Grand Prix de San Marin Imola
15 avril 2001
Fringant frangin
A Imola, premier succès pour Ralf Schumacher.

L

e quatrième Grand Prix de la saison s'est déroulé dans une étrange ambiance. La passion et l'émotion qui accompagnent habituellement la ronde des monoplaces en Italie n'étaient pas au rendez-vous. Les tifosi qui ont renié leur amour pour la Ferrari, le temps d'un long week-end pascal, n'ont pourtant pas à regretter leur infidélité. Sur une piste qui porte le nom de son créateur (Enzo-Ferrari), la Scuderia n'a pas vraiment brillé. Dominée en qualification, l'écurie italienne n'a jamais été en mesure de se rattraper en course. C'est pourtant un Schumacher qui s'est imposé, mais pas vraiment celui que les Italiens attendaient. A bientôt 26 ans, c'est Ralf, le cadet de la famille, qui a offert son premier succès en F.1 à l'association Williams-BMW. C'est aussi la première victoire de sa carrière alors qu'il disputait hier son soixante-dixième Grand Prix.

 

Ce succès, Ralf Schumacher l'a agrippé à bras le corps dès la première accélération. Alors que les deux McLaren-Mercedes, installées en première ligne, lui bouchaient l'horizon, Ralf, auteur d'un départ remarquable, s'est aussitôt jeté dans un minuscule trou sur la gauche de Coulthard, parti de la pole position. Avec une roue presque dans l'herbe, le jeune Allemand est parvenu à glisser sa fine Williams en tête de la course.

 

Un style épuré. Dès lors, il enchaîne les meilleurs tours en course avec une décourageante régularité. Avec le retour d'un timide soleil sur l'Emilie-Romagne, le pilote Williams sait que pour ses pneus Michelin - plus à l'aise par temps chaud -, chaque degré supplémentaire est un gain de performance pour lui. Seul David Coulthard, dans son sillage, semble en mesure de suivre son rythme. Derrière, c'est la débandade. L'autre Schumacher, handicapé par des problèmes de boîte de vitesses, perd trois places en quelques tours. C'est tout le contraire pour Juan Pablo Montoya qui remonte en force vers l'avant. Mais c'est son équipier, en tête de la course, qui fait le vrai spectacle. Le style de Schumacher junior est plus épuré. Certains n'hésitent pas à affirmer que son coup de volant est plus efficace que celui de son grand frère, lequel se montre plus impitoyable avec ses voitures.

 

L'abandon de Michael Schumacher dans ce quatrième Grand Prix de la saison n'a pourtant rien à voir avec la détermination qu'il met à cravacher sa monoplace. "Ce fut loin d'être mon meilleur week-end de course. D'abord, j'ai pris un mauvais départ, puis Montoya et Panis ont pu me passer alors que j'avais un bref problème de sélection de vitesses. Puis j'ai dû abandonner après avoir subi une crevaison à l'avant. Malgré un changement de roue, il y avait toujours un problème." Barrichello essaye alors de limiter les dégâts pour Ferrari. "J'ai perdu beaucoup de temps derrière Hakkinen en début de course, mais grâce à quelques tours très rapides avant mon arrêt au stand, je me suis retrouvé devant lui. Ce qui n'aurait pas été possible sur la piste, car il est presque impossible de doubler à Imola." Après l'abandon de Montoya, embrayage défaillant, la course tient son podium.

 

"Monsieur frère". Michael Schumacher est le premier à féliciter, sobrement, son petit frère. "Je crois que nos parents peuvent être fiers. Je suis très heureux pour Ralf. Il a souvent démontré ses qualités dans le passé, mais a parfois manqué de chance. C'est aussi la première fois que deux frères ont remporté un G.P. de F1."

 

Ralf se pose maintenant comme un sérieux adversaire de Michael. Ce grand frère qui fut son mécanicien lors de ses débuts en karting. Michael lui a montré la voie et, surtout, lui a servi de caution morale lorsqu'il a fallu convaincre une écurie de Formule 3 de l'engager. C'est encore Michael qui a convaincu Ralf de s'exiler au Japon le temps de se faire la main à bord d'une puissante Formule 3000. Et, alors que Michael avait déjà inscrit son nom au palmarès du championnat du monde à deux reprises (1994 et 1995), Ralf a prouvé qu'il pouvait le rejoindre en F1 Après un apprentissage chaotique, celui que la presse a longtemps appelé avec une pointe de mépris "monsieur frère" à cause de son arrogance, a gagné sa place et le respect. Cette victoire, est sans doute la première d'une longue série.

LIONEL FROISSART