Grand Prix de Bahrein Sakhir
4 avril 2004

Schumacher règne dans le désert

D errière Michael Schumacher ? Le désert. Le petit point rouge au loin dans la brume de chaleur, c'est son équipier Rubens Barrichello. Comme d'habitude, le Brésilien n'a fait qu'illusion en s'installant aux côtés de son chef de file allemand sur la grille de départ du Grand Prix de Bahreïn, le premier organisé au Moyen-Orient. A peine le départ donné, le champion du monde s'est échappé à un rythme infernal. Le pied léger sur les freins afin de les ménager sur ce circuit exigeant pour les plaquettes, le pied toujours aussi lourd sur l'accélérateur, l'homme à la Ferrari n° 1 n'a jamais été inquiété à l'occasion de cette troisième manche de la saison pour cueillir son 73e succès.

 

Logique implacable. Ce doublé des voitures de Maranello est d'une logique implacable. Après les qualifications ratées des pilotes Williams-BMW, rejetés en deuxième ligne, celles tout aussi calamiteuses de la paire de l'écurie Renault, et les dramatiques défaillances mécaniques de l'équipe McLaren-Mercedes, c'était presque l'assurance d'assister à une nouvelle domination des voitures rouges à l'occasion de ce Grand Prix.

 

Un espoir d'incertitude était pourtant né le matin de la course en même temps que le vent s'était levé. Après deux journées ensoleillées, de lourds nuages menaçants passaient au-dessus de la zone désertique de Sakhir où a été implanté ce circuit exotique. D'épaisses gouttes de pluie s'écrasaient même à quelques instants du départ sur le tarmac flambant neuf et gorgé de chaleur. Le vent déposant une couche de sable sur la piste et la pluie pouvant surprendre les pilotes au détour d'un virage représentaient assez de pièges pour envisager une course animée.

Les nombreuses têtes couronnées, les dizaines d'émirs postés derrière les stands luxueux de ce circuit des Mille et Une Nuits, sans parler des centaines de VIP invités à assister à cette course inédite n'ont pas été surpris de voir les Ferrari aussi intouchables. Déjà, elles sont imprenables au départ des feux rouges dans les rues de Manama et elles se montrent d'une agilité diabolique dans les nombreux carrefours de la capitale qu'il faut négocier en force ou tout en accélération. Mais tous ces curieux qui découvraient avec délices la compétition automobile de haut niveau s'attendaient à mieux de la part des BMW (Williams) et surtout des Mercedes (McLaren), des voitures de monsieur Tout-le-monde ou presque dans le golfe Arabo-Persique.

 

C'est vrai qu'il y a de quoi être déçu. Depuis le début de la saison, les belles voitures grises frappées de l'étoile Mercedes sont fragiles comme du verre, et cette fois les deux pilotes maison (Raikkonen et Coulthard) ont abandonné. Pire, lors de l'inauguration du circuit de Bahreïn, c'est le modèle haut de gamme de la série qui est tombé en rade d'électronique. Quant aux Williams, propulsées par les moteurs du constructeur munichois, elles ont été d'une discrétion désolante. Ralf Schumacher a perdu du temps dans un accrochage et Juan Pablo Montoya a laissé filer sa troisième place sur un ennui mécanique (boîte de vitesse).

 

Pub catastrophique. Sur le strict plan de l'image, c'est une publicité catastrophique pour les deux grands constructeurs allemands. Mais, heureusement pour eux, les Ferrari ont beau enfiler les victoires, elles ne seront jamais construites à la chaîne. La production ne dépasse guère les 4 200 unités à l'année et les triomphes à la pelle de Schumacher n'y changeront rien. BMW et Mercedes, en revanche, pourraient voir les Japonais de Honda et de Toyota leur grignoter des parts de marché après les belles courses de Jenson Button, encore 3e, et son équipier Takuma Sato, lui aussi dans les points, et l'arrivée groupée des pilotes Toyota (Panis 9e et da Matta 10e). Les constructeurs allemands se consolent en se disant que les acheteurs locaux connaissent surtout les déclinaisons haut de gamme de leurs concurrents japonais, soit les Acura pour Honda et la marque Lexus pour Toyota.

 

Quant aux Renault, les Bahreïnis ne connaissent pas, mais, enthousiasmés par la belle démonstration des pilotes de l'écurie française (Trulli 4e et Alonso remonté de la 16e à la 6e place), certains pourraient être tentés de se précipiter dans l'unique concession de l'archipel, à Sira. Ils y tomberont sûrement sur les nombreuses Velsatis qui n'ont pas trouvé preneur sur le marché européen.

 

Après trois courses exotiques, les écuries vont revenir en Europe. Pour beaucoup, la course d'Imola dans trois semaines marquera le véritable début de la saison. Mais Schumacher et Ferrari ont déjà pris tellement d'avance...

Lionel Froissart



Les résultats du Grand Prix

 

le circuit

Le départ Baumgartner (Minardi) Massa Massa Giorgio Pantano Kimi Raikkonen Coulthard en qualification Coulthard en qualification da Matta Christian Klien Mark Webber Trulli Alonso Alonso Montoya Ralf Schumacher Ralf Schumacher Sato Sato Button Button & Schumacher Barrichello Barrichello Schumacher & Barrichello Schumacher Schumacher


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