Grand Prix de Malaisie Sepang
19 mars 2006

Renault, c'est fort !
Fisichella vainqueur, Alonso deuxième, le doublé des Renault confirme leur actuelle supériorité

Le départ Le départ Rosberg Rosberg Klien Klien les 2 Super Aguri Sato Albers Speed Trulli Trulli Ralf Schumacher Villeneuve Villeneuve Massa Massa Raikkonen Montoya Montoya Button Button Barrichello Barrichello Fisichella Fisichella Fisichella Fisichella Fisichella Fisichella

v ingt-huit points engrangés en deux courses. Vingt-huit points sur un total possible de trente-six. Renault démarre la saison 2006 en force. L'avantage pris en Malaisie ne sera certainement pas de trop dans la compétition qui s'annonce. Car la concurrence, pour l'instant matée, ne devrait pas rester sans réagir...


UNE SEMAINE PLUS TÔT, à Bahrein, le bonheur était incomplet. Manquait à l'arrivée une voiture, celle de Giancarlo Fisichella, victime d'une défaillance technique... Aussi l'écurie Renault n'avait-elle pu savourer pleinement la victoire de Fernando Alonso. Elle avait failli, trébuché, sur un souci a fortiori évitable, et privé son pilote italien d'un podium accessible. A Sepang, l'équipe s'est doublement rachetée. Premier, Fisichella qui du même coup prend une revanche salutaire sur le sort. Devant Alonso, battant magnifique, qui sur sa prestation, efface une erreur du team la veille en qualifications. Pouvait-il être plus belle démonstration de l'actuelle supériorité des R26 que cet absolu résultat ? Jenson Button, troisième sur sa Honda, à 9"6 du vainqueur, ne chercha pas à minimiser la suprématie de l'adversaire : «Je suis déçu de n'être pas mieux classé. Mais cela permet tout simplement d'apprécier combien les Renault sont aujourd'hui rapides. Elles ont clairement l'avantage et nous n'étions pas en mesure de le leur contester sur ce circuit.» Jean Todt n'hésita pas non plus dans son jugement : «En ce moment, ce sont eux (Renault) qui fournissent le meilleur travail. Ils étaient très bons, l'an dernier. Il n'y a pas de raison pour que cela change en 2006. Ils s'inscrivent dans la continuité.»


Pat Symonds (Renault) : « La récompense ultime »
Parmi les concurrents directs de l'écurie française, seul Ron Dennis, patron de McLaren, s'abstint de saluer la performance. «L'accident de Kimi (Raikkonen) peu après le départ, et les problèmes de pneus de Juan-Pablo (Montoya) dans son premier relais nous ont empêchés de montrer notre véritable compétitivité», résuma-t-il. Ron se fit un plaisir de souligner une réalité tangible : la fiabilité des moteurs Mercedes en ces deux manches initiales du Championnat... avec, en filigrane l'allusion perfide au fait que Ferrari, Honda et Renault changèrent ce week-end, les V8 de Massa et Schumacher, de Barrichello, de Fisichella - dont les ennuis à Bahreïn étaient liés, en définitive, à une pièce de la commande d'accélérateur, et non au propulseur lui-même. Pressé de tourner la page, Ron Dennis justifia également la prestation plutôt neutre de Montoya (4e à 39") par ce détail : à Sepang, dit-il, «nous avions sacrifié une part de l'appui aérodynamique, afin d'améliorer le refroidissement sur nos voitures». Pendant qu'il promettait une réaction d'ici au prochain Grand Prix, dans deux semaines en Australie, les Renault boys, eux, fêtaient le doublé. Le deuxième dans l'histoire de la marque en F1 - l'autre remontant au Grand Prix de France 1982, avec Arnoux et Prost-, le premier du Renault F1 Team né en 2002. «Nous avons décroché des victoires formidables la saison passée, mais le doublé nous avait échappé, commentait Pat Symonds, directeur de l'ingénierie. C'est la récompense ultime et nous la savourons !» II est vrai qu'elle vient matérialiser à point nommé l'excellence du travail accompli ces derniers mois dans les usines d'Enstone et de Viry-Châtillon, illustrer un niveau de préparation exemplaire que les aléas de Bahreïn avaient masqué, et saluer la force de caractère de Giancarlo Fisichella. À l'heure où, justement, il importe de montrer un front uni à l'adversaire, où l'âpreté des courses à venir interdit de laisser s'immiscer le moindre doute dans les esprits, l'écurie a parfaitement répondu. Oui, elle peut le faire. Gagner à la manière des très grandes, de Ferrari, Williams et McLaren qui, des paires de pilotes, en ont aligné des kyrielles dans l'histoire des podiums.


Mark Webber (pilote Williams) : « Alonso a été phénoménal ! »
Fisico lui aussi « peut le faire », et avec style. Surmonter l'adversité, effacer l'échec qui ne lui était pas imputable à Bahreïn, en accomplissant ici un parcours parfait. Pole position, Grand Prix mené et contrôlé de bout en bout. Quant au tour le plus rapide en course, il échoit à son équipier, Fernando Alonso, qui exploita fort opportunément ses pneus neufs, une piste performante - beaucoup de gomme déposée sur le bitume à ce moment-là, au 45e des 56 tours - et la relative légèreté de ses réservoirs. « Si nous n'avions pas commis une erreur en qualifications, j'aurais pu faire la pole et gagner », dira-t-il à l'arrivée. Certains jugèrent ces propos cruels envers Fisichella. En fait, peut-être traduisaient-ils autre chose chez Alonso : son insatiable appétit de victoires, une faim de champion forcément, cette volupté qu'il éprouve dans le succès, et la frustration, proportionnelle, qu'il dut ravaler samedi après-midi lorsque ses mécaniciens, trompés par les indications de la machine à ravitailler, lui administrèrent deux fois plus d'essence que prévu ! Sa revanche, il la prit au départ du Grand Prix de Malaisie, en « séchant » littéralement tous ses voisins de grille... Leçon d'audace, de maîtrise et de risque calculé, l'ensemble servi par une vista peu commune. « II a été phénoménal ! » commenta plus tard Mark Webber. Sa Williams-Cosworth et celle de Nico Rosberg paraissaient en mesure de tenir le rythme imprimé par les Renault, mais ne purent très longtemps défendre leurs chances. Moteur cassé, Rosberg abandonna au 7e tour, dans un panache de fumée blanche. Webber au 16e, sur une fuite hydraulique.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



Le départ Le départ Webber Webber Klien Coulthard Sato & Heidfeld Sato Monteiro Liuzzi Trulli Ralf Schumacher Ralf Schumacher Villeneuve Heidfeld Schumacher Schumacher Raikkonen Raikkonen Montoya & Raikkonen Button Button Button Barrichello Alonso Alonso Alonso Alonso Doublé Renault Podium


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