Grand Prix de Hongrie Hungaroring
16 août 1998
Victoire Ferrari contre toute attente

En difficultés aux essais, Ferrari a contre toute attente (profitant d'un grain de sable dans la mécanique McLaren) réalisé une course d'anthologie, Michael Schumacher jouant avec talent le scénario improvisé d'une stratégie parfaite.

ichael Schumacher est conscient que des cinq Grands Prix restants, celui-ci représente une opportunité de refaire une partie de ses seize points de retard sur Hakkinen. Et, ayant mené d'intenses essais à Fiorano pour mettre toutes les chances de son côté, il est confiant.

 

Le samedi soir, l'optimisme n'est pas autant de rigueur.. La Ferrari est.troisième à quatre dixièmes de la McLaren n°8, ce qui n'a rien de bien nouveau mais on attendait mieux de la part de la Scuderia et de son leader sur ce tracé. D'ailleurs, après la course, Schumacher avouera avoir espéré "un podium derrière les McLaren, pas plus". Pour l'heure, l'Allemand feint de croire en son étoile.

I:étoite hongroise de Damon Hill est quant à elle au rendezvous, une habitude depuis 1993 (son premier succès, suivi d'un autre en 1995 et d'un incroyable exploit en 1997) : quatrième, l'anglais devance Irvine, les Williams et Benetton, et d'une seconde son équipier ! Alesi clôt la première moitié du plateau.

 

Le deuxième peloton est à cinq dixièmes, avec un malheureux Panis qui touche le fond : vingtième temps coincé entre les Minardi. Mais il y a pire : Rosset n'a pas qualifié sa Tyrrell...

Au départ, Barrichello et Schumi II perdent trois places et Tuero en gagne autant, mais nul changement essentiel n'intervient au front : les McLaren ont pris la tête devant les Ferrari, Hill, les Williams, Wurz, Alesi, Fisichella. Ces trois derniers feront toute la course ensemble, la Sauber se montrant redoutable et obtenant même le dernier mot.

 

Petit à petit, ça s'éclaircit : Irvine renonce, Hill à quinze secondes du trio de tête contient les Williams, suivent le trio Wurz-Alesi-Fisico et les autres... à une demi-minute ! Devant, Coulthard veille sur l'envol de Hakkinen en tenant Schumacher mais Mika ne parvient pas à se détacher. Les premiers arrêts ne changent pas la donne et Michael harcèle toujours David, en vain.

 

Alors c'est le coup de génie. Dans sa tour d'ivoire Ferrari, le directeur technique Ross Brawn prend à mi-course le pari de changer la stratégie ! Avec trois arrêts au lieu de deux, moins d'essence et des pneus toujours frais, la voiture ira plus vite. Consulté, Schumi n'hésite pas : piaffant derrière Coulthard, il n'a rien à perdre. Sans attendre, la manœuvre exécutée en un temps record (6'8) lui permet de garder le contact avec l'Écossais... et de le passer dès qu'il ravitaille ! Légère sur ses impeccables Goodyear (alors que les Bridgestone sont manifestement un ton en dessous), la Ferrari file comme un avion, remonte allègrement sur Hakkinen qui, comme son équipier, ravitaille et ressort. Schumacher cravache toujours à la poursuite de cette McLaren, invisible et pour cause - elle est désormais derrière lui, il est en tête ! Lorsque son stand l'en informe, l'Allemand est si surpris qu'il commet un écart dans l'herbe.

 

Il lui faut néanmoins se bâtir une avance pour son troisième arrêt. Chance : Hakkinen a de gros soucis de tenue de route, au point de devoir laisser passer Coulthard, et même Villeneuve, Hill et Frentzen. La seconde McLaren - tout aussi capricieuse - ne peut pas enrayer l'échappée de la Ferrari qui, en dix tours, creuse un fossé de vingt-cinq secondes, nettement suffisant pour son ultime ravitaillement. Encore, pas un grain de sable, le rêve. Schumi repart triomphal avec des pneus neufs, un moral gonflé à bloc, tout. Il reste quinze tours, mais "dans un fauteuil"...

 

Ces vingt dernières minutes de pure formalité ne sont néanmoins pas de trop pour comprendre ce qui vient de se produire : la course parfaite. Elle est à mettre au crédit d'une équipe mais surtout d'un tandem : Brawn-Schumacher, déjà deux fois champion du monde avec Benetton...




 

 

 


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