Grand Prix d'Australie Melbourne
12 mars 2000
Deux rouges vifs
Schumacher et Barrichello signent un doublé Ferrari.

on Dennis aime les petites phrases définitives. A Melbourne, le patron de l'écurie McLaren a ressorti l'un de ses grands classiques: "Pour terminer premier, il faut d'abord terminer." Mais, sur le très éprouvant circuit du Grand Prix d'Australie, aucune des deux McLaren-Mercedes n'a franchi la ligne d'arrivée. Mika Hakkinen et David Coulthard ont dû abandonner à quelques tours d'intervalle, à la suite d'un problème mécanique ayant entraîné la casse de leur moteur. Ces incidents survenant peu de temps après que la voiture de sécurité appelée en piste pendant trois tours (le temps de nettoyer les débris de l'accrochage entre Irvine et De La Rosa) eut relâché la meute.

 

Stratégie huilée. Les pilotes Ferrari, qui leur menaient la vie dure depuis le départ, se sont alors retrouvés sans adversaires directs, sinon la Jordan-Mugen Honda de Frentzen. Mais cet ultime obstacle disparaissait lui aussi avant la fin de la course. L'écurie Ferrari n'avait plus qu'à recueillir les juteux fruits d'un stratégie parfaitement huilée.

Avec un horizon totalement dégagé, Schumacher et Barrichello pouvaient alors signer le 47e doublé de la Scuderia Ferrari. A l'arrivée, il était difficile de savoir lequel des deux était le plus heureux. L'Allemand, à cause de son 36e succès personnel et la perspective de se battre pour le titre mondial, ou Barrichello, ravi d'être le premier Brésilien à offrir des points à la plus mythique des équipes de la F1. "Je regarde déjà vers la prochaine course, a-t-il précisé. Au Brésil, j'aimerais que le classement soit inversé." A l'évocation de cette idée, Michael Schumacher, assis à ses côtés, s'est contenté de sourire, ne cherchant pas à contrarier son équipier pour l'instant.

 

Lui savourait encore sa performance du jour. "C'est la cinquième fois que nous essayons de gagner ici (Schumacher semble avoir zappé le succès d'Eddie Irvine l'année dernière à Melbourne) et de commencer la saison en étant compétitifs. La première fois que je me suis assis dans cette Ferrari, j'ai su que j'allais être capable de me battre pour le titre."

 

"Bloqué derrière". Michael Schumacher a tout de même concédé que Barrichello et lui devaient encore travailler leur départ. Hier, ils n'ont pas été bons dans cet exercice crucial. Si Schumacher, plus agressif que jamais, a limité les dégâts et préservé sa 3e place sur les premiers mètres de course, l'autre Ferrari s'est laissé surprendre par la Jordan de Frentzen. Ce qui aurait pu lui coûter cher au final, si l'Allemand n'avait pas abandonné. "C'est vrai, je suis longtemps resté bloqué derrière Frentzen. J'ai tout essayé pour le doubler, mais c'est tellement difficile ici que j'ai renoncé en attendant les ravitaillements", déplorait le Brésilien.

 

Mais, une fois encore, les mécaniciens italiens ont excellé au moment des arrêts au stand. Ross Brawn, le cerveau de la Scuderia, s'est même permis de changer de stratégie en cours d'épreuve. Avec un voiture plus légère en essence, Rubens Barrichello s'est d'ailleurs retrouvé en position de doubler Michael Schumacher, alors leader, pour rendre son bien au pilote allemand à moins de vingt tours de l'arrivée. Le Brésilien espère réitérer cette manœuvre très bientôt, mais "pour de vrai" cette fois.

 

Bon BAR. Sur le podium, Michael Schumacher était vraiment en famille avec son équipier d'un côté et son petit frère Ralf de l'autre. Le cadet des Schumacher a créé la sensation en poussant sa nouvelle Williams-BMW jusqu'au podium. C'est un résultat inespéré pour le constructeur allemand, qui effectue cette année son retour en F1. Chez Honda, la joie n'était pas moins grande grâce aux 4e et 6e places des pilotes BAR, Villeneuve et Zonta. Pour les Japonais, c'est également un retour officiel en Grand Prix, le moteur Mugen-Honda des Jordan étant mis au point et développé par une firme satellite du constructeur nippon, propriété d'un fils Honda. Pour Jaguar, plus habitué à rugir au Mans, l'arrivée en F1 s'est révélée moins glorieuse. Les deux monoplaces décorées du fameux vert anglais ont abandonné sur accident et panne mécanique.

LIONEL FROISSART