Grand Prix d' Allemagne Hockeinheim
28 juillet 2002
La chevauchée mécanique

L

e plus incroyable avec Michael Schumacher, c'est qu'aujourd'hui il fait à peu près ce qu'il veut en Formule 1. Le champion du monde est arrivé à Hockenheim en annonçant qu'il avait pour objectif de remporter le Grand Prix d'Allemagne, ce qui ne lui était jamais arrivé au volant d'une Ferrari. Et il l'a fait avec une désarmante facilité. Il ne faut pas s'en étonner. C'est le résultat d'une parfaite harmonie entre le meilleur pilote du moment, installé derrière le volant de la meilleure voiture et servi par la meilleure équipe.

 

Tracé. Comme ses petits camarades, Schumacher a découvert le nouveau tracé allemand (raccourci et aseptisé comme tous les circuits modernes) jeudi. Le lendemain matin, après trois tours au volant de sa Ferrari, le toujours champion du monde (après ses titres acquis en 2000 et 2001) en avait compris les particularités. Il s'est même dit enthousiasmé par le nouveau tracé, sans doute pour ne pas contrarier les organisateurs.

Comme Schumacher n'est pas un surhomme, il s'est offert quelques passages dans les bas-côtés, a été surpris en tête-à-queue. Mais le pilote allemand a la bonne idée de faire ce genre de figure uniquement lors des essais libres, quand ça ne compte pas ou presque.

Devant des tribunes bien garnies vendredi, pleines à craquer samedi et bondées dimanche, Schumacher n'a pas fait les choses à moitié. Il est d'abord parti à la conquête de la pole-position avec une farouche détermination. Son frère Ralf, sans doute aveuglé par l'insolence de la jeunesse, a essayé de l'en déposséder, mais son aîné l'a remis à sa place. Derrière lui.

Avec les deux frangins en première ligne, et l'assurance d'une météo estivale, les organisateurs n'ont eu aucun mal à écouler les 30 000 places supplémentaires. Autant de spectateurs vêtus du rouge Ferrari et protégés du soleil par une casquette à l'effigie du cheval cabré. Du coup, à l'heure du départ, le stadium d'Hockenheim rougeoyait comme un chaudron. Avant d'exploser de joie en voyant la Ferrari numéro un de leur chouchou prendre les devants. La voiture du leader ne devait plus jamais être inquiétée. Les Williams-BMW montrant leurs limites actuelles, et l'autre Ferrari, celle de Rubens Barrichello, étant retardée lors d'un ravitaillement.

 

Saveur. Pour achever son ouvrage, Michael Schumacher améliorait le record du tour en fin de course et s'en allait cueillir son soixante-deuxième suc cès en Formule 1. Mais celui-là a une saveur particulière, comme l'expliquait l'ogre de Ferrari. «Je rêvais de ce résultat depuis longtemps. On a réussi tellement de choses avec Ferrari depuis trois ans, mais cette victoire représente beaucoup pour moi, et de voir cette ferveur dans le public dans mon tour au ralenti après l'arrivée a été la concrétisation de ce rêve. Ce que nous avons réalisé avec Ferrari cette année est tout simplement incroyable.»

 

Vacances. Maintenant, Schumacher va profiter du break de trois semaines imposé par la FIA pour prendre des vacances. Que les adversaires de l'Allemand ne s'attendent pas à ce qu'il se ramollisse au soleil. Hier, le pilote les a prévenus. «Maintenant, je vais me relaxer en famille et recharger mes batteries pour le reste de la saison. On se rapproche de notre second objectif qui est de remporter le titre mondial des constructeurs.»

Jean Todt, que la seule idée de relâchement contrarie, peut donc être rassuré. Le patron français de la Scuderia, comptable hors pair, sait qu'il ne manque pas grand-chose pour assurer le titre des constructeurs. Propulser Barrichello à la deuxième place des pilotes sera plus compliqué. Raison de plus pour maintenir la pression sur la concurrence.

LIONEL FROISSART