Grand Prix d'Espagne Barcelona
8 mai 2005

Raikkonen, le sang-froid d'Espagne

Le départ Patrick Friesacher Monteiro Villeneuve Barrichello en qualification Schumacher Schumacher Coulthard aux essais Coulthard aux essais Coulthard Heidfeld aux essais Trulli en qualif Zonta aux essais Trulli Fisico aux essais Fisico en qualif Alonso en qualif Alonso Montoya Montoya Raikkonen Raikkonen Podium

L e glaçon finlandais n'a pas fondu dans le chaudron du circuit catalan. Pole position, victoire, congratulations de ses patrons, applaudissements nourris des mécaniciens de McLaren-Mercedes, douche au champagne sur le podium, félicitations du roi d'Espagne, tapes dans le dos des admirateurs. Rien n'y a fait, Kimi Raikkonen n'a pas décroché le moindre sourire, et n'a pas prononcé un mot plus haut que l'autre. Presque pas de mot du tout d'ailleurs. C'est que Raikkonen, qui n'est pas du genre expansif, n'a pas son pareil pour dissimuler son intense jubilation intérieure. Il a pourtant remporté hier sa première course de la saison en oubliant tous ses adversaires, la Renault de Fernando Alonso et les Toyota de Jarno Trulli et Ralf Schumacher.

 

Trio latin. Ce résultat propulse le pilote McLaren à la troisième place du classement du championnat du monde et au coeur d'un trio de pilotes latins : Alonso, Trulli et Fisichella. Mais, pour la cinquième fois de la saison, c'est l'Espagnol Fernando Alonso qui a fait la meilleure opération, d'autant que l'épouvantail Michael Schumacher a pris un sérieux coup de vent, déplorant son troisième abandon de la saison (sur double crevaison) alors qu'il ne pouvait pas espérer beaucoup mieux qu'une troisième place. Les rares tifosi sont repartis avec leurs oriflammes en berne. Ils ont de toute façon été noyés tout le week-end dans un océan azur. Si Imola avait fait un bide auprès des supporteurs italiens il y a quinze jours, les aficionados ont fait un tabac à Barcelone. A quelques minutes du départ, ils étaient près de 120 000 entassés dans les gradins. Avant de rejoindre leur place, la plupart des spectateurs avaient pris le temps de dévaliser les boutiques ambulantes proposant la reproduction des vêtements des écuries. Dans les tribunes comme sur la piste, l'équipe Renault domine très nettement la concurrence, ses couleurs et celles de la région des Asturies ­ d'où est originaire Alonso ­ étant identiques : bleu et jaune. En Italie, sur la piste de «Schumi» et Ferrari, Alonso avait démontré qu'il est désormais taillé pour le combat, en résistant au septuple champion du monde. Cette fois, c'est à la pression populaire que le natif d'Oviedo a résisté pendant quatre jours, sans jamais se désunir ni perdre de vue son objectif. Un peu blême avant de s'installer dans sa voiture, recevant les chaleureux encouragements de son supporteur numéro 1, le roi en personne, Alonso n'a rien perdu de ses moyens. Il voulait gagner devant son public pour le remercier de sa ferveur, mais très vite, malgré un excellent départ, le pilote Renault a compris qu'il lui faudrait comme à Imola un coup de pouce de la chance ­ sous la forme d'un abandon de la McLaren de tête ­ pour espérer l'emporter.

 

Marge de sécurité. Mais ce que n'avait pas concrétisé Raikkonen à Imola, le Finlandais l'a réalisé sur l'éprouvant circuit catalan. A la manière d'un Schumacher des grands jours, Raikkonen s'est envolé en empilant les meilleurs tours pour se ménager une marge de sécurité en vue des arrêts au stand. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Cette victoire signe à coup sûr le retour au sommet de l'écurie McLaren-Mercedes. Instruits de ce constat, les hommes de Renault ont joué la sécurité, comme le soulignait Fernando Alonso après l'arrivée : «Nous savions que McLaren serait très rapide ici et l'écart avec nous est la traduction des petits problèmes que nous avons connus durant le week-end. Ce ne sera plus le cas à Monaco dans quinze jours. Etre monté sur le podium aujourd'hui devant un public aussi enthousiaste me procure le même sentiment qu'une victoire.»

Malgré la menace persistante de Ferrari et Toyota et le retour en force de McLaren, l'équipe Renault croit de plus en plus en ses chances, comme le souligne Flavio Briatore : «On ne peut pas gagner toutes les courses et il faut être capable de penser au championnat. Avoir nos deux voitures dans les points est un résultat fantastique.»

Lionel Froissart (Libération)

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