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Grand Prix du Brésil | Interlagos 24 octobre 2004 |
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L'adieu victorieux de Montoya | ![]() |
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De fait, les premières gouttes tombèrent à 13h28 exactement, juste à l'heure où les voitures s'apprêtaient à rejoindre la pré-grille. Grasse devint la piste... Ingénieurs et coureurs, du bout de leurs semelles, tâtèrent le bitume, perplexes. Et l'on vit les hommes se regrouper, se concerter, prendre l'avis des manufacturiers, scrutant l'horizon, guettant alentour le mouvement des manches à air. Le vent venait de tomber, et les nuages promettaient de stagner au-dessus de l'autodrome... En définitive, ils furent trois à tenter un pari audacieux: Fernando Alonso, Jacques Villeneuve et David Coulthard, malgré le crachin persistant, choisirent de monter des pneus pour le sec. Tous les autres optèrent pour des gommes « pluie légère ».
Dans ces conditions, en dépit d'un excellent départ, Alonso eut beaucoup de peine à défendre les positions gagnées et se fit rapidement enfermer par une nuée d'adversaires mieux chaussés... Au premier virage, le trio en pneus « sec » pointait aux 17 e, 18 e et 19 e places, Alonso, Villeneuve, Coulthard dans cet ordre. Tandis que devant, chacun défendant chèrement son rang, Räikkönen menait la danse de la pluie devant Barrichello, Montoya, Massa, Button et Sato. Jubilation du public brésilien, friand de spectacle : au deuxième tour, Michael Schumacher partait en tête-à-queue, et, au troisième, son équipier Barrichello portait une attaque réussie sur Räikkönen. L'enfant de Sao Paulo aux commandes de son Grand Prix national, il n'en fallait pas plus pour faire souffler un vent de bonheur sur des tribunes combles.
Le retour des absents. Alors que Jenson Button abandonnait, moteur fumant –sa BAR-Honda émettait déjà un inquiétant panache sur la grille–, le meilleur temps signé par Alonso au 4 e tour souligna l'assèchement de la piste. Commença dès lors la valse des « pitstops ». Räikkönen et Montoya amorcèrent la série d'arrêts pour passer en gommes « sec ». Entre eux deux, la bataille s'engagea dans la voie des stands, où ils se trouvèrent ensemble. Lequel des deux ressortirait le premier ? Montoya tenta l'intimidation, Räikkönen ne se laissa pas impressionner, resta devant... Mais pas pour longtemps. Aussitôt en piste, Juan Pablo, survolté, le croqua d'un coup de dents acérées. « Avant de le rejoindre bientôt chez McLaren-Mercedes, autant lui montrer tout de suite qui est le patron », songea peut-être « Monty » le teigneux.
Par le jeu des ravitaillements, les spectateurs eurent droit à un autre moment d'extase lorsque le tandem brésilien Barrichello-Massa se trouva brièvement aux commandes de la course. Puis Fernando Alonso, jusqu'à son premier arrêt (au 18e tour), relaya Rubinho à cette place de choix. Eut-il l'espérance de la retrouver plus tard ? Certainement pas dès qu'il comprit que son deuxième train de pneus ne lui permettait pas de tenir le même rythme. Et il devint bientôt probable que la victoire allait se jouer entre les deux grandes « absentes » du début de saison: Williams et McLaren, avec Montoya et Räikkönen. Barrichello ne revint jamais plus menacer de duo terrible. II justifia par la suite : « Sur le sec, nous (entendez : Ferrari-Bridgestone) sommes les meilleurs; sous la pluie, nous sommes les meilleurs. Mais dans ce genre de conditions (terrain « mixte », humide en train de sécher), nous avons encore des progrès à faire. »
Pour le dernier Grand Prix de leur courte histoire en F1, les deux Jaguar s'illustrèrent à leur manière : en s'accrochant au 24e tour, Klien et Webber (respectivement 10e et 11e à ce moment-là) captèrent l'attention des caméras. Abattu, Webber s'assit dans l'herbe trempée pendant que Klien opérait au stand un rapide changement de museau. Une nouvelle averse s'annonça au 30e tour. Quelques gouttes seulement, de quoi raviver le suspense sur la course qui s'était momentanément « calmée ».
À ce stade, Kimi Räikkönen avait déjà saisi que la victoire, hormis un incident de parcours pour Montoya, n'était pas à sa portée. « Je n'ai jamais pu m'approcher assez pour espérer attaquer la Williams », confia-t-il après l'arrivée. Montoya confirma : cette course était pour lui, et lui seul : « Au cas où Kimi m 'aurait suivi d'un peu trop près, je savais que j'avais les moyens de le contenir. »
Rendez-vous est pris pour 2005. Si le Brésil fut bien marri de ne pas saluer hier le succès d'un compatriote — en atteste sa mine, Barrichello était tout aussi désolé —, le paddock se réjouissait manifestement d'entendre des hymnes rares en 2004, le Colombien et le God Save the Queen. Ainsi Williams, grâce à Montoya, sauva l'honneur in extremis et rejoignit Renault et McLaren : elles sont les trois seules écuries à avoir battu la Scuderia cette année — une fois chacune. BAR-Honda, pourtant vice-championne chez les constructeurs, ne réussit pas à en faire autant.
Anne Giuntini (L'Equipe)
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