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Grand Prix d'Australie | Melbourne
4 mars 2001 |
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Un départ en noir et rouge | ![]() |
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es 125.000 spectateurs de ce Grand Prix d'Australie garderont surtout en mémoire le spectaculaire accident dont a été victime le Québécois Jacques Villeneuve au cinquième des 58 tours. Il a coûté la vie à un commissaire de piste, heurté par un débris de la BAR désintégrée du Canadien, et blessé légèrement sept personnes dans le public. A Monza, en septembre, un commissaire avait déjà trouvé la mort dans des circonstances similaires. Les images de l'envol de la BAR, relayées par les écrans géants disséminés autour du circuit, ont d'abord glacé d'effroi. Certains ont immédiatement songé à l'accident qui avait coûté la vie à Gilles Villeneuve, son père, lors des essais du Grand Prix de Belgique 1982.
Incompréhension. A cet instant de la course, la BAR-Honda de Villeneuve est en bagarre avec la Williams-BMW de Ralf Schumacher. Après les classiques bousculades de départ, qui ont fait perdre du temps à David Coulthard et à Harald Frentzen, le peloton s'est un peu calmé et surtout étiré. Mais la lutte est vive entre le cadet des Schumacher et Villeneuve, qui aimerait se défaire de la pression de son nouvel équipier Olivier Panis et, surtout, qui sent la Williams de Ralf Schumacher à sa portée. Le reste est un accident de course qui doit beaucoup à l'incompréhension entre deux pilotes comme le raconte Villeneuve: "Ma voiture était vraiment rapide et je cherchais l'ouverture pour passer. J'ai choisi un côté de la piste pour porter mon attaque, mais la Williams a fait de même. Puis j'ai été surpris que Ralf freine si tôt." Dès lors, à plus de 200 km/h, le choc est inévitable. Une roue arrière de la Williams sert de tremplin à la BAR qui s'envole sur 130 mètres, éparpillant des débris dont l'un tue sur le coup le commissaire de piste.
Il y a presque vingt ans, Gilles Villeneuve n'avait pas eu la chance d'être au volant d'une voiture aussi solide que celle de son fils. Le fait d'être éjecté lui avait broyé les cervicales. Jacques n'a sûrement pas eu le temps d'imaginer une telle issue. Il s'est simplement agrippé à son volant, en attendant que tout s'arrête. "On a le temps de voir que ça va très haut. J'espérais surtout qu'aucun objet ne vienne heurter mon casque." Jacques Villeneuve est sorti indemne de sa coque déchiquetée. Dans la soirée, le Québécois devait subir des examens approfondis, après s'être plaint d'un persistant mal de dos.
Casse. Un tel accident aurait justifié l'interruption du Grand Prix, mais la direction de course a choisi de lancer en piste sa voiture de sécurité, derrière laquelle le reste du peloton s'est regroupé et impatienté pendant dix tours. A la reprise, Michael Schumacher tente de décourager ses poursuivants. Il aligne une belle série de meilleurs tours, mais ne parvient pas vraiment à lâcher Mika Hakkinen, le seul à pouvoir lui contester la première place. Coulthard, lui, se rapproche de l'autre Ferrari, pilotée par Barrichello. De cette façon, les pilotes McLaren entretiennent le suspense. Jusqu'au vingt-sixième tour, où Hakkinen est lui aussi victime d'une énorme sortie de piste. La casse d'une suspension avant dans un freinage expédie sa McLaren dans le décor à pleine vitesse. Lui aussi s'extirpe seul de son épave, mais un poil groggy. De quoi justifier un passage par l'hôpital du circuit.
La course en devient anecdotique et soporifique. Dernière péripétie, Barrichello perd sa deuxième place lorsque le jeune et débutant Fernando Alonso (Minardi) le bloque alors qu'il sort des stands. Opportuniste, Coulthard faufile sa McLaren et cueille ainsi la deuxième place. Il ne peut pas espérer mieux. En tête, Michael Schumacher est bien trop loin pour être inquiété. Il remporte son cinquième Grand Prix d'affilée, après sa fin de saison 2000 en trombe (victorieux en Italie, aux Etats-Unis, au Japon et en Malaisie).
En sortant de sa voiture, l'Allemand, qui avait vu de sa monoplace le ballet des ambulances, demandera au premier officiel croisé: "Tu me dis exactement ce qui s'est passé, sinon je ne monte pas sur le podium." A Monza, les pilotes n'avaient pas été informés de la mort du commissaire de piste. "Nous devons voir ce que l'on peut faire pour améliorer les conditions de travail de ces gens sur le plan de la sécurité", dira aussi Schumacher. Coulthard, lui, jugeait que sa deuxième place n'avait plus beaucoup d'importance. A Maranello (Italie), fief de la Scuderia, les cloches n'ont pas sonné - rite immuable à chaque victoire des voitures rouges -, en signe de deuil.
Pénalité. Pas de manifestation de joie, pas de champagne sur le podium. Au pied duquel ne figure pas Olivier Panis. Quatrième de la course, le Français sera rétrogradé à la septième place, pénalisé de 25 secondes pour avoir dépassé sous drapeau jaune. La bonne opération de ce premier Grand Prix concerne l'écurie suisse Sauber, qui place ses deux pilotes dans les points. Nick Heidfeld à la régulière, et le débutant mais néanmoins très impressionnant Kimi Raikkonen, sixième, grâce au déclassement de Panis. Enorme déception pour l'équipe Prost Grand Prix: Jean Alesi, qui n'a jamais été dans le rythme, a produit une course misérable, pour échouer à une lointaine neuvième place par le jeu des nombreux abandons. LIONEL FROISSART |
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