Grand Prix de Chine Shanghaď
1er octobre 2006

Une lutte de géants

Le Grand Prix de Chine, disputé sur une piste humide au début et s'asséchant ensuite, donna lieu à des rebondissements multiples, en tous points du peloton. Mais le duel entre Fernando Alonso et Michael Schumacher, parfaitement haletant, les occulta tous.

Pour le championnat du monde, c'est un développement magnifique. Pour Renault, une belle occasion manquée. L'écurie française était partie pour dominer, avec ses deux pilotes, le week-end de Shanghai. En définitive, au terme d'une course imparfaitement menée par l'équipe, elle n'aura récolté que les places d'honneur : les deuxième et troisième marches du podium, sur lequel Fernando Alonso et Giancarlo Fisichella encadraient le grand vainqueur du jour, Michael Schumacher. C'est lui, désormais, qui mène au Championnat : bien qu'à égalité de points avec Alonso (116), il affiche en effet une victoire de plus, sept contre six.
L'état-major du « Renault F1 Team » avait beau se féliciter, hier soir, d'avoir repris l'ascendant sur Ferrari au classement des constructeurs - pour un point : 179 à 178 -, l'atmosphère à l'arrière du garage, dans le camp des techniciens, n'en était pas moins chargée d'amertume.
Jeudi dernier, Alonso avait prévenu : « S/ nous faisons bien notre travail, nous mériterons de gagner et c'est ce qui se passera. »On ne pouvait être plus clair. Pour tenir tête à Schumacher et Ferrari, il fallait être en mesure de fournir une prestation irréprochable.
Le calvaire d'Alonso
Sans doute Fernando avait-il encore à l'esprit cette « prophétie », lorsqu'il rendit hommage à son adversaire, peu après la course : « Il n'y a rien à dire. Cette victoire, Michael l'a méritée. »Il est allé la chercher, en y mettant tout son art et son infinie maîtrise. Il l'a construite, sur sa science de la compétition et son habileté à saisir la moindre opportunité. Le succès ne lui était pas acquis, loin s'en faut, à l'heure de la mise en grille, sous le ciel menaçant de Shanghai, et sur une piste très humide encore. D'une certaine manière, en accumulant les erreurs, Renault lui a donné sa chance, et il l'a saisie avec brio. À l'arrivée, la joie de Schumacher semblait sans bornes. Il est vrai que le déroulé du week-end avait fait alterner le chaud et le froid chez Ferrari : compétitive vendredi, la voiture et ses pneus se trouvèrent distancés samedi, lors des qualifications sous la pluie, où le septuple champion du monde sauva malgré tout une sixième position, essentielle en vue du départ. Ce Grand Prix de Chine, il l'abordait avec méfiance, presque certain de ne pouvoir l'inscrire à son palmarès. Aussi, en début de course, en vint-il à s'étonner de rouler à peu près dans le rythme des leaders... Pas dans celui d'Alonso, certes, car l'Espagnol évoluait à ce moment-là sur une autre planète, tournant en moyenne une seconde au tour plus vite que son propre équipier, Fisichella ! Mais Schumi, seul chaussé de gommes Bridgestone, tenait la cadence du groupe de chasse aux avant-postes, Button-Räikkönen-Fisichella, tous en montes Michelin. L'éblouissante prestation d'Alonso dura quinze tours. Puis, le bitume commençant à sécher, les pneus de la Ferrari retrouvèrent petit à petit de la performance. Dans le même temps, le leader butant sur les premiers retardataires, son avance sur Schumi, inexorablement, s'amenuisa. De 25" au 15e tour, elle était tombée à 19" au 20e, juste avant le premier ravitaillement en essence de la Ferrari. Lentement, le cours des événements était en train de s'inverser... « Mes pneus avant se dégradent, prévint Alonso par radio. Qu'est-ce qu'on fait ? »En changer impliquait un risque de grainage, souvent inhérent aux pneus neufs durant leurs premiers tours. Mais Fernando avait une telle avance... Après tout, pourquoi ne pas miser plutôt sur une option sécuritaire ? Quand il s'arrêta au stand, au 22e tour, on fit donc monter des gommes neuves à l'avant. Comme prévu, celles-ci se mirent à « grainer »... Mais longtemps. Beaucoup trop longtemps. « En principe, le phénomène dure quatre ou cinq tours, commentait après coup Alonso. Mais là, il m'en a fallu huit ou neuf avant de retrouver de l'adhérence. «Un calvaire ! En six tours, Giancarlo Fisichella - qui pour sa part avait conservé ses trains initiaux - lui reprit ainsi 10 secondes. Au 30e passage, « Fisi » s'installait au commandement. Au 31e, Schumacher s'emparait de la deuxième place, croquant d'un joli coup de dents Alonso impuissant, qu'en quatre tours il reléguait à 10"... Le pari de l'équipe se révélant tout bonnement calamiteux, autant en prendre un autre et miser sur l'assèchement de la piste. Au 35e tour, rappelé au stand, l'Espagnol fut donc le premier des hommes de tête à passer en pneus « sec ». Las ! la manœuvre s'éternisa : 19"2 ! À l'arrière droit - comme en Hongrie -, l'écrou de roue s'échappa cette fois du pistolet pneumatique. Erreur humaine ou problème technique ? Quoi qu'il en fût, si Fernando Alonso avait encore une chance de remonter sur Schumacher et Fisichella en fin de course, elle venait là de s'envoler. C'en était définitivement fini de ses rêves de victoire.
Une ombre cruelle sur Fisichella
Restait pour Renault l'espoir—faible,compte tenu du calibre de l'adversaire - de voir Giancarlo Fisichella résister au retour de Michael Schumacher. Au 41e tour, l'écurie réussit un « pit-stop » parfait qui permit à son pilote de reprendre la piste devant Schumi. Mais Fisi n'y resta pas longtemps. Quelques centaines de mètres à peine. Jusqu'à l'entrée du premier virage. D'autres avant lui - à commencer par Schumacher, un tour plus tôt - avaient failli perdre le contrôle de leur voiture à cet endroit, chaussés de pneus encore froids sur une piste partiellement glissante. Oublia-t-on de le prévenir ? Aborda-t-il l'obstacle avec une trop belle confiance ? Il partit en dérapage, quitta la trajectoire, ce dont Michael Schumacher profita instantanément. Mordant sur l'herbe, la Ferrari s'engouffra dans la brèche, et dès lors n'eut plus qu'à rouler intelligemment vers la victoire. Derrière à 22", Fernando Alonso entama une remontée héroïque. En cinq tours, il reprit 13" à son équipier Fisichella. Au 48e, il le dépassa. Au 49e, s'adjugea le meilleur chrono, en 1 '37"586. Il savait néanmoins que la première place était illusoire, sauf incident pour Schumi. Il cueillit la deuxième avec amertume.
En définitive, cette bataille de géants, outre le fait qu'elle jeta sur Fisichella une ombre cruelle, occulta le reste du Grand Prix de Chine... L'abandon de Kimi Räikkönen au 19e tour, sur un problème de commande d'accélérateur. Le beau parcours de Mark Webber, plein d'audace : 8e, il rapporte un point à Williams, qui n'avait plus marqué depuis le Grand Prix d'Espagne, le 14 mai ! Les progrès discrets mais constants de Honda - Button 4e, Barrichello 6e. Et ceux, non moins constants, mais plus remarquables, de BMW pour sa première saison sous ses propres couleurs.
L'affrontement entre Michael Schumacher et Fernando Alonso, en cette fin de saison, escamote quelques épisodes sur lesquels on s'attarderait d'ordinaire avec appétit. Mais ils sont, en ce moment, seuls au monde. Le spectacle de leur rivalité n'a plus que deux Grands Prix à vivre. Ne boudons pas le plaisir qu'il nous donne...


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix


Le circuit

 


Le départ Trulli Trulli Albers Sato Speed Speed Doornbos Coulthard Rosberg Webber Kubica Kubica de la Rosa Raikkonen Barrichello Button Alonso Fisichella Michael Schumacher Michael Schumacher podium
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