut-être que l’Espagnol se laisserait intimider. On n’est pas double champion du monde par hasard… Au cas où Hamilton l’aurait oublié, Alonso le lui rappela : collé au ras des rails, le « Prince des Asturies » ne leva pas le pied d’un dixième de millimètre et se maintint à fond, côte à côte avec le jeune Anglais, quitte à aborder le léger gauche du Raidillon par l’extérieur – loin de l’idéal.

Par cette manoeuvre bourrée d’audace, Alonso fit étalage de son métier. Car, s’il n’était pas lui-même sur la ligne rêvée pour aborder le droite suivant, son adversaire s’y trouvait moins encore. Proprement mouché, Lewis Hamilton n’eut plus qu’à capituler. Il passa le reste du Grand Prix de Belgique derrière Alonso et sa mine fermée, lorsqu’il retira sa cagoule à l’arrivée, laissait deviner sa frustration. L’Anglais, toujours leader du Championnat du monde, n’a perdu qu’un point dans l’histoire, mais Alonso lui amontré une fois encore – après Monaco, Silverstone, le Nürburgring, Monza – qu’il était le maître. Dans l’ambiance désolante et malsaine qui règne aujourd’hui chez McLaren, Ron Dennis s’efforça de prévenir l’orage menaçant entre ses deux pilotes. Et fit probablement contre mauvaise fortune bon coeur pour défendre la manoeuvre de l’Espagnol : « Quand on a deux coureurs aussi compétitifs, il faut s’y attendre. C’est la course. »

L’intéressé expliqua tranquillement qu’à aucun moment il n’avait mis Hamilton en danger : « J’ai élargi ma trajectoire, mais je savais qu’il y avait là une énorme zone de dégagement. » Vexé d’y avoir eu recours, le prodige britannique tint officiellement un discours modéré mais se lâcha auprès de la presse anglaise, qui l’incitait à le faire.
« Alonso a-t-il été correct ? lui demanda-t-elle. – Ce n’est pas vraiment ce que je dirais, répliqua-t-il. Pour quelqu’un qui se plaint toujours des manoeuvres des autres et qui se prétend sportif, je trouve cela curieux. Il m’a balayé et m’a repoussé aussi loin qu’il pouvait. J’ai eu de la chance d’avoir cette aire de dégagement. »

Après ce chapitre acidulé, séquence émotion, parfaitement jouée : « Cette semaine a été très éprouvante, surtout pour moi. Beaucoup plus que pour Fernando, parce que… non, je n’en dirai pas plus. » Les reporters attendris l’invitent à poursuivre ; assez rapidement, il cède : « C’était dur pour moi, car McLaren a traversé des moments tellement difficiles. Et cette équipe, je m’y sens plus attaché que Fernando. Je pense que j’y suis plus attentif. » Il est vrai que le talentueux Lewis Hamilton doit beaucoup à Ron Dennis, qui l’a pris sous son aile il y a douze ans déjà, et le couve depuis lors, avec le succès que l’on sait.

Heikki Kovalainen (Renault) et Robert Kubica (BMW), eux, ne se sont pas plaints de la férocité de leur bagarre. Kubica regretta seulement que ses efforts magnifiques n’aient pas même été payés d’un point… « Les Renault avaient une bien meilleure vitesse de pointe. » Kovalainen n’accabla pas son équipe de lui avoir mijoté une stratégie d’attente – un seul arrêt – quand une tactique offensive aurait été plus judicieuse. « J’étais si lourd, raconta-t-il avec sa bonne humeur coutumière, que j’ai l’impression d’avoir passé la moitié de la course à surveiller mes rétroviseurs. » Les progrès de sa Renault laissent espérer au Finlandais trois derniers Grands Prix un peu plus exaltants.

Les ultimes rendez-vous, Japon, Chine et Brésil, devraient en tout cas se voir doublement animés : par la lutte fratricide entre Alonso et Hamilton. Et par celle que leur livreront aussi Räikkönen et Massa qui, en choeur, annoncent le programme : « Tant que l’arithmétique nous donne des raisons d’espérer, nous nous battrons pour le titre. »


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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