Grand Prix d'Australie Melbourne
18 mars 2007
Les grands au rendez-vous
Raïkkönen, vainqueur à Melbourne, confirme la grande forme de Ferrari. Alonso, deuxième, annonce le retour des McLaren
Le départ

ILS ONT CHANGÉ d'écurie, mais ils sont toujours devant. Côte à côte sur la grille de départ, hier à Melbourne, les deux meilleurs pilotes du monde, Kimi Raïkkönen et Fernando Alonso, se sont retrouvés dans le même ordre à l'arrivée: premier et deuxième. «Si je n'avais pas eu mes ennuis techniques en qualifications, je me serais certainement battu pour la victoire», rectifiait aussitôt Felipe Massa, soucieux de ne pas être l'oublié du week-end.
De fait, le niveau de performance affiché par les Ferrari en ce début de Championnat donne à penser que sans la défaillance de sa boîte de vitesses samedi après-midi, Massa aurait probablement décroché une place en première ligne pour commencer... puis une autre sur le podium, au terme du Grand Prix d'Australie. Le doublé était en principe à la portée des rouges. Mais les McLaren-Mercedes ont montré ce week-end une fiabilité qui a fait partiellement défaut à leurs adversaires italiennes.
Alonso en a profité pour récolter le plus de points possible (8), son objectif étant de ne pas se trouver distancé d'emblée au classement. Il envisage d'observer cette stratégie défensive sur trois ou quatre courses encore, le temps de laisser « mûrir » sa MP4/22... espérant qu'ensuite elle aura comblé l'écart qui la sépare des Ferrari, et lui permettra de se battre pour la victoire.
Un constat : la course d'ouverture de la saison 2007 aura sèchement confirmé la hiérarchie qu'avaient esquissée les deux semaines d'essais privés à Bahreïn : Ferrari à la pointe, une bonne longueur devant McLaren-Mercedes, elle-même précédant BMW et Renault. Melbourne aura toutefois apporté une correction aux estimations de Bahreïn, qui jumelaient la compétitivité des BMW et celle des Renault. Ici, les allemandes ont clairement dominé les françaises.
Si Robert Kubica n'avait pas été lâché par sa boîte de vitesses au 37e tour, alors qu'il figurait en quatrième position devant son équipier Heidfeld, ce n'est pas la cinquième place que Giancarlo Fisichella aurait finalement cueillie (à 27"7 de Heidfeld !) mais bien la sixième, ce qui n'a rien de franchement réjouissant pour l'écurie championne du monde en titre.

Kovalainen : « J'ai été mauvais »
Flavio Briatore ne cachait pas son fort mécontentement à l'arrivée, et prévenait qu'il allait falloir réagir immédiatement pour éviter la crise. Lui, qui louait deux jours plus tôt le potentiel des deux pilotes choisis par lui, fulminait contre eux et contre la terre entière. Briatore, à l'aube du week-end, voyait son team au troisième rang, tout près de McLaren-Mercedes. Libéré d'Alonso, Fisichella, disait-il, allait enfin révéler ses qualités de prédateur, et Kovalainen se montrerait un digne successeur d'Alonso.
Fisichella, en définitive, aura tracé son parcours habituel, respectable mais pas éblouissant. Et Kovalainen n'aura jamais été dans le coup. Trompé, Flavio Briatore ? En tout cas, un tel démenti à ses pronostics ne pouvait guère flatter son ego de patron. Tandis que Fisichella s'abritait des foudres du chef en se retranchant derrière un manque d'adhérence chronique de la R27, Heikki Kovalainen, lui, assumait l'entière responsabilité de sa déconvenue (13e en qualifications, 10e en course)... «J'ai commis beaucoup trop d'erreurs. En voulant gagner des places, j'ai "sur-conduit". En clair, j'ai été mauvais.»
Pour lui, la brillante prestation d'un autre débutant, Lewis Hamilton, amenait une comparaison forcément cruelle. Hamilton, quatrième en qualifications, troisième à l'arrivée d'un premier Grand Prix qu'il aura même mené quatre tours durant (du 19e au 22e), à la faveur des arrêts ravitaillement. Hamilton exultant sur le podium. Hamilton fêté chez McLaren comme un prodige. Hamilton décrivant avec aisance le film de sa course devant un parterre de journalistes admiratifs. L'un d'eux, sans trop d'égards pour Trulli et Fisichella, interrogea Fernando Alonso : « Quel effet cela te fait-il d'avoir, pour la première fois de ta carrière en F1, un équipier compétitif ? » Avec finesse, le double champion du monde rendit hommage à ses anciens partenaires, et sans nier les mérites de Lewis Hamilton, tempéra l'enthousiasme des médias pour le jeune homme: « Trulli, au début 2004, m'avait donné du fil à retordre ; en première partie de saison, il avait décroché plus de podiums que moi. Quant à Fisichella, il a toujours démarré mieux que moi au Championnat. Je ne pense pas vivre une situation aussi nouvelle que vous le suggérez. J'espère que, chez McLaren, nous allons garder toute l'année ce niveau de compétition avec Lewis. »
Derrière le quatuor Ferrari-McLaren-BMW-Renault, Nico Rosberg a hissé sa Williams dans les points : septième, exactement comme en 2006 le Grand Prix d'ouverture, à Bahreïn. Le résultat apporte à l'écurie le regain de confiance dont elle avait besoin, après un exercice 2006 indigne de son histoire.

Williams-Toyota devant Toyota !
Grâce à Rosberg, le V8 Toyota - qui propulse les FW29 - révèle en partie ses capacités... « Si jamais une Williams terminait un jour devant nous, nous saurions au moins que nous avons un bon moteur », ironisait-on chez Toyota, avec une pointe d'amertume, lors des tests à Bahreïn. Là-bas, la lourde équipe nippone semblait totalement désemparée, ne parvenant pas à cerner la raison de ses piètres performances. En Australie, elle a repris un peu de poil de la bête... mais une Williams-Toyota précède ses deux voitures, Ralf Schumacher terminant au huitième rang, devant Jarno Trulli, neuvième. Néanmoins l'honneur du premier constructeur mondial était sauf, puisque aucune Honda ne figurait devant les TF107 au final. Barrichello, onzième, et Button, quinzième, ont momentanément épargné la fierté du grand rival japonais.
On notera la jolie prestation de Takuma Sato, qui, au volant de la Super Aguri-Honda, s'est classé douzième, à 4"5 de Barrichello. La veille, il avait signé le 10e temps des qualifications, quand les Honda officielles ne décrochaient que les 14e et 16e... inspirant à Jenson Button ce trait d'humour: « L'an dernier, avec cette voiture, j'avais fait la pôle », allusion au fait que la Super Aguri 2007 descend en ligne - très - directe de la Honda RA106.
Sans l'accident spectaculaire de David Coulthard, qui, au 49e tour, chevaucha à la perpendiculaire le cockpit de Wurz (Williams), on aurait probablement oublié l'existence des Red Bull sur cette course, comme celle des Toro Rosso et des Spyker Heureusement, il leur reste seize Grands Prix pour (re)sortir de l 'anonymat. Seize Grand Prix encore où l'on est en droit d'attendre un face-à-face magnifique entre Ferrari et McLaren. A leur descente du podium, Raïkkönen et Alonso paraissaient aussi ravis l'un que l'autre, signe que la perspective de cette bataille les réjouit tout autant que leur public...


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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