
e fut en fait l'heure et quart la plus limpide de ce week-end de Monza. Une course au décryptage facile : Michael Schumacher saute dans la roue de Kimi Räikkönen dès le départ. Il espère que la McLaren-Mercedes s'arrêtera ravitailler avant la Ferrari, ce qui arrive effectivement au quinzième tour, soit avec deux boucles d'avance. Il prend alors, comme prévu, la tête de la course devant Räikkönen, en ressortant à son tour des stands... «À partir de là, je savais que je n'avais plus grand-chose à craindre », expliqua-t-il après l'arrivée. Schumi eut des victoires - celle-ci était sa quatre-vingt-dixième - plus difficiles. Et Kimi Räikkönen des deuxièmes places plus excitantes.
Au moins sa McLaren-Mercedes l'a-t-elle cette fois conduit jusqu'à l'arrivée, ce qui ne lui était plus arrivé depuis deux GP. Voilà le Finlandais revenu à égalité de points avec Fisichella au Championnat pilotes, à cinq unités de Massa, troisième. « Au final, ce ne fut pas un mauvais week-end, commentait-il. Nous avons amélioré notre système de départ, j'ai pu contrôler Michael jusqu'au premier ravitaillement mais le fait qu'il ait pu rester en piste un tour de plus que moi a été déterminant. »
La course de Fernando Alonso fut aussi celle que l'on attendait. Revancharde et flamboyante. « Quand vous partez de la dixième place, il n 'y a pas grand-chose d'autre à faire que d'attaquer », justifiait l'Espagnol. Au départ, le pilote Renault gagnait donc deux places, aux dépens de Fisichella et Barrichello. Puis encore une dans le premier tour en dépassant la McLaren de Pedro de la Rosa. Et une de plus au freinage de la première chicane, où il doublait la BMW de Heidfeld mais manquait d'embrocher la Honda de Button. Déjà sixième au deuxième passage, Alonso allait alors passer seize tours derrière le pilote anglais, perdant des secondes par poignées. Il ne fera sauter le bouchon qu'en profitant de son premier ravitaillement (19e tour), pour reprendre sa route vers le podium.
C'est toujours dans les stands, mais à proprement parler cette fois, qu'Alonso accédera enfin à cette troisième place. Depuis quelques tours, la Renault roulait derrière la BMW du Polonais Robert Kubica, qui, pour son troisième GP, faisait bien mieux que ce que Nick Heidfeld avait espéré pour lui-même sur la seconde BMW ! En début de course, le jeune homme (21 ans) n'avait commis aucune faute pour tenir en respect la Ferrari de Felipe Massa, et rééditait la performance devant le champion du monde.
Un moment mal choisi
Quand les deux voitures se ruèrent en même temps dans la piste de décélération, c'est alors aux mécaniciens que revint l'arbitrage. Ceux de Renault furent un poil plus rapides que le team BMW. Les deux F1 remontèrent la voie des stands côte à côte à la vitesse limite de 100 km/h ! Aucun des pilotes ne lâcha mais, à la réaccélération, c'est Alonso qui eut, le premier, le pied le plus lourd. Massa ayant également perdu sa place sur ce second ravitaillement, le leader de Renault avait, une nouvelle fois, tiré le maximum possible de la situation : enfin troisième et nullement perturbé par les dernières 24 heures qu'il venait de vivre - une crevaison aux conséquences en cascade lors des qualifications, samedi; une curieuse montée au front, hier matin, dans une conférence de presse où il exprima fortement son dépit (« la F1 n'est plus un sport »), plutôt que d'être soigneusement préservé à l'écart de l'agitation par son équipe.
Jusque-là, le champion du monde limitait les dégâts au Championnat face aux dix points marqués par Schumacher. Hélas, trois tours après le ravitaillement, un piston du V8 Renault en décida sans doute autrement. Le moment était mal choisi : dix à zéro et plus que deux points d'avance au Championnat à trois courses de la fin... « Ce qui nous rassure pour la suite, commentait à l'arrivée Denis Chevrier, responsable de l'exploitation moteur chez Renault, c'est que la performance était là face à une Ferrari que l'on nous présentait comme imbattable à Monza. En partant de notre place normale (5e), nous avions les moyens de nous mêler à la lutte. Cela étant, ça n'aurait rien changé au résultat de Monza car le moteur aurait de toute façon cassé : dans sa remontée, Fernando l'a utilisé exactement dans les plages de sécurité fixées. » Bref, sans tirer dessus comme un sourd.
Ce sont plutôt les mauvais augures que l'Espagnol refuse d'entendre : « Il reste trois courses, nous serons de plus en plus forts », assène-t-il. Il le faudra. Car, malgré le résultat de Fisichella qui, sur un seul pit-stop, hissa la seconde R26 à la quatrième place, et la crevaison de Massa, rejeté hors des points en fin de course, Ferrari a repris hier à Renault la tête de l'un des deux Championnats du monde : trois points d'avance aux constructeurs. Et pour l'autre, on sait désormais de quelle sortie en beauté rêve Michael Schumacher.
Stéphane Barbé (L'Equipe)
