e Grand Prix de Bahreïn,
remporté par Massa
(Ferrari), a offert aux
amateurs de course
automobile un modèle du
genre. Rythme haletant,
offensives propres,
dépassements
multiples… de quoi faire
oublier aux supporters de
Renault la très médiocre
prestation des R 27.
Ce début de saison est assurément
des plus réjouissants ! Trois Grands
Prix, trois vainqueurs différents : Kimi
Räikkönen en Australie, Fernando
Alonso en Malaisie, et Felipe Massa,
hier à Bahreïn, au terme de cinquante sept
tours d’une course qui ne connut
pas le moindre temps mort. Mieux
encore : les trois pilotes en tête du classement
général provisoire capitalisent,
à ce jour, le même nombre de
points, 22. Et si Alonso, Räikkönen et
Hamilton se tiennent officiellement
dans cet ordre, ils le doivent aux différentes
places occupées jusqu’à présent
sur le podium. Une victoire, une
deuxième place pour Alonso. Une victoire,
une troisième place pour Räikkönen.
Aucun succès pour Hamilton, qui
ne doute pas, cependant, que son
heure viendra bientôt. Le jeune Lewis
semble, en ce moment, le seul homme
au monde capable de camper sur un
nuage tout en ayant les pieds sur terre.
Il rit, il est aux anges, et sa confiance en
lui ne cesse de croître,comme si rienne
devait désormais l’arrêter sur la trajectoire
de ses rêves.
Aussi brillant soit-il, ce trio figure toutefois
dans le viseur de Felipe Massa.
Auteur d’un week-end parfait, le Brésilien
s’est refait une santé à Sakhir et
n’accuse plus qu’un retard de 5 points.
Il a surmonté les deux épisodes précédents,
digéré sa malchance du premier,
assumé l’amertume du second.
« Heureusement qu’il n’y avait qu’une
semaine entre Sepang et Sakhir ! »,
avouait-il, soulagé. Quelques
jours seulement de calvaire, a subir les
assauts narquois des médias italiens
ou brésiliens. Il vient cette fois de leur
offrir du bon grain à moudre. Et il n’a
pas fini, promet-il ! Il sera l’un des
quatre acteurs principaux du championnat
2007, il en a les moyens ;
l’appétit se lit dans son regard brûlant.
Quant à Nick Heidfeld, qui pour la troisième
fois termine au pied du podium
(4e), jamais il n’avait connu plus heureux
départ dans une saison de Grand
Prix. Ses 15 points illustrent – enfin ! –
à la fois ses qualités propres et celles
de sa BMW. Sous sa moustache, Mario
Theissen, patron de l’écurie, souriait
de toutes ses dents blanches… « C’est
la plus belle performance de nos voitures.
Non seulement nous avons tenu
la cadence des deux équipes de pointe,
mais en plus, Nick a dépassé le champion
du monde, Fernando Alonso…
Non pas lors des ravitaillements, mais
bien sur la piste ! »
Alonso, lui, a vécu l’un de ces weekends
gris, comme il lui était arrivé d’en
traverser parfois dans le passé – Indianapolis
2006, par exemple. Tandis que
son équipier Lewis Hamilton donnait
l’impression, à Sakhir, de jouer avec sa
McLaren-Mercedes, Alonso dut se
battre avec la sienne. Équilibre précaire,
manque d’adhérence, manque
de rythme… « À aucun instant, je n’ai
pu la piloter aussi bien que je le voulais,
regrettait-il après la course. J’ai
pris le départ en me disant que je pouvais
tout de même gagner mais au
bout de six ou sept tours, il a bien fallu
se rendre à l’évidence. Heidfeld m’a
dépassé. Je suis revenu sur lui vers la
fin, mais il était clair que je ne pourrais
rien faire. »
Si Ron Dennis se félicite d’avoir composé,
avec Alonso et Hamilton, un
éblouissant duo, il doit à présent calmer
les élans de la presse anglaise, follement
éprise de Lewis Hamilton, au
point d’ignorer totalement l’Espagnol
– d’autant plus après une journée sans
gloire véritable. « J’aimerais qu’on
n’oublie pas qu’il est deux fois champion
du monde », rappela le patron
avec fermeté, à l’intention des British
journalistes pour le moins discourtois.
Alonso n’en a cure. Seules l’intéressent
les prochaines semaines de travail, où
il s’efforcera de remettre la McLaren à
sa main, d’ici au Grand Prix d’Espagne
(le 13 mai à Barcelone).
Ferrari ne va pas chômer non plus dans
l’intervalle. Pour chacune des deux
écuries, très proches en performance,
il importe de se démarquer de l’autre.
Profiter de cette pause dans le
calendrier pour (re)prendre clairement
l’avantage. Et si possible, maintenir BMW à légère
distance, de manière à ne pas lui laisser
le soin d’arbitrer trop souvent les
débats. Ceux-ci, à quatre protagonistes,
risquent d’être assez « chauds » déjà !
On l’a vu hier : Felipe Massa, en tête du
Grand Prix de Bahreïn du début à la fin
– hormis les phases de ravitaillement –
n’a pas vécu une sinécure. Il ne put
jamais lâcher Hamilton. Juste derrière,
entre Alonso – 3e jusqu’au premier pit
stop – et Räikkönen – auteur d’un
moins bon départ que son adversaire
–, l’histoire ne trouva son
dénouement que dans les arrêts au
stand. Au final, Fernando Alonso franchit
la ligne d’arrivée pris en sandwich entre les deux BMW de Heidfeld et
Kubica.
Si le Grand Prix de Bahreïn fut sans
temps mort, c’est aussi parce que de
nombreuses passes d’armes animèrent
l’arrière du peloton. Et l’on eut
plaisir à voir s’illustrer des pilotes que
d’ordinaire les circonstances ou les
limites de leurs machines relèguent
aux oubliettes : Wurz (Williams-Toyota)
et Trulli (Toyota) à la bataille; Coulthard (Red Bull-Renault) multipliant
les assauts et les dépassements pour
remonter de la 21e place à la 7e, et faisant,
en chemin, une bouchée des
Renault de Kovalainen et Fisichella ;
Webber (Red Bull) en verve lui aussi,
croquant « Fisico » d’un coup de dent
gourmand ; Trulli l’imitant un peu plus
tard…
En fait, les Renault durent à leur fiabilité
– et aux présentes lacunes des Red
Bull en ce domaine – de sauver in
extremis un point. L’abandon de Coulthard
sur une panne de transmission,
celui de Webber sur un ennui de boîte
de vitesses, offrirent la huitième place
à Giancarlo Fisichella – derrière les
deux BMW et la Toyota de Trulli. Après
deux saisons de rêve, couronnées de
quatre titres, il y a désormais le feu
chez Renault. Les pompiers ont manifestement
perdu le mode d’emploi des extincteurs…
Ainsi vont le sport et la vie. La roue
tourne. Flavio Briatore et ses hommes
avaient-ils surestimé leur capacité à
l’en empêcher ? Avec ou sans eux, le
Grand Prix de Bahreïn aura, quoi qu’il
en soit, servi aux amateurs de course
automobile un épisode savoureux…
qu’au sein même de l’écurie française
certains puristes avouaient avoir goûté.
On n’espère qu’une chose à présent
: que la suite du Championnat
2007 soit d’aussi belle qualité.
Anne Giuntini (L'Equipe)
