Grand Prix de Bahreïn Sakhir
15 avril 2007
Un modèle de course
Ce n’est pas une victoire au rabais que Felipe Massa a signée, mais un succès de maître, qui augure d’un Championnat palpitant.
Le départ Scott Speed Liuzzi Davidson

Le Grand Prix de Bahreïn, remporté par Massa (Ferrari), a offert aux amateurs de course automobile un modèle du genre. Rythme haletant, offensives propres, dépassements multiples… de quoi faire oublier aux supporters de Renault la très médiocre prestation des R 27.

Ce début de saison est assurément des plus réjouissants ! Trois Grands Prix, trois vainqueurs différents : Kimi Räikkönen en Australie, Fernando Alonso en Malaisie, et Felipe Massa, hier à Bahreïn, au terme de cinquante sept tours d’une course qui ne connut pas le moindre temps mort. Mieux encore : les trois pilotes en tête du classement général provisoire capitalisent, à ce jour, le même nombre de points, 22. Et si Alonso, Räikkönen et Hamilton se tiennent officiellement dans cet ordre, ils le doivent aux différentes places occupées jusqu’à présent sur le podium. Une victoire, une deuxième place pour Alonso. Une victoire, une troisième place pour Räikkönen. Aucun succès pour Hamilton, qui ne doute pas, cependant, que son heure viendra bientôt. Le jeune Lewis semble, en ce moment, le seul homme au monde capable de camper sur un nuage tout en ayant les pieds sur terre. Il rit, il est aux anges, et sa confiance en lui ne cesse de croître,comme si rienne devait désormais l’arrêter sur la trajectoire de ses rêves.

Aussi brillant soit-il, ce trio figure toutefois dans le viseur de Felipe Massa. Auteur d’un week-end parfait, le Brésilien s’est refait une santé à Sakhir et n’accuse plus qu’un retard de 5 points. Il a surmonté les deux épisodes précédents, digéré sa malchance du premier, assumé l’amertume du second. « Heureusement qu’il n’y avait qu’une semaine entre Sepang et Sakhir ! », avouait-il, soulagé. Quelques jours seulement de calvaire, a subir les assauts narquois des médias italiens ou brésiliens. Il vient cette fois de leur offrir du bon grain à moudre. Et il n’a pas fini, promet-il ! Il sera l’un des quatre acteurs principaux du championnat 2007, il en a les moyens ; l’appétit se lit dans son regard brûlant. Quant à Nick Heidfeld, qui pour la troisième fois termine au pied du podium (4e), jamais il n’avait connu plus heureux départ dans une saison de Grand Prix. Ses 15 points illustrent – enfin ! – à la fois ses qualités propres et celles de sa BMW. Sous sa moustache, Mario Theissen, patron de l’écurie, souriait de toutes ses dents blanches… « C’est la plus belle performance de nos voitures. Non seulement nous avons tenu la cadence des deux équipes de pointe, mais en plus, Nick a dépassé le champion du monde, Fernando Alonso… Non pas lors des ravitaillements, mais bien sur la piste ! »

Alonso, lui, a vécu l’un de ces weekends gris, comme il lui était arrivé d’en traverser parfois dans le passé – Indianapolis 2006, par exemple. Tandis que son équipier Lewis Hamilton donnait l’impression, à Sakhir, de jouer avec sa McLaren-Mercedes, Alonso dut se battre avec la sienne. Équilibre précaire, manque d’adhérence, manque de rythme… « À aucun instant, je n’ai pu la piloter aussi bien que je le voulais, regrettait-il après la course. J’ai pris le départ en me disant que je pouvais tout de même gagner mais au bout de six ou sept tours, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Heidfeld m’a dépassé. Je suis revenu sur lui vers la fin, mais il était clair que je ne pourrais rien faire. »

Si Ron Dennis se félicite d’avoir composé, avec Alonso et Hamilton, un éblouissant duo, il doit à présent calmer les élans de la presse anglaise, follement éprise de Lewis Hamilton, au point d’ignorer totalement l’Espagnol – d’autant plus après une journée sans gloire véritable. « J’aimerais qu’on n’oublie pas qu’il est deux fois champion du monde », rappela le patron avec fermeté, à l’intention des British journalistes pour le moins discourtois. Alonso n’en a cure. Seules l’intéressent les prochaines semaines de travail, où il s’efforcera de remettre la McLaren à sa main, d’ici au Grand Prix d’Espagne (le 13 mai à Barcelone).

Ferrari ne va pas chômer non plus dans l’intervalle. Pour chacune des deux écuries, très proches en performance, il importe de se démarquer de l’autre. Profiter de cette pause dans le calendrier pour (re)prendre clairement l’avantage. Et si possible, maintenir BMW à légère distance, de manière à ne pas lui laisser le soin d’arbitrer trop souvent les débats. Ceux-ci, à quatre protagonistes, risquent d’être assez « chauds » déjà !

On l’a vu hier : Felipe Massa, en tête du Grand Prix de Bahreïn du début à la fin – hormis les phases de ravitaillement – n’a pas vécu une sinécure. Il ne put jamais lâcher Hamilton. Juste derrière, entre Alonso – 3e jusqu’au premier pit stop – et Räikkönen – auteur d’un moins bon départ que son adversaire –, l’histoire ne trouva son dénouement que dans les arrêts au stand. Au final, Fernando Alonso franchit la ligne d’arrivée pris en sandwich entre les deux BMW de Heidfeld et Kubica.

Si le Grand Prix de Bahreïn fut sans temps mort, c’est aussi parce que de nombreuses passes d’armes animèrent l’arrière du peloton. Et l’on eut plaisir à voir s’illustrer des pilotes que d’ordinaire les circonstances ou les limites de leurs machines relèguent aux oubliettes : Wurz (Williams-Toyota) et Trulli (Toyota) à la bataille; Coulthard (Red Bull-Renault) multipliant les assauts et les dépassements pour remonter de la 21e place à la 7e, et faisant, en chemin, une bouchée des Renault de Kovalainen et Fisichella ; Webber (Red Bull) en verve lui aussi, croquant « Fisico » d’un coup de dent gourmand ; Trulli l’imitant un peu plus tard…

En fait, les Renault durent à leur fiabilité – et aux présentes lacunes des Red Bull en ce domaine – de sauver in extremis un point. L’abandon de Coulthard sur une panne de transmission, celui de Webber sur un ennui de boîte de vitesses, offrirent la huitième place à Giancarlo Fisichella – derrière les deux BMW et la Toyota de Trulli. Après deux saisons de rêve, couronnées de quatre titres, il y a désormais le feu chez Renault. Les pompiers ont manifestement perdu le mode d’emploi des extincteurs…

Ainsi vont le sport et la vie. La roue tourne. Flavio Briatore et ses hommes avaient-ils surestimé leur capacité à l’en empêcher ? Avec ou sans eux, le Grand Prix de Bahreïn aura, quoi qu’il en soit, servi aux amateurs de course automobile un épisode savoureux… qu’au sein même de l’écurie française certains puristes avouaient avoir goûté. On n’espère qu’une chose à présent : que la suite du Championnat 2007 soit d’aussi belle qualité.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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