Grand Prix de France Magny-Cours
21 juillet 2002
Schumacher en Formule 5
L'Allemand égale Fangio avec cinq titres mondiaux.
 

C

'est un blanc-bec boutonneux qui a failli retarder l'échéance. Kimi Raikkonen était à moins de 20 kilomètres de remporter son premier Grand Prix, à l'âge de 22 ans, quand le Finlandais s'est laissé surprendre par une monoplace en tête-à-queue devant lui, et une petite trace d'huile. Un freinage raté, une trajectoire très au large de la McLaren-Mercedes, il n'en fallait pas plus pour que Michael Schumacher, qui lui faisait la chasse depuis plusieurs tours, s'engouffre dans la brèche et s'en aille cueillir sa 61e victoire, et surtout son cinquième titre de champion du monde de Formule 1, dès la onzième épreuve du championnat du monde disputé sur le circuit de Magny-Cours.

 

Pas de place au hasard. En homme pressé, Schumacher ne s'est accordé aucun joker pour remporter, à 32 ans, cette cinquième couronne, bien avant la fin du championnat. Il aurait pu se permettre de faire durer le plaisir, jusqu'au Grand Prix d'Allemagne la semaine prochaine, par exemple, pour fêter ce sacre devant son public, ou même jusqu'au Grand Prix d'Italie à Monza au début du mois de septembre, histoire de mettre en transe les tifosi. Mais Schumacher connaît trop les incertitudes de la Formule 1 pour s'en remettre au hasard.

Avant le départ, l'Allemand avait prévenu qu'il aborderait cette onzième course de la saison comme n'importe quelle autre, avec l'objectif de la gagner. Sans se soucier de ce qui pouvait se passer derrière lui, et encore moins avec une calculette dans la tête. Il savait toutefois qu'une victoire de plus serait suffisante pour se mettre définitivement à l'abri, à condition que ses «poursuivants», soit Rubens Barrichello son équipier, le Colombien Juan Pablo Montoya son adversaire le plus pugnace, ou encore son frère Ralf, ne terminent pas dans son sillage.

 

Williams fait illusion. Avec cette insolente réussite qui jusque-là a accompagné toute sa carrière, Schumacher était déjà «débarrassé» de la deuxième Ferrari avant même le départ, la voiture de Barrichello ayant été victime d'un nouvel ennui mécanique sur la grille. Restaient les Williams-BMW. Mais comme trop souvent cette année, les monoplaces de Frank Williams n'ont fait qu'illusion, et en début de course. A voir Montoya sortir le grand jeu pour repousser les attaques de Schumacher dès le deuxième tour, il était clair que l'Allemand allait finir par le passer à un moment ou à un autre.

 

L'écart de Raikkonen. C'est après son premier ravitaillement que Michael Schumacher ressortait en tête, juste sous le museau de la Williams de Montoya. Trop pressé de reprendre la bonne trajectoire à la sortie des stands, l'Allemand coupait de quelques mètres la ligne blanche, ce qui lui valait d'être pénalisé d'un passage par les stands, au ralenti.

De retour en piste, Michael Schumacher avait la surprise de constater qu'il n'avait plus vraiment les mêmes adversaires. Les Williams-BMW, à la tenue de route fantaisiste entamant leur calvaire, seules les McLaren-Mercedes pouvaient encore retarder l'entrée de Michael Schumacher au panthéon de la F1.

 

Mais, à cinq tours de l'arrivée, le pilote Ferrari profitait du petit écart de Kimi Raikkonen pour se retrouver en tête. «J'ai soudain pensé à ce moment-là à ce cinquième titre. J'ai eu une pression énorme sur les épaules. Je n'avais pas le droit à l'erreur. Ce furent les cinq tours les plus pénibles de ma carrière.» La légende était à ce prix.

LIONEL FROISSART