Grand Prix du Brésil Interlagos
31 mars 2002
Biens chers frères
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

M

ichael Schumacher et Juan Pablo Montoya doivent s'aimer. Ils ne se quittent plus. Les deux hommes s'étaient longuement observés en Australie. Ils s'étaient retrouvés avec plaisir en Malaisie, s'étaient même touchés. Au Brésil, l'Allemand et le Colombien ont poursuivi leur idylle. Samedi, Michael avait beaucoup donné pour rejoindre Juan Pablo en première ligne. Rendez-vous était pris pour hier.

 

A l'extinction des feux, la Ferrari de Schumacher, légèrement en retrait derrière la Williams-BMW de Montoya, remonte son handicap de quelques mètres. Les deux hommes pourraient presque se tendre la main s'ils n'étaient pas très occupés à récupérer leur monoplace qui se dérobe après un freinage très appuyé. A croire que Montoya a voulu attendre Schumacher. Mais l'Allemand le snobe et passe sans même le regarder.

Vexé de voir la Ferrari lui filer sous le nez, Montoya tente de reprendre sa place et y laisse le museau de sa Williams, comme Schumacher y avait laissé celui de sa Ferrari lors de leur rencontre très agitée à Kuala Lumpur, quinze jours plus tôt. Cette fois, Schumacher n'a rien senti du contact au troisième virage. Pour Juan Pablo Montoya, l'espoir de gagner devant un public qui a fait de lui son chouchou s'est envolé en même temps que le carbone de son aileron avant pulvérisé.

Pire, le Colombien offre la victoire sur un plateau à l'un des frères Schumacher. Lequel ? La réponse ne l'intéresse pas. Dans l'optique de disputer le championnat du monde aux frères allemands, il sait qu'il vient de perdre très gros.

 

Holà. Le public, plus clairsemé que d'habitude à cause du week-end férié, reporte son enthousiasme sur Barrichello. Qualifié très loin (8e), le Brésilien est parti sur une stratégie à plusieurs arrêts pour compenser ce handicap. Avec une voiture peu chargée en essence, il est au moins certain de faire le spectacle. Les pilotes Renault (Trulli et Button) ont profité de la confusion du départ pour surprendre ceux de l'équipe McLaren-Mercedes (Coulthard et Raikkönen). Barrichello s'attaque à ces quatre-là, tandis que Schumacher file seul en tête et que Montoya repasse par son stand pour une rapide intervention sur sa voiture blessée.

A chaque fois que la Ferrari de Rubens Barrichello efface un adversaire, une holà monte des tribunes. On ne se sait pas vraiment où va Barrichello mais il y va, très vite. Au point de prendre le commandement au 14e des 71 tours prévus. Michael Schumacher ne lui a bien sûr opposé aucune résistance. La remontée de son frère Ralf, pourtant plus discrète, est plus inquiétante pour le leader de l'équipe Ferrari. D'autant qu'il aperçoit, au 17e tour, l'autre Ferrari arrêtée dans l'herbe. Le sort a encore choisi de frapper le Brésilien qui disposait pourtant de «l'ancienne» voiture de Maranello, censée être plus fiable que la version 2002 utilisée par l'Allemand. Mais le champion du monde est verni et son unique préoccupation a pour nom Ralf Schumacher.

 

Fratricide. Une course hautement stratégique s'engage entre les deux frères. Michael n'a pas d'autre solution que d'attaquer très fort pour être certain de sortir des stands devant la Williams-BMW après son ravitaillement (au passage, Ferrari a prouvé que sa nouvelle monture dispose d'un réservoir assez grand pour effectuer un demi-Grand Prix, ce dont certains doutaient). Pour Ralf, l'idée est de réduire l'écart. Il y parvient en partie. Son retard, qui était proche de huit secondes dans les premiers tours, est mesuré à moins de trois secondes dans le tour suivant leur arrêt au stand. La bataille fratricide s'engage alors et va durer plus de trente tours. Michael Schumacher ne commet qu'une infime erreur et n'offre aucune ouverture à son petit frère qui, pourtant, a parfois reniflé de près les échappements de la Ferrari. Mais rien de plus.

 

Michael Schumacher s'est donc imposé sans vraiment souffrir sous la chaleur de São Paulo, obtenant au passage son 55e succès en F1. David Coulthard a rejoint les frères Schumacher sur le podium.

LIONEL FROISSART