Grand Prix de Bahreïn Sakhir
12 mars 2006

Fernando Alonso confirme à Bahreïn

La première manche du Championnat a partiellement levé le voile sur les forces en présence, soit quatre écuries, prêtes à s'affronter pour le titre mondial. De la qualité de leurs développements dépendra la suite des événements : l'une d'elles se détachera-t-elle du lot ? Se tiendront-elles jusqu'au bout dans un mouchoir ? Suspense !

Les trois meilleurs pilotes du monde sur le podium ! Fernando Alonso, Michael Schumacher, Kimi Raikkonen, dans cet ordre hier à Bahreïn. Sans compter un quatrième larron sur leurs talons : Jenson Button, à six dixièmes de seconde.

Les essais de l'intersaison avaient donc révélé un panorama très juste des forces en présence : Renault, Ferrari, McLaren-Mercedes et Honda sont parties pour se livrer cette année une lutte sans merci. La confrontation s'annonce d'autant plus serrée que les deux manufacturiers de pneumatiques, Bridgestone (pour Ferrari) et Michelin (pour les trois autres) semblent répondre aux exigences du règlement 2006 avec une égale efficacité mais des arguments sensiblement différents.

Pour compléter ce tableau sportivement réjouissant, Williams - la seule équipe, avec McLaren, à placer dans les points ses deux voitures - fit bien plus que de la figuration, et en prime vit l'un de ses pilotes, Nico Rosberg, s'adjuger le meilleur tour en course (1'32"408). Williams, unique écurie de pointe contrainte d'acheter ses moteurs (Cosworth) depuis son divorce d'avec BMW, assène une leçon de savoir-faire aux nanties. Patrick Head, cofondateur du team avec Frank Williams au début des années 1970, ne boudait pas son plaisir à l'arrivée : « Nous n'avons pas pour habitude de fêter une 6ème et une 7ème place, mais celles-ci aujourd'hui nous rendent particulièrement heureux », avouait-il. Parce qu'elles illustrent autant les compétences techniques de la maison que son esprit combatif, et adressent à l'ancien partenaire qui les mettait en doute, un fort joli pied-de-nez.

Le Grand Prix de Bahreïn, disputé dans des conditions nettement plus fraîches que l'édition 2005 -22 °C hier contre 42 °C l'an passé ! -, n'aura pas manqué d'action, de dépassements, ni de suspense, du début à la fin de la course, de la queue à la tête du peloton. De Raikkonen, parti 22e et dernier sur la grille - suspension cassée la veille dans la première séquence des qualifications - et remontant neuf places en deux tours, à Nico Rosberg (20ans, fils de Keke) auteur d'un parcours haletant qui aurait pu le conduire sur le podium... sans cet accrochage avec la BMW d'Heidfeld au départ. Des héros, des artistes, des funambules, le public de Sakhir en vit tout au tong des cinquante-sept tours. Une heure et vingt-neuf minutes de spectacle ininterrompu. Avec d'incessantes passes d'armes, qui. au gré des arrêts-ravitaillement, se rejouèrent même plusieurs fois : ainsi Button (Honda) et Montoya (McLaren) se trouvèrent-ils à ferrailler durement au 11e tour, puis au 29e encore. Tout comme Heidfeld et Coulthard (Red Bull) aux 15e et 35e tours.

La vie n'était pas plus douce aux avant-postes. Si Michael Schumacher parvint sans encombre à franchir le premier virage en tête, son équipier Felipe Massa eut fort à faire face à Fernando Alonso. Le champion du monde en titre n'allait pas se laisser enfermer sans broncher. Feinté dans les premiers hectomètres, au quatrième virage il dépassait déjà la Ferrari du Brésilien. Pas question d'offrir à Schumacher la moindre chance de s'échapper. La suite des événements confirma qu'avec un soupçon de marge en plus, le septuple couronné aurait filé vers la victoire.

Les golden laps de ses pneus Bridgestone, ces quelques tours durant lesquels les gommes atteignent un pic d'efficacité avant de se stabiliser, firent impression. Schumi repartant des stands chargé d'essence mais en pneus neufs, tournait quasiment aussi vite que Fernando Alonso en fin de relais, délesté de son carburant !
Alonso et Renault durent jouer fin pour pouvoir prendre l'avantage au second pit-stop. « Notre meilleure chance était de faire des relais plus longs que nos concurrents afin d'exploiter la performance de nos Michelin - dont la force réside dans la constance - mais c'est passé juste ! », constatait à l'arrivée Pat Symonds, stratège de Renault.

L'écurie française, très tôt, sut qu'elle ne pourrait miser que sur une seule de ses deux voitures. Malgré les corrections apportées à son moteur, défaillant la veille en qualifications, Giancarlo Fisichella connut dès le début de course les mêmes ennuis et boucla vingt tours avec un déficit d'une cinquantaine de chevaux... avant de capituler dans le 21e, victime d'une panne hydraulique. Ferrari se révélait guère mieux lotie : Felipe Massa commit un tête-à-queue au 8e tour, et dut s'arrêter pour monter des gommes neuves... mais il perdit là plus de 46 secondes, par la faute d'un pistolet pneumatique récalcitrant, et passa le reste de l'épreuve à combler son retard, roulant « à fond tout le temps ». Neuvième, il échoue aux portes des points. Tandis que Fernando Alonso étrennait de la plus belle manière son statut de numéro 1, Michael Schumacher expliquait comment cette victoire aurait pu lui revenir, à lui : "l'un de nos tours de qualification n'a pas été pris en compte par la FIA au moment de nous allouer notre essence, au matin de la course (*), et ce fut un facteur décisif en notre défaveur », plaida-t-il. Kimi Raikkonen, troisième au terme d'une nouvelle démonstration magistrale de sa combativité et de son talent, cueillit gentiment ses six points, sourire en coin, attendant avec appétit la suite... « Tout le monde disait que nous n'étions pas prêts, mais il est clair à présent que nous avons énormément progressé au cours des dernières semaines. » De fait, si la McLaren roulait hier « à l'économie de régime » pour épargner un moteur que l'on dit encore fragile, qu'en sera-t-il lorsque le V8 Mercedes donnera enfin sa pleine mesure ?

L'adversaire le plus redoutable d'Alonso se trouve peut-être bien là. À moins, il est vrai, que Button et sa Honda, handicapés hier par un problème d'embrayage au départ, ne viennent tout bousculer dès la prochaine manche... dans une semaine en Malaisie !

(*) Les dix premiers du classement des qualifications, contraints de prendre le départ de la course avec la quantité d'essence embarquée au début de la Super Pole, se voient allouer le dimanche matin une quantité de carburant forfaitaire, selon le nombre de tours couverts en qualifications.


Anne Giuntini (L'Equipe)

Les résultats du Grand Prix

 

 



le circuit

 

 



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