Grand Prix du Brésil Interlagos
26 mars 2000
Michael Schumacher passe la deuxième

L

e ciel a retenu ses larmes. Mais la plupart des 100 000 spectateurs venus encourager leur chouchou "Rubinho" n'ont pas pu. Ils espéraient tant le voir triompher au volant de sa Ferrari. Mais au 26e tour du Grand Prix du Brésil, une sinistre fumée bleue sortait des échappements de la belle rouge, et Rubens Barrichello ramenait sa monoplace blessée au ralenti vers son stand. Défaillance hydraulique. La fin d'un rêve.

 

La plupart des tribunes se vident alors, mais les déçus ont tort de tourner le dos au spectacle offert par les pilotes encore en piste. A commencer par la démonstration de Michael Schumacher qui a fort à faire avec les deux McLaren-Mercedes qu'il doit tenir en respect. Malgré son départ en deuxième ligne, l'Allemand est en tête depuis la fin du premier tour, au prix d'un dépassement époustouflant aux dépens de Mika Hakkinen, champion du monde en titre. Mais aussi grâce à une voiture moins chargée en carburant que celle de son rival. Avec deux arrêts à son tableau de marche, Schumacher ne peut lambiner. Ce qu'il va perdre dans l'interminable allée des stands (vitesse maximale autorisée de 80 km/h), il doit le gagner en piste.

 

Coriace. Derrière lui, Barrichello, moins bien parti, applique la même tactique. Après avoir pris le dessus sur Coulthard, le Brésilien, porté par son public, s'attaque à un morceau plus coriace. Tandis que Schumacher s'échappe en tête, l'autre pilote Ferrari met la pression sur Hakkinen. Le Finlandais bloque ses roues avant au freinage, rate quelques points de corde, mais résiste, bloque la Ferrari à l'extérieur de la trajectoire idéale, mais finit par céder. Au 14e tour, Hakkinen ne peut résister lorsque Barrichello jette sa Ferrari dans un freinage d'école. Cette manœuvre restera comme le chef-d'œuvre du Brésilien devant ses supporters. Mais quatre tours plus tard, ses espoirs de rejoindre Schumacher en tête partent en fumée.

 

Quatre tours encore, et l'abandon de Mika Hakkinen est plus discret. On croit d'abord à un ravitaillement du Finlandais, mais sa main levée hors du cockpit trahit un problème mécanique. C'est un énorme KO pour le n° 1 de l'écurie McLaren, surtout si Michael Schumacher n'est pas contré par Coulthard encore en course. Mais l'Ecossais n'a pas grand-chose à opposer au pilote allemand. Il sait que dans le combat rapproché, il a peu de chances d'inquiéter son rival. Coulthard force pourtant la cadence en espérant que l'unique arrêt qu'il doit observer, à mi-course, compensera l'avantage que prend la Ferrari en tête de la course. Là encore, les stratèges de la Scuderia sont rarement pris en défaut. Comme le confirmera l'Allemand après l'arrivée. "Notre stratégie était encore une fois parfaite, d'autant que nous avons pu l'appliquer exactement comme nous le voulions. Je n'ai vraiment pas connu de souci particulier, sinon un dernier train de pneus moyens qui engendrait quelques vibrations." Ce qui explique en partie la baisse de cadence de l'Allemand en fin de course. "J'ai effectivement bouclé quelques tours un peu moins vite pour contrôler que tout allait bien à bord et ménager un peu la mécanique." Pensant à des ennuis plus sérieux pour la voiture de tête, David Coulthard, lui, y a cru jusqu'au bout. Mais c'est dès le départ que l'équipier d'Hakkinen a perdu l'essentiel de ses chances. "C'est vrai, j'ai fait un départ moyen et Michael m'a passé à ce moment. Dès lors, les choses étaient plus compliquées pour moi."

 

37e victoire. Avec ce 37e succès, Michael Schumacher s'installe confortablement en tête du classement et confirme la haute tenue de sa Ferrari 2000. Reste que la monoplace italienne a perdu un peu de sa fiabilité, comme en témoigne l'abandon de Barrichello. Les techniciens de la Scuderia vont maintenant plancher sur ce problème moteur avant la prochaine épreuve "à domicile" pour Ferrari, sur le circuit d'Imola, le 9 avril.

Cette deuxième course de la saison, dominée par Schumacher, a toutefois offert des duels somptueux pour les places d'honneur. Ainsi, Fisichella monte sur le podium après une course parfaite. Les deux Jordan-Mugen (Frentzen devant Trulli) ont gagné en fiabilité et sont à l'arrivée, comme le duo de chez Williams-BMW, chez qui Ralf Schumacher ne doit qu'à sa grande expérience de devancer d'un rien son équipier Jenson Button, dont les dents poussent à grande vitesse. Quant à l'écurie Prost, elle a encore connu un week-end de misère, malgré la belle remontée de Jean Alesi, mais finalement lâché par sa mécanique.

LIONEL FROISSART

 Forfait de l'écurie Sauber suite à des ruptures d'aileron arrière en qualification
 David Coulthard disqualifié car l'aileron avant de sa voiture n'est pas conforme