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Grand Prix de San Marin | Imola 25 avril 2004 |
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La leçon du patron | ![]() |
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Hier était encore le jour de Michael Schumacher. « Il traverse une période faste », observa Ross Brawn, directeur technique de la Scuderia. Question : faut-il l'évaluer en semaines, en mois ou en années ? Quatre courses, quatre victoires en 2004, et déjà les observateurs sortent la calculette : à ce train-là, combien de manches faudra-t-il à Schumi pour décrocher un septième titre de champion du monde, qui serait aussi son cinquième de rang ? Coiffera-t-il la couronne en Hongrie ou en Belgique ?
Fort heureusement, derrière lui, la lutte pour la deuxième place oppose trois écuries : Renault, BAR-Honda et Williams-BMW... McLaren en étant réduite actuellement à se louer de rallier l'arrivée S'il était soulagé d'avoir mis fin à la série noire, Kimi Räikkönen, qui glana son premier point hier après trois abandons de suite, ne perdait pas de vue pour autant l'essentiel : « C'est pour les premières places que nous devons nous battre, et pas pour la huitième.» Son équipier David Coulthard, lui, prit quelques risques au départ dans l'espoir de compenser une piètre position sur la grille, bouscula la Renault d'Alonso – Fernando reçut sur son casque des débris de la McLaren ! – tira droit dans l'herbe, rentra au stand pour réparer, et accomplit dès lors un parcours des plus anonymes qui le conduisit à la 12e place sur la ligne d'arrivée. Même en changeant de stratégie, passant de trois arrêts à deux, Coulthard ne put mieux faire. Devant lui, loin devant, on n'oserait affirmer que le spectacle des 62 tours de course fut captivant. Reste qu'à l'intérieur des cockpits, les pilotes connurent une heure et demie sans répit. « Nous avons vécu une rude après-midi ! », confirma Michael Schumacher. A l'extinction des feux, Jenson Button bondit en tête et franchit le premier virage en leader, tandis que Schumi repoussait les assauts de Montoya.
A Tosa, la Williams déboula par l'extérieur. Mais Michael, soit qu'il ne la vit pas– ce qu'il certifie –soit qu'il ne voulût pas céder à une manoeuvre d'intimidation, ferma la porte et laissa Juan Pablo se dépêtrer d'une incursion dans le gravier. De retour en piste et s'efforçant de sauvegarder sa 3e position, le Colombien se heurta – presque – à la Williams de son équipier Ralf Schumacher qui, à son tour, glissa sur le bas-côté. Fernando Alonso fit les frais de ce méli-mélo, qui ne put se frayer un passage, perdit trois places et se vit percuté par Coulthard – sans dommages pour la Renault.
Button profita du chaos pour prendre du champ. Connaissant le peu d'opportunités qu'offre le tracé d'Imola pour les dépassements, Jenson s'estimait à l'abri de Schumacher. « Le tout était de ne pas commettre la moindre erreur », résuma-t-il par la suite. De faute, il n'en fit pas une seule. Mais après quelques boucles, Michael entama son retour sur l'adversaire... « Dès qu'ils montent en température, nos pneus Bridgestone gagnent en efficacité et sont ensuite d'une rare constance », explique Ross Brawn. Au contraire, à cet instant ceux de la concurrence semblent marquer le pas quelques tours, avant de redonner leur pleine performance.
Le sextuple champion du monde mit à profit le ravitaillement de la BAR (9e tour) pour appliquer sa méthode : il cravacha, signale meilleur tour en course au 10' passage, opéra son pit-stop au 11 e... et ressortit en tête. Ce fut alors une nouvelle « leçon » qu'il asséna à l'ensemble de ses rivaux, en haussant le rythme, jusqu'à s'offrir une avance de 12"7 en sept tours ! « En course, les Ferrari demeurent intouchables », lâcha Button à sa descente du podium. Celle de Schumacher l'était en tout cas. Celle de Barrichello, engluée très tôt dans le trafic, eut moins l'occasion de s'illustrer.
S'il en est un, en revanche, qui se joua des embouteillages pour mieux montrer les dents, osant à 12 tours de l'arrivée l'un des très rares dépassements du Grand Prix, ce fut une nouvelle fois Fernando Alonso. Pris dans la mêlée du départ, touché par Coulthard, il vit aussitôt s'envoler ses espoirs de se bagarrer en tête. II la joua donc fine, misant sur son aptitude à rouler vite pendant que les autres ravitaillent, pour gagner des places lors des pit-stops. « La voiture était un peu nerveuse. j'ai attaqué quand même. » Ralf Schumacher en fit les frais, qui crut pouvoir résister au « Petit Taureau ». « Nous l'avions pourtant prévenu qu'Alonso revenait sur lui, précise Patrick Head, directeur technique de Williams. Ralf n'a peut-être pas réalisé que la menace était aussi proche. II a laissé la porte ouverte. Alonso s'y est engouffré. » Et lorsque Schumi Jr voulut la refermer, il était déjà trop tard... In extremis, Fernando passa. Ralf, mal engagé, partit en toupie, et perdit là trois places, offrant du même coup la 5e à Trulli et la 6e à Barrichello.
Auteur d'une course acharnée et régulière, Trulli, parti neuvième, gagna quatre rangs, tout en maintenant 31 tours durant une Ferrari derrière lui. Entre un moteur qu'il sentit d'emblée perdre de la puissance, des retardataires peu coopératifs et des soucis de freins dans le dernier relais, son parcours n'eut rien d'une sinécure !
La physionomie des classements à ce jour ressemble furieusement, pour la Scuderia, à ce qu'elle pouvait être en 2002 à pareille époque : chez les pilotes, Michael Schumacher s'envole: 40 points, devant Barrichello (24) et Button (23), tandis que le trio Montoya (18) - Alonso (16) - Trulli (15) constitue un deuxième groupe compact et prometteur. Chez les constructeurs, Ferrari mène largement : 64 points, devant Renault (31), BAR-Honda et Williams à égalité (27)... et McLaren (5). Ron Dennis n'évoque même pas un possible retour dans la course, tant la priorité est ailleurs. Dans les trois autres équipes, Alonso prévient : « Pour être sur le podium à Barcelone, il nous faudra un week-end parfait. Sans quoi les BAR et les Williams nous rattraperont. » Montoya maugrée: «Pour revenir sur les BAR et les Ferrari, on manque de puissance et d'efficacité aérodynamique. » Enfin Button dit sa confiance : pour ramarrer la Scuderia, son équipe lui semble sur la bonne pente. Anne Giuntini (L’Equipe)
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