Grand Prix de San Marin Imola
23 avril 2006

Une bataille de géants
Michael Schumacher et Fernando Alonso ont, comme en 2005, fait le spectacle à Imola. Mais dans l'ordre inverse.
Le départ Le départ Monteiro Sato Sato Coulthard Klien Liuzzi Speed Heidfeld Villeneuve Ralf Schumacher Trulli Rosberg Webber Webber Barrichello Barrichello Button Raikkonen Montoya Fisichella Alonso Massa Schumacher Schumacher et alonso Schumacher vainqueur devant Alonso

L a quatrième manche du Championnat 2006, fut le théâtre d'un duel magnifique entre deux champions d'exception. Si Kimi Räikkönen, faute d'une McLaren à sa main, ne put se mêler à la bagarre, la suite de la saison ne s'annonce pas moins intense.

Le même duel que l'année dernière, mais en plus long et avec inversion des rôles. Fernando Alonso avait marqué de son empreinte le Grand Prix de San Marin 2005, en tenant tête à Michael Schumacher durant les douze derniers tours de course. Affrontement épique, entre la référence absolue et l'incarnation de la relève. Entre un septuple champion du monde et celui qui allait devenir, quelques mois plus tard, le plus jeune titré de l'histoire... Schumacher, résistant pendant vingt-huit tours à Alonso, eut tout loisir de savourer sa revanche. « Imola est un circuit où l'on ne peut pas dépasser, j'en ai la certitude depuis l'an dernier. Il convient donc de bien repérer les endroits délicats, où l'adversaire pourrait porter une attaque, et tenir la porte fermée. Voilà, ça a marché», commentait-il à l'arrivée, vainqueur et rayonnant. Ce triomphe, arraché par Ferrari dans son jardin, devant les tifosi et devant une bonne partie du personnel de Maranello, est aussi le premier « vrai » succès d'une voiture conçue par Aldo Costa, successeur désigné de Rory Byrne. Le précédent - l'unique jusqu'alors - remontait à 2005 avec la F 2005... mais c'était à Indianapolis, devant Barrichello, deux Jordan et deux Minardi seulement. Cette fois, estime Schumi, c'est bien parti : « Nous avons mené de très bons tests à Barcelone et je pense que dorénavant, nous devrions être régulièrement dans le coup. Je m'attends à une compétition vraiment serrée entre les écuries de pointe. »

La confiance d'Alonso
Fernando Alonso acquiesce. Toujours leader du Championnat, avec 15 points d'avance sur Schumacher, désormais son poursuivant immédiat, l'Espagnol nourrit toutefois l'espoir que son « package » Renault-Michelin reprendra la main dès le prochain Grand Prix, dans deux semaines au Nürburgring. Non pas qu'il l'ait perdue à San Marin; d'ordinaire, Imola offre même au tandem Ferrari-Bridgestone un net avantage, qui ne parut pas flagrant ce week-end. D'où la confiance de Fernando. Si la Ferrari sur ses terres, et partant de la pôle, n'a pas distancé ses rivales, c'est que celles-ci ne manquent pas de répondant. De fait, cinquième sur la grille, Alonso accomplit une fois encore une course de toute beauté, pour revenir, dès la mi-parcours, tout près du leader: à 9"8 au 25e tour, à 4"6 au 31e, à 0"4 au 34e ! Les couleurs de Renault, c'est bien lui qui les porte à bout de bras, et les fait briller de tout leur éclat.
D'abord, il prit le meilleur départ imaginable sur une piste aussi étroite, ne put croquer Massa (4e), l'habile lieutenant de Michael Schumacher, mais dans la manœuvre feinta Barrichello (qui perdit deux rangs). À l'amorce de Tamburello, l'ordre était donc le suivant : Schumi-Button-Massa-Alonso-Barrichello. Quelques hectomètres plus tard, dans la courbe Villeneuve, Yuji Ide (Super Aguri) envoyait dans les airs la Midland de Christijan Albers qui enchaîna quelques tonneaux avant de s'immobiliser, sens dessus dessous. « Je n'avais pourtant pas l'impression d'attaquer trop fort », plaida Ide. « Je crains qu'il n'ait été un peu agressif », répliqua Albers. L'intervention de la voiture de sécurité ne dura qu'un tour. Et le peloton se relança dans le même ordonnancement. Rubens Barrichello, entamant au 14e passage la série des ravitaillements -suivi de son équipier Button au 15e-, confirma ce que l'on supposait la veille : la prestation des Honda en qualifications tenait beaucoup à la légèreté de leurs réservoirs. Comme celle des Toyota. Si Jarno Trulli n'eut pas l'heur de montrer grand-chose - abandon au 6e tour, colonne de direction défaillante -, Ralf Schumacher, s'arrêtant au 16e, n'entretint pas longtemps l'illusion.

Trop tard pour Montoya
Le spectacle, le vrai, l'intense, serait donc assuré par Michael Schumacher et Fernando Alonso. Entre eux, Felipe Massa fit tampon jusqu'à son premier pit-stop (19e tour), tandis que les McLaren-Mercedes de Montoya (4e à ce moment-là) et Räikkönen (6e) ne se révélaient pas au mieux de leur forme. « Je n'étais pas complètement content de ma voiture et je n'ai jamais pu attaquer comme je l'aurais voulu », résuma Kimi après coup.
Cinquième à 17 secondes du vainqueur, troisième au Championnat à 18 points d'Alonso, le Finlandais pouvait rêver d'une situation plus favorable à l'issue du quatrième Grand Prix de la saison. Mais l'homme n'est pas du genre à se laisser abattre et songeait, avec un appétit constant, à la suite des affrontements. Quant à son équipier Juan Pablo Montoya, le podium qu'il cueillit à Imola pouvait paraître inespéré. La veille, aux prises avec un problème de pression d'essence, il n'avait pu aligner le moindre tour en essais libres. Son moteur ayant été démonté de la voiture de course, et remonté à bord du mulet - pour éviter une pénalité de dix places -, Montoya partit à l'assaut des qualifications dans une machine qu'il n'avait pas réglée et connaissait à peine. Septième de la séance. Troisième du Grand Prix de Saint-Marin, avec une stratégie proche de celle d'Alonso (premier ravitaillement au 23e tour pour la McLaren, au 25e pour Alonso, le dernier des ténors à s'arrêter), il avait de quoi sourire à l'arrivée... « Sauf que je n 'ai pas pu me battre avec les leaders. Quand j'ai enfin pu bénéficier d'une piste dégagée, ils étaient déjà 13 secondes devant, et il était trop tard pour moi. » La deuxième phase de la course, entre les premiers et les deuxièmes arrêts aux stands, offrit certainement les moments les plus forts. Schumacher, souffrant de « gra-nage » sur ses pneus - « rien de dramatique toutefois », précise-t-il - et peut-être d'une baisse de performance de sa voiture - «à monter sur les vibreurs comme on le fait ici, il est possible que l'on altère le comportement des autos » - réduisit sensiblement sa cadence.
Le fit-il aussi pour préserver ses gommes, ses freins, et économiser quelques litres de carburant ? Toujours est-il que Fernando Alonso se vit en mesure, au 37e tour, de tenter une attaque à l'intérieur de Tosa. Mais devant l'impossibilité manifeste de dépasser sur le tracé d'Imola, son équipe jugea opportun d'anticiper le ravitaillement de deux tours, et le rappela au stand au 41e. Schumacher fit de même au 42e... et ressortit en tête.
Dès lors, quelles que fussent l'audace et la combativité d'Alonso, les jeux étaient faits. La Renault passa les vingt derniers tours dans les échappements de la Ferrari, sans rien pouvoir espérer d'autre qu'une infime erreur de Schumi... qui justement n'en commit pas ! Reste que cette bataille de géants fut de nature à réjouir tous les amateurs de F1, quel que soit leur camp. Et qu'elle augure d'une suite de Championnat exceptionnelle,.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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