Grand Prix de Hongrie Hungaroring
6 août 2006

L’étoffe des héros
Le GP de Hongrie a mis en valeur, dans des conditions difficiles, le talent d’Alonso et de Schumacher. Et le mérite du vainqueur, Button.
Le départ Le départ Yamamoto Webber Liuzzi Speed Albers Monteiro Alonso Alonso Fisichella Fisichella Schumacher Massa Schumacher Trulli Trulli Ralf Schumacher Coulthard Button et Coulthard Kubica Kubica de la Rosa de la Rosa Barrichello Barrichello Barrichello Button Button

U
n vainqueur et deux héros. De ce Grand Prix de Hongrie au déroulé tumultueux, c’est ce que l’on retiendra le plus aisément. Un vainqueur, Jenson Button, en tous points méritoire. Dans des conditions scabreuses, l’on retrouva chez lui ces qualités qui fondèrent sa réputation, il y a six ans déjà, à ses débuts chez Williams : un pilotage fin et sûr, une régularité sans faille, et ce tempérament imperturbable, quel que soit l’enjeu. Onl’attendait depuis longtemps, depuis 112 Grands Prix très exactement, sur la plus haute marche du podium. Jenson l’a gravie hier, mettant à profit le regain de performance, fraîchement apparu, des Honda.
Quant aux héros, ils naissent, renaissent, s’affirment et s’épanouissent dans les épisodes extrêmes de la course automobile, qui leur doit sans nul doute ses lettres de noblesse. Deux champions au talent incandescent auront rayonné de tout leur éclat, hier : Fernando Alonso et Michael Schumacher. À côté d’eux, tous les autres semblèrent si pâles... à commencer par leurs équipiers, Giancarlo Fisichella et Felipe Massa, réduits à jouer les figurants. Dans ces conditions diaboliques, il n’est pas de lieutenant qui puisse tirer quelque parcelle de gloire car il n’est aucun rôle pour eux, tout simplement. Schumacher et Alonso n’avaient besoin de personne et surtout, pour accomplir le parcours qui fut le leur, ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Sur leur talent phénoménal, sur leur habileté géniale, sur leur audace farouche et leur volonté sans égale.
Ils éclipsèrent jusqu’à celui que l’on place volontiers à leur niveau d’habitude : Kimi Räikkönen. Auteur de la pole-position la veille – avec une voiture relativement légère –, il n’accomplit véritablement aucune action saillante en course. Au départ, il s’élança bien en tête comme il pouvait l’espérer, puis, aux prises avec une adhérence précaire – ses réglages étant mal adaptés aux circonstances –, céda peu à peu du terrain et au 26e tour s’envola sur la Toro Rosso de Liuzzi. Celui-ci, pour laisser passer la McLaren, venait de lever le pied... mais sans s’écarter de la trajectoire. Impossible de l’éviter.
La déception du pilote finlandais, toutefois, n’était rien, sans doute, en comparaison de la frustration infinie qu’éprouva Fernando Alonso, et des regrets amers formés par Michael Schumacher. Ce week-end était si mal parti pour eux, et ils étaient en passe de renverser si magistralement la situation...

L’inconnue pluie. Les deux champions, lourdement sanctionnés vendredi (Alonso) et samedi (Schumacher) par les commissaires sportifs pour manquement à la règle des drapeaux, se retrouvaient onzième (Schumacher) et quinzième (Alonso) sur la grille. La pluie, que les différentes stations météo consultées n’avaient nullement annoncée, tomba, opiniâtre, toute la matinée, et la piste n’avait pas séché au moment du départ. « C’est embêtant, soulignait Ross Brawn, directeur technique de Ferrari.Nous n’avons pas eu l’occasion de tester les pneus pluie depuis une éternité. » Le même constat s’imposait dans toutes les écuries et le Grand Prix démarrait donc dans l’inconnu. Massa s’offrit un tête-à- queue dans le tour de chauffe, De la Rosa en fit autant dans le tour de formation.
Àl’extinction des feux rouges, Michael Schumacher remonta la grille par l’extérieur, Alonso sur ses talons. Tandis que Schumi poursuivait librement sa manoeuvre, Alonso se trouva bloqué par Coulthard et dut jouer fin pour gober, les uns après les autres, les « gêneurs » potentiels. À la fin du premier tour, Räikkönen menait la danse devant Barrichello (Honda), De La Rosa (McLaren)... Schumacher pointant à la quatrième place, devant Fisichella et... Alonso !
Au 3e tour, Button passait Coulthard pour la huitième place. Et surtout, Alonso se tenait déjà en embuscade dans les roues de la Ferrari, élargissant ses trajectoires pour mieux disparaître des rétroviseurs de son adversaire, prêt à plonger dans la première faille qui s’ouvrirait. Au 4e tour, dans un éclair il porta son attaque, et déborda le septuple champion du monde par l’extérieur, sans craindre de poser ses quatre roues sur la partie la plus détrempée du bitume ! « Je tournais deux secondes plus vite que lui à ce moment-là. Même avec énormément de carburant à bord, ma voiture se comportait à merveille », résuma Fernando après coup, sans tirer la moindre gloriole de cet assaut prodigieux.
Au 7e tour, Massa partait en tête-à-queue, alors que Jenson Button dépassait également Schumacher aux prises avec une Ferrari délicate à maîtriser. En fait, tous les concurrents chaussés par Bridgestone admirent, plus tard, leurs difficultés en début de course, sur une piste toujours très humide, tandis que leurs rivaux en Michelin se jouaient des pièges. Au 15e, Fisichella, augmentant d’un cran sa menace sur Schumi, tentait une estocade... Réplique autoritaire du maître. Touchette. Et statu quo ! Fisico réitéra la manoeuvre au début du 17e passage, et réussit. Cette fois encore, la Ferrari et la Renault se frottèrent l’une à l’autre. La rouge y endommagea son aileron avant. Pour l’écurie Renault, le plaisir prodigué par l’audace de Fisichella fut de courte durée : dans sa 18e boucle, l’Italien perdit le contrôle de sa voiture et termina sa chevauchée dans le gravillon. Au 25e tour, Fernando Alonso, maître absolu des éléments, prenait un tour à Michael Schumacher, toujours aux prises avec une tenue de route aléatoire.
L’accident de Räikkönen entraîna l’intervention de la voiture de sécurité, du 26e au 32e tour. L’avance d’Alonso sur le Finlandais se montait alors à 39 secondes ! Premier – mauvais – signe d’un sort obstiné à ne pas lui sourire ? Fernando n’en eut cure, se relançant allégrement dès que la « safetycar » s’écarta, les frères Schumacher traversant pour leur part des épisodes chaotiques : Ralf fut presque bouté hors piste par Felipe Massa, et Michael partit en toupie... sans caler.

Tout bascule pour Alonso. La piste s’asséchant, on vit peu à peu renaître les poursuivants d’Alonso. Derrière lui, Button se mit à hausser le rythme. Kubica dépassa Massa pour le huitième rang. Michael Schumacher retrouva au volant de sa Ferrari des sensations plus conformes à la normale. Au point qu’au 44e tour, il se trouvait en mesure de gober la BMW de son compatriote Heidfeld, et de se poster en cinquième place, derrière Alonso, Button, de la Rosa et Barrichello. Le ballet des ravitaillements allait commencer, les pilotes songeant de plus en plus sérieusement à monter des pneus pour le sec...
Et c’est là que le destin – farouchement contraire, ce week-end ! – bascula pour Fernando Alonso : toujours leader, il s’arrêta au 51e tour, en même temps que de la Rosa. À peine avait-il quitté la voie des stands qu’on le comprit en difficulté : la Renault parut se dérober. En vérité, l’écrou de la roue arrière droite venait de s’échapper. On apprit dans la soirée qu’il ne s’agissait pas d’une erreur de manipulation, mais d’un ennui mécanique : le système de sécurité de la roue, ne s’étant pas désactivé au moment opportun, endommagea du même coup l’écrou et compromit l’efficacité de son serrage.
Littéralement accablés, les hommes de Renault pliaient déjà bagages lorsque se produisit l’ultime rebondissement, à trois tours de l’arrivée : Michael Schumacher, ferraillant avec des pneus à l’agonie – il avait choisi de conserver les intermédiaires –, tentait de repousser les assauts de Nick Heidfeld, après avoir cédé devant de la Rosa au 66e tour. Schumi répliquant vertement à son compatriote – le podium était en jeu – la Ferrari et la BMW se touchèrent, et presque aussitôt la première se mit à ralentir.
Direction endommagée, Schumacher se trouvait contraint à l’abandon. Flavio Briatore aurait pu trouver là quelque consolation... mais le patron de l’écurie Renault s’était échappé du circuit à huit tours de l’arrivée, escorté de sa dernière conquête, laissant seuls ses hommes et Alonso. Dans la soirée, c’était Fernando lui-même, en vrai patron, qui prenait soin de rassurer les troupes : « Cette course, nous l’avons dominée, martela-t-il. C’est bon signe pour la suite du Championnat. Je pense que nous serons devant ! ».


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 



le circuit

 

Le départ Le départ Sato Webber Liuzzi Speed Monteiro Monteiro Alonso Alonso Fisichella Fisichella Schumacher Massa Schumacher Ralf Schumacher Trulli Ralf Schumacher Coulthard et Trulli Klien Heidfeld Heidfeld Raikkonen de la Rosa Button Button Button Button

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