Grand Prix du Canada Montréal
12 juin 2005

Renault se plante, Raikkonen récolte

A quelques minutes du départ du Grand Prix du Canada, accablés par la chaleur (33 degrés dans l'air, 10 de plus sur la piste et près de 60 % d'humidité) qui régnait sur l'île Notre-Dame à Montréal, les pilotes s'inquiétaient plus de la tenue de leur mécanique que de leur santé. Sur ce tracé impitoyable pour les freins et les transmissions, et peu tendre pour les moteurs sollicités à pleine charge pendant près de 55 % du tour, rejoindre l'arrivée est déjà une performance. Même Alonso et Fisichella, les pilotes Renault, ne semblent pas totalement rassurés, une rumeur affirmant que leur dix cylindres a souffert pendant les essais libres et pourrait ne pas tenir la distance. Toutefois, ils s'appuient sur une stratégie très pointue, sachant que la plus grande menace vient de l'écurie McLaren-Mercedes et ses deux pilotes (Montoya et Raikkonen).

Avant même le premier freinage, les duettistes de l'écurie Renault sont rassurés. Leur envol est un rêve, Fisichella parvenant même à prendre l'avantage sur Button, qui partait en pole position. Quant à Schumacher, qui s'élançait également de la première ligne, il a complètement loupé son départ, chutant en sixième position, annulant sa performance des qualifications. L'Italien devant l'Espagnol, les deux Renault s'échappent en cadence, oubliant même les McLaren. En s'arrêtant les premiers, Schumacher et Button confirment qu'ils ont tenté un coup de bluff en qualifications.

 

Jusqu'à l'approche de la mi-course, les Renault sont en démonstration. Puis Fisichella baisse sa cadence, au point d'être inquiété par son équipier. Jusqu'au 33e tour, où l'Italien s'efface, mécanique (hydraulique) en berne. Alonso s'envole vers une victoire qui lui donnerait un avantage presque décisif au championnat. Mais l'Espagnol ne va pas beaucoup plus loin. Il touche un mur et y laisse sa suspension arrière. La piste est grande ouverte pour les McLaren-Mercedes. D'autant que Button (BAR) s'arrête, lui aussi, dans un mur. Un incident qui justifie l'apparition de la voiture de sécurité et celle de la plupart des pilotes dans la ligne des stands pour ravitailler. C'est là que Juan Pablo Montoya, qui s'était retrouvé en première place avec sa McLaren, abandonne tous ses espoirs, victime d'une panne de cerveau. En repartant des stands, le Colombien au sang chaud néglige le feu rouge et double plusieurs concurrents en se replaçant alors que la course est neutralisée. La sanction est immédiate : drapeau noir, soit exclusion du Grand Prix.

 

Reste l'imperturbable Kimi Raikkonen, qui hérite de la tête, mais aussi de la menace de Michael Schumacher, qui est passé à travers toutes les embûches. Mieux, la Scuderia Ferrari est sur le point de créer la sensation, avec Rubens Barrichello qui se retrouve troisième après l'abandon de Trulli sur problèmes de freins. Mais, cette fois, le Finlandais, qui avait vu la victoire lui échapper à un tour de l'arrivée au Grand Prix d'Europe, tient sa revanche. En contenant Schumacher jusqu'au bout, il décroche sa troisième victoire de la saison. Avec l'abandon d'Alonso, elle compte double et permet au pilote McLaren de revenir à 22 points de l'Espagnol.

 

Lionel Froissart (Libération)

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