Grand Prix d'Espagne Barcelona
9 mai 2004

Cinq sur Cinq
Personne ne put contester le 5e succés de Schumacher. Trulli, exellent 3e sur Renault, a pourtant essayé.

L'événement majeur du Grand Prix d'Espagne, doublement remporté par Ferrari (Schumacher 1er, Barrichello 2e) tint au départ « historique » de Jarno Trulli. Hormis cet intermède offert par la Renault, en tête huit tours durant, la course se déroula « normalement » : Ferrari devant, et tous les autres derrière.

Les Grands Prix se suivent et ne se ressemblent pas tout à fait : hier à l'arrivée, pour une fois Michael Schumacher était fatigué. Visage rougi et traits tirés, il accueillit cette victoire — la 75e de sa carrière, la 5e de suite cette année — avec soulagement. Car un échappement précocement cassé (fin du 11e tour) lui fit craindre de ne pas aller au bout, et lui valut de disputer presque toute la course en état d'alerte.


Quoi qu'il advînt, en misant sur deux stratégies différentes pour ses pilotes, Ferrari avait doublé ses atouts. Et quand bien même Schumi eût été contraint d'abandonner, Rubens Barrichello se trouvait là, prêt à assurer le relais. A Barcelone pas plus qu'à Melbourne, Sepang, Bahreïn et Imola, le succès ne pouvait échapper à la Scuderia.

 

En fait, comme on s'y attendait, le moment le plus magnifique de ce Grand Prix d'Espagne tint au départ. Où l'on n'assista pas à l'empoignade imaginée, entre Michael Schumacher et Juan-Pablo Montoya. Mais à la propulsion instantanée d'une Renault en tête ! Jarno Trulli, quatrième sur la grille, réussit une mise en action absolument parfaite... « le genre de truc qu'on fait peut-être une fois dans sa vie, et pour moi c'était aujourd'hui », dit-il, modeste. Schumacher eut à peine le temps d'apercevoir un projectile bleu et jaune déboulant au beau milieu de la piste; dans un réflexe de sauvegarde, il amorça un changement de trajectoire, entreprit d'obliquer vers Trulli et se ravisa : lancée, la Renault allait déjà trop vite pour qu'il pût la contenir, la tasser sur la droite et la maintenir ainsi jusqu'à l'entrée du premier virage. Inutile d'insister. En outre, la manoeuvre n'eût pas été fair play, le sextuple champion du monde en convint; et s'il ne s'encombre pas toujours de scrupules, du moins en eut-il hier, vis-à-vis de Trulli. Provisoirement donc, Schumi capitula.

 

Le pari de Barrichello
Huit tours durant, comme Jenson Button deux semaines plus tôt à Imola, Jarno Trulli aux commandes de la course, offrit un scénario rafraîchissant à la F1. Il mena rondement les opérations, tandis que son équipier Fernando Alonso, qualifié huitième – et 6e au premier virage – enrageait de ne pouvoir rouler à sa guise. « Il m'a fallu deux relais avant de trouver une piste libre, et tourner enfin à mon rythme », commentait-il à l'arrivée, frustré de n'avoir pu servir meilleur spectacle à son public.


Schumacher, devant Sato, Montoya et Barrichello, prit son mal en patience, certain de se porter en tête à l'occasion des premiers ravitaillements. Barrichello, en son for intérieur, dut regretter que cela vînt trop tôt : « Ma seule chance de battre Michael tenait à Trulli, dit-il. Si Jarno avait pu le retenir plus longtemps derrière lui, j'aurais eu des raisons d'espérer... »


Mais les stratégies définies la veille prévoyaient des pit-stops au 9e tour pour la Renault et au 10e pour Schumi. Barrichello, lui, avait opté pour un plan de marche à deux arrêts, qu'il justifie ainsi : « Samedi, nous pensions que les BAR seraient rapides ici. Nous avions deux façons de les contrer : miser sur la pole et partir léger, ou décaler nos pit-stops en n'en faisant que deux. Je ne voulais pas me retrouver, comme à Imola, coincé dans le trafic. Alors j'ai parié sur deux arrêts. »
Au second, qu'il effectua au 43e tour — soit deux tours après le 3e ravitaillement de Trulli — Rubens s'empara de la deuxième place... derrière Schumi.

 

La déconfiture McLaren
En fait les Ferrari affichaient une telle suprématie ce week-end à Barcelone, que l'une ou l'autre tactique ne risquait pas d'altérer le résultat final. Schumacher premier, Barrichello deuxième : pour la troisième fois en cinq courses, les voici qui signent un doublé - en 2003, la Scuderia n'en avait enregistré aucun, seules les Williams y étaient parvenues.
Jenson Button mal qualifié n'eut pas la possibilité d'animer la course, et se contenta d'une huitième place au final ; son équipier Takuma Sato, troisième sur la grille, défendit vaillamment son cinquième rang à l'arrivée. Les Williams, qui, pour s'y trouver généralement peu à l'aise n'attendaient pas de miracles de Barcelone, vécurent leur second abandon de la saison (le premier, sur une casse moteur, fut pour Ralf Schumacher en Malaisie) : Juan-Pablo Montoya, victime d'ennuis de freins, regagna son stand à la fin du 46e tour.


Quant aux McLaren-Mercedes, elles s'enfoncent dans la déconfiture. C'est à peine si l'on ose demander aux pilotes à quelle échéance ils accrochent désormais leurs espoirs. David Coulthard avoua sobrement que pour lui, la perspective d'un quelconque progrès ne pouvait venir que d'une nouvelle voiture... Celle-ci, que Ron Dennis, par stratégie de communication, baptise déjà MP4/19B — comme si elle devait n'être qu'une évolution naturelle de la présente MP 4/19 — est promise pour l'été. « Je pense qu'il faut encore un peu de temps avant que l'amélioration soit visible », commenta Ron dans un art consommé de la litote.


Plus éclatantes furent hier les Sauber à moteur Ferrari, seules avec Barrichello à n'observer que deux arrêts... servies sans doute, comme leurs « aînées » par la longévité de leurs pneus (Bridgestone).


La bonne affaire du jour, c'est à n'en pas douter Renault qui la fit: en amenant pour la cinquième fois en cinq courses ses deux voitures dans les point - et pour la première fois de la saison sur le podium l'écurie française conforte sa position au championnat du monde des constructeurs. . Deuxième derrière Ferrari, à 40 points certes (82 à 42), mais 10 points devant les BAR-Honda, 12 devant les Williams-BMW... et 37 devant les McLaren-Mercedes. Forts de 21 points chacun, Alonso et Trulli se partagent pour leur part le 4e rang chez les pilotes.

Anne Giuntini (L’Equipe)



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