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Grand Prix d'Europe | Nürburgring 7 mai 2006 |
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Schumacher était le plus fort | ![]() |
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IL EST DES VICTOIRES plus belles que d’autres. Et des défaites plus ou
moins amères. Michael Schumacher débordait de joie à Imola, en cueillant
il y a deux semaines son premier
« vrai » succès depuis le Grand Prix
du Japon 2004. Fernando Alonso, le
vaincu du jour, souriait en attendant
l’heure de la revanche. Il savait,
disait-il, sa Renault plus rapide que
la Ferrari en course ; et
seule la configuration du circuit, interdisant tout dépassement, l’avait
empêché de le démontrer. Ferrari a donc négocié mieux que les autres ce premier tournant de la saison : l’entrée du Championnat dans sa phase européenne. Après la victoire de Michael Schumacher à Imola, il importait à Renault, et plus encore à McLaren-Mercedes, de ne pas laisser l’adversaire s’installer dans la réussite. Ne pas le laisser partir dans une spirale ascendante. Il importait de casser l’élan redoutable. Mais les deux équipes échouèrent et, semble-t-il, hésitaient à s’en expliquer les raisons. Sur ce point, tout le monde ne jouait pas la même partition chez Renault. Avant de quitter le circuit dans la Maybach noire de Bernie Ecclestone, sur les coups de 16h30, Flavio Briatore lâcha ce commentaire expéditif aux médias italiens : « Ici, les voitures chaussées par Bridgestone étaient mieux que les autres. » De son côté, Pat Symonds, le stratège et diplomate de l’écurie, assurait que ses pilotes n’avaient rencontré « aucun problème de pneumatiques pendant la course ». Dans le communiqué officiel, on fit entonner le même couplet pacificateur à Fernando Alonso qui, pourtant, à sa descente du podium exprimait franchement son sentiment : « Il nous faut progresser un peu dans tous les domaines (sur la voiture). Et faire très attention en ce qui concerne les pneus. Si Michelin reprend l’avantage sur Bridgestone, on pourra voir à l’avenir des courses différentes de celle-là. » Martin Whitmarsh, directeur général de McLaren, eut le mérite d’exposer plus simplement la situation : « Je pense que nous nous sommes trompés dans la présélection des pneus. » À l’issue des essais privés, en fonction des recommandations du manufacturier, et selon ses propres objectifs, chaque team détermine en effet deux types de pneumatiques, entre lesquels il effectue son choix final le samedi, avant les qualifications. L’exercice était particulièrement difficile en vue du Nürburgring, dans l’incertitude des conditions météorologiques : il était tombé de la neige huit jours plus tôt sur le circuit – à l’heure de la « présélection » –, on craignait une piste froide... mais la température du bitume monta hier à 40 degrés. Et l’on admettait, chez Michelin, avoir misé peut-être sur une « fenêtre » qui se trouva ne pas coller parfaitement à la réalité du week-end. McLaren se plaignit trois jours durant d’un manque d’adhérence. Renault souffrit du même « mal » pendant les essais libres de vendredi, parut le maîtriser samedi mais retomba dans les mêmes tracas hier, tandis que Ferrari et Bridgestone parvenaient à s’accommoder mieux des données environnementales. Fernando Alonso, parti en tête, déploya toute son énergie à rester aux commandes du Grand Prix d’Europe. Il s’y maintint trente-huit tours durant. Ne dut qu’à un premier ravitaillement très bref (17e tour) de conserver provisoirement son leadership. Cravacha ferme, sans réussir à lâcher Schumacher, à creuser sur la Ferrari un écart salvateur. Au second ravitaillement, il perdit l’avantage. « Bien avant déjà, nous avions compris qu’il ne pourrait pas ressortir devant », confiait Pat Symonds à l’arrivée. Au-delà de ce nouveau duel, arbitré par les stratégies, le Grand Prix d’Europe, contrairement à ce que l’on pouvait en espérer, n’aura pas livré de spectacle inoubliable. Kimi Räikkönen, qui ne parvint jamais à s’affranchir de la Ferrari de Massa, termina quatrième d’un parcours échevelé – « J’ai tout donné, mais je n’ai rien pu faire ! ». Seule une lutte rapprochée entre Villeneuve (alors 9e), Fisichella (10e) et Montoya (11e) vint animer la mi-course. Autre épisode notable : la remontée de Nico Rosberg, au volant de sa Williams Cosworth. Parti dernier sur la grille à cause d’une pénalité – recul de dix places pour avoir dû changer de moteur samedi après-midi – Nico, appliquant à la lettre la tactique de son écurie, finit septième, à 4/10 de seconde de Giancarlo Fisichella. Confirmant la leçon d’Imola, le Nürburgring a montré hier ce que pourrait bien être la suite du Championnat 2006 : une bataille étroite entre les top teams, séparés les uns des autres par quelques dixièmes de seconde. Dans ce contexte, la moindre imperfection se voit immédiatement sanctionnée. Renault pécha par sa stratégie à Imola. Par une inadéquation – peut-être – de ses pneus à la piste ce week-end, tout comme McLaren. Et Ferrari s’imposa. Alonso ne compte plus que treize points d’avance sur Schumacher – vingt et un sur Räikkönen – et Renault plus que seize sur la Scuderia – vingt-quatre sur McLaren. Un sursaut des Flèches d’argent, dans l’intérêt de la compétition, serait forcément le bienvenu dans une semaine en Espagne...
Anne Giuntini (L'Equipe)
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