ichael Schumacher peut partir l'esprit tranquille. La relève est assurée. Fernando Alonso s'avance comme un digne successeur du champion allemand. En terminant sa saison avec panache sur la deuxième marche du podium brésilien, derrière Felipe Massa, le Brésilien, et devant l'Anglais Jenson Button, il est devenu champion du monde pour la deuxième fois consécutive, à tout juste 25 ans. Terminant son tour d'honneur, des sanglots dans la voix et la visière baissée pour cacher ses larmes, l'Espagnol lâchait en français dans sa radio : «Merci, merci à tous !» avant de souhaiter le meilleur pour le futur de l'équipe Renault qu'il va quitter.
Celui qui, avant ce 18e et dernier Grand Prix 2006, pouvait encore lui contester ce titre, Michael Schumacher, va quitter la F1 après avoir offert au public une dernière course collector. Mais, sur la très sélective piste d'Interlagos, le miracle attendu du côté de Maranello, fief de la Scuderia Ferrari, n'a pas eu lieu. En fait, c'est au Japon il y a quinze jours que les derniers espoirs de l'Allemand de prendre sa retraite de pilote riche d'un 8e titre se sont évaporés dans la fumée d'un moteur cassé. Avec l'obligation de gagner la dernière course sans qu'Alonso ne fasse mieux que 8e, «Schumi» n'était plus maître de son destin. D'autant que l'Espagnol n'avait jamais terminé plus loin que 5e cette saison.
Intouchable lors des trois séances d'essais et en début de qualification, Schumacher voyait ses chances plus compromises lorsqu'une pompe à essence déficiente le clouait à son stand, le reléguant à une lointaine 10e place sur la grille. Pendant ce temps, Alonso et Renault pouvaient se permettre d'assurer. Ayant fait son deuil disait-il du titre des pilotes, Schumacher s'était juré d'aider Ferrari à conquérir celui des constructeurs. Alors que l'autre Ferrari pilotée par Massa s'échappait, comme prévu, en tête de la course, il entamait une incroyable remontée, d'abord interrompue par la violente sortie de piste de Rosberg, nécessitant l'intervention de la voiture de sécurité, puis avortée suite à une crevaison à l'arrière gauche.
Alonso, concentré sur la seule obligation de terminer dans les points, pouvait alors adopter un rythme favorisant la sécurité. Repoussé à la dernière place après cet incident, et d'une certaine façon libéré lui aussi, Schumacher offrait alors l'une des plus belles remontées de sa carrière, croquant un par un ses adversaires pour revenir dans la zone des points, effaçant les pilotes BMW (Heidfeld et Kubica), oubliant son ancien équipier (Barrichello), ridiculisant Fisichella, humiliant Räikkönen, son remplaçant chez Ferrari, pour échouer à la 4e place. Après une telle course, et pour sa dernière apparition en F1, Schumacher aurait mérité de monter sur le podium. Il se contente de quitter le paddock par la grande porte et avec les honneurs.
Lionel Froissart (Libération)
