Grand Prix de Turquie Istanbul
21 août 2005

Raikkonen bosse fort

M ike Tyson a failli rater le départ du premier Grand Prix de Turquie. Comme la plupart des 90 000 spectateurs, le poids lourd américain, invité de l'écurie Renault, est resté coincé pendant des heures dans les indescriptibles embouteillages qui ont paralysé la circulation pendant plusieurs heures entre le coeur historique d'Istanbul, situé sur le continent européen, et l'Otodrom, érigé à une cinquantaine de kilomètres de là, en Asie. Une fois parvenu sur la grille de départ, l'ancien champion du monde de boxe a serré plus de mains que les innombrables membres du gouvernement turc venus se montrer à l'occasion de ce Grand Prix inaugural que la Turquie a payé au prix fort. Tyson, poli, n'a pas manqué d'aller encourager Kimi Raikkonen déjà sanglé dans sa McLaren et pour le moins surpris de voir l'impressionnant visage tatoué d'«Iron Mike» se pencher vers son cockpit. Après avoir quelque peu bousculé le protocole et les stricts horaires de la F1, l'Américain s'est fait plus discret pour assister à cette quatorzième course de la saison que ne pouvaient pas se permettre de rater les équipes McLaren-Mercedes et Renault en bagarre pour les titres mondiaux.

 

Même scénario. Si les marchands de voitures s'intéressent de près au classement des constructeurs, les puristes se passionnent eux pour celui des pilotes. Les 309 kilomètres de l'épreuve turque n'ont pas changé grand-chose au suspense entretenu par Kimi Raikkonen et Fernando Alonso depuis le début de la saison. Depuis quelques courses, le même scénario se répète. Le Finlandais domine les essais et les courses et l'Espagnol, jamais très loin, profite de chaque opportunité ou de la moindre défaillance technique de son adversaire pour marquer un maximum de points.

Sur le toboggan turc, qui a fait l'unanimité parmi les pilotes, Fernando Alonso a encore limité les dégâts d'une manière inespérée. Alors que Kimi Raikkonen, malgré un départ un peu laborieux, était nettement le plus rapide, la Renault de Fernando Alonso est parvenue à se glisser dans son sillage dans l'avant-dernier tour. Il a fallu pour cela deux énormes erreurs de Juan Pablo Montoya pour que le Colombien cède une deuxième place qui aurait assuré le premier doublé de la saison à l'équipe McLaren.

 

Bourde. C'est d'abord en doublant en coup de vent la Jordan du Portugais Tiago Monteiro que Montoya a commis sa première bourde, se rabattant trop brutalement. Percuté par la monoplace qu'il venait de doubler, il partait en tête à queue, laissant dans l'aventure plus de quatre secondes sur les six d'avance qu'il possédait sur Alonso. Quelques kilomètres plus loin, les pneus de sa monoplace ayant souffert, Montoya partait trop au large dans la triple courbe à gauche, la plus redoutable du circuit. Le temps de revenir en piste, et Alonso était déjà passé.

 

Voilà 2 points offerts à la concurrence qui pourraient coûter cher à son équipier Kimi Raikkonen à l'heure des derniers comptes pour l'attribution du titre mondial. Compte tenu de la compétitivité des McLaren, chaque point gratté par Renault est une aubaine. C'est en tenant ce raisonnement qu'Alonso s'est consolé après la course : «Je suis un peu surpris d'avoir récupéré la deuxième place sur un coup de chance, mais il faut aussi savoir saisir les opportunités. Je n'ai jamais relâché la pression sur Montoya et c'est de cette façon que j'ai profité de son erreur. Nous savons que les McLaren sont plus rapides, mais c'est toutefois une déception de ne pas rivaliser avec elles.» D'autant que les cinq courses restant à disputer sur des circuits impitoyables seront autant de terrains favorables aux qualités des McLaren-Mercedes.

 

Patinage. Mais, n'ayant concédé que 2 points à son rival finlandais, Fernando Alonso possède encore un petit matelas de 24 points d'avance. A la cadence où Raikkonen comble son retard, il ne rattrapera pas l'Espagnol avant le milieu de la prochaine saison. A condition que la Renault préserve sa remarquable fiabilité et «trouve plus de vitesse», comme l'a réclamé le boss, Flavio Briatore. Raikkonen, qui a remporté hier à Istanbul sa cinquième course de la saison, n'a connu aucun problème, sinon une petite alerte, après avoir trop patiné au départ et s'être fait quelques frayeurs en doublant des retardataires. «Mais nous avions une stratégie parfaite et la meilleure voiture», a-t-il indiqué.

 

Les pilotes Ferrari ne peuvent pas en dire autant. Barrichello (dixième !) et Schumacher (abandon), complètement à la dérive durant tout le week-end, espèrent simplement redresser la barre devant les tifosi dans quinze jours à Monza.


Lionel Froissart (Libération)

Les résultats du Grand Prix

 

 


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