Grand Prix d'Europe Nürburgring
23 juin 2002
Cette fois, Ferrari laisse gagner le premier
Contrairement au GP d'Autriche, la Scuderia n'a pas forcé Barrichello à laisser passer Schumacher.

 

L

e doublé signé par Ferrari à l'arrivée du Grand Prix d'Europe ne pouvait pas mieux tomber. Surtout avec Rubens Barrichello dans le rôle du vainqueur et Michael Schumacher, deuxième. A trois jours du conseil mondial de la Fédération Internationale de l'automobile (FIA), qui doit statuer sur le sort de l'écurie à la suite du tollé qu'elle avait provoqué au Grand Prix d'Autriche en exigeant de son pilote brésilien qu'il s'efface sur la ligne d'arrivée au profit du champion allemand, la Scuderia s'est bien gardée de jouer avec le feu.

 

Gouffre. Après avoir atomisé la maigre concurrence, les Ferrari se sont livrés, hier, un beau duel pendant les vingt derniers tours. Et cette fois, Jean Todt, le patron de l'écurie, et Ross Brawn, le directeur sportif, n'ont pas osé intervenir pour permettre à Michael Schumacher de l'emporter et ainsi creuser un peu plus le gouffre avec ses poursuivants. Après avoir fêté ses deux pilotes au pied du podium, Jean Todt s'est expliqué : «En Autriche, il ne s'agissait que de la sixième course de la saison. Ici, c'était la neuvième et notre situation au championnat n'était pas tout à fait la même.» En clair, la domination de Ferrari est telle que Michael Schumacher est pratiquement assuré d'enlever son cinquième titre de champion du monde des pilotes. Et, même s'il est rétrogradé mercredi par la FIA, son avance restera considérable.

Dans ces conditions, Jean Todt pouvait laisser ses pilotes offrir aux 130 000 spectateurs allemands une vraie course de F1. Les qualifications avaient même laissé espérer que ce Grand Prix d'Europe serait ouvert, grâce à la performance des Williams-BMW, installées en première ligne, Juan Pablo Montoya ayant signé sa troisième pole position d'affilée aux dépens de son équipier Ralf Schumacher et des deux Ferrari. Même les McLaren-Mercedes, en progrès constant, avaient donné l'impression de pouvoir se mêler à la lutte.

 

Somptueux. Avant même la fin du premier tour, les rêveurs retombaient sur terre, laissant les Ferrari sur une autre planète. Rubens Barrichello surprenait les deux Williams, alors que Montoya était débordé par son coéquipier, et filait en tête. Michael Schumacher s'offrait le scalp de Montoya au prix d'une manoeuvre de dépassement somptueuse et passait son frère Ralf qui ne lui opposait aucune résistance. Les pilotes des Williams n'avaient plus qu'à surveiller la remontée des pilotes McLaren dans leurs rétros. Au 28e tour, Montoya s'accrochait avec la McLaren de Coulthard, facilitant un peu plus l'échappée belle des Ferrari en causant un double abandon. Malgré un tête-à-queue de Michael Schumacher, les voitures rouges restaient déjà hors de portée du reste du peloton.

 

Infernal. Le duel fratricide pouvait s'engager. Le travail des mécaniciens laissait les deux pilotes à égalité, et, malgré le rythme infernal imposé par Michael Schumacher, Barrichello n'a ni craqué ni même entendu la moindre consigne grésiller dans son casque.

LIONEL FROISSART